‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 261 sur 459 · LE VOLONTAIRE · texte numérisé non relu

LE VOLONTAIRE

faut dans ce dernier cas le volontaire direct. Pour qu'un acte soit bon, il faut que la volonté veuille un objet bon, avec une fin droite ; et si cette fin manque, l'acte n'a plus de moralité. M. 309, 313.

4832. Principe II. Il est permis de poser une cause bonne, ou indifiérenfe, qui a deux effets immédiats, dont l'un est bon, l'autre mauvais, pourvu qu'on n'ait pas en vue l'effet mauvais, et qu'on ait, pour poser la cause, une raison proportionnée au mal qui s'en suivra. Mais il n'est pas permis de poser une cause même véniellement mauvaise. V. toutefois le no 1829. Si l'effet mauvais était immédiat, et que l'effet bon ne fût que médiat, il ne serait jamais permis de poser la cause : Non stint facienda mala Ut eveniant bona. Il ne faut jamais faire un mal pour qu'il en résulte un bien. Si on avait en vue l'effet mauvais, on pécherait évidemment; il serait aonc coupable celui qui vendrait une épée à un furieux, pour qu'il tuât son ennemi. Il pécherait même dans ce cas, celui qui la vendrait sans cette intention, s'il prévoyait l'homicide qui s'ensuivra ; car le bénéfice qu'il ferait par cette vente, ne pourrait compenser la perte de la vie d'un de ses semblables. Mais si dans ce cas il vendait des armes, lorsqu'on l'y contraindrait sous peine ae mort, il ne pécherait pas ; car il y aurait pour lors une juste compensation. S'il ne faisait que rendre une épée à celui à qui elle appartient et qui veut en abuser, v. le no 279-2.

Il est à remarquer que la compensation doit être bien moins grande, si la cause n'influe sur l'effet que d'une manière légère et éloignée. Ainsi toute raison honnête excuse les entretiens

avec les personnes d'un autre sexe, malgré certains désordres qui s'ensuivent, pourvu toutefois qu'il n'y ait pas danger de consentement. Si par l'expérience on était certain que dans ce cas on consent volontairement au mal, ce serait alors une occasion relativement prochaine, qu^on est obligé d'éviter d'après ce qui a été dit au n» 1329.

Il faut pour poser la cause une raison plus grave, si on doit éviter l'effet par justice ou par devoir d'état, que si on n'y est tenu que par charité; et si l'effet est gravement préjudiciable, il faut aussi de plus fortes raisons que s'il ne l'était que légèrement. Il faut une plus sérieuse raison pour poser la cause d'un péché formel, que pour poser celle d'un péché matériel. V. n. 2763.

Art. II. — Des obstacles à la volonté libre.

Il y a quatre obstacles, qui affaiblissent ou empêchent la liberlé de la volonté, ce sont : l'ignorance, la concupiscence, la crainte et la violence.

1833. 1 1. De l'ignorance. — L'ignorant est celui qui ne sait pas. S'il ignore ce qu'il est obligé de savoir, son ignorance s'appelle positive ; sinon elle prend le nom de négative. Il n'est question ici que de la première.

11 y a l'ignorance du droit, par laquelle on ignore la loi qui ordonne ou défend, par exemple si on ignore le précepte de faire abstinence le vendredi. 11 y a l'ignorance du fait, ce qui arrive, par exemple, quand on ne sait pas que les mets apprêtés le vendredi sont gras.

Il y a aussi l'ignorance coucomitante, qui a lieu, par exemple, si un chasseur tue son ennemi, en croyant que c'est une bête fauve, bien que ce chasseur

LES ACTES HUMAINS

fût disposé à le tuer et qu'il l'eût tué en effet, s'il avait su que ce fût son ennemi, cette ignorance n'a pas d'influence sur l'acte, puisque l'acte serait posé tout aussi bien, si cette ignorance n'existait pas. Elle empêche toutefois que l'acte extérieur soit positivement volontaire.

1834. Il y a l'ignorance antécédente, qui précède tout acte de la volonté, et qui est la cause de cet acte, de telle sorte que, si on savait que l'acte est défendu, on ne le ferait pas. Cette ignorance peut être invincible physiquement, ce qui arrive si on ne peut en aucune manière la dissiper, ou moralement, si on ne peut la dissiper qu'avec grande difficulté. L'ignorance invincible, soit physique, soit morale, détruit tout-à-fait le volontaire : par conséquent, quand on fait ou qu'on omet une chose, qu'on croit invinciblement permise, ou non commandée, on ne pèche pas. Nihil volitum qiiin prœcogniliim. Il faut en dire autant d'une circonstance particulière de l'acte, qui a en elle-même une malice spéciale : celui qui ignore cetfe malice spéciale ne s'en rend pas coupable.

1835. V\c,ï\ovdiX\ce conséquente est celle, qui suit l'acte de la volonté, par lequel l'homme a voulu cette ignorance. Elle est donc toujours vincible, puisque l'homme en a posé la cause, en négligeant d'acquérir la connaissance.

Si cette négligence a été légère, elle rend léger le péché dont elle est la cause. Si elle est grave, un grand nombre de théologiens l'appellent ignorance crasse ; cependant d'après plusieurs auteurs, pour constituer une ignorance crasse, il faut une négligence plus que grave. V. n° 1999.

Quoiqu'il en soit, l'ignorance gravement coupable n'enlève pas

le péché, dont elle est la cause, puisque le péché est volontaire indirectement, d'après ce que nous avons dit n^ 1830 ; mais elle diminue la faute puisqu'on suppose que sans elle le péché ne serait pas commis. V. n°2097.

Que de fautes, hélas! sont la suite d'une ignorance coupable, chez ceux qui ont la charge des autres, les chefs d'Etat, les parents, les maîtres, les pasteurs !

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