‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 263 sur 459 · LA CRAINTE, LA VIOLENCE · texte numérisé non relu

LA CRAINTE, LA VIOLENCE

qu'elle les excite à dessein. Posons sur ce sujet les deux principes suivants :

1839. I. Si la passion antécédente\>récède toute adverlance et tout consentement de la volonté, elle s'appelle mouvement premièrement premier^ et elle n'est nullement volontaire. Si les mouvements de la passion sont produits avec une demi advertance, ou un demi consentement, ils prennent le nom de secondement premiers, et ils diminuent le volontaire, de telle sorte que dans une chose illicite, ils excluent le péché mortel, mais non le péché véniel. Si les mouvements de la passion antécédente sont pleinement délibérés, on les appelle seconds; et dans ce cas ils diminuent le volontaire et par conséquent le péché, ou le mérite, car ils rendent l'acte moins mûrementdélibéré; mais ils n'enlèvent pas le volontaire, à moins

3u'ils n'aillent jusqu'à faire perre la raison, ce qui est rare.

1840. II. La passion conséquente, si elle vient de l'ardeur que la volonté a pour le mal est l'indice de la volonté mauvaise, dont elle est l'effet ; car l'efTet lait connaître la cause. Si lapassion conséquente est excitée à dessein par la volonté, elle augmente le volontaire, car elle suppose une volonté plus afTermie.

N'oublions donc point la recommandation du St Esprit : N'allez pas après vos concupiscences.

Eccli. XVIII, 30. Ceux qui appartiennent à Jésus-Christ ont crucifié leur chair avec ses vices et ses convoitises. Gai. V. 24.

1841. |III. La Crainte. C'est un trouble de l'esprit, provenant d'un mal, qui menace celui qui craint, ou ses parents, ou ses amis.

Elle est anlécédeiile si elle précède l'acte, el si l'acte est inspiré par elle.

Elle esl concomitante si elle accompagne l'acte, bien que l'acte n'en procède pas. Elle est légère &Uq mal qu'on craint est léger, ou grave mais peu probable; elle est grave si le mal redouté l'est aussi, et s'il doit très probablement arriver. Elle est respectivement grave, si bien qu'incapable d'influencer un homme courageux, elle est de nature à frapper sérieusement un enfant, ou une femme.

La crainte prend le nom de révérentielle, quand on redoute d'offenser un père, un supérieur.

1842. Considérée dans la cause qui la produit, la crainte s'appelle intrinsèque, si elle provient d'une cause intrinsèque, comme une maladie, ou d'une cause extérieure, mais non libre, comme d'une tempête sur la mer. Elle se nomme extrinsèque, si elle vient d'une cause extérieure et libre.

La crainte est juste lorsque celui qui menace, a des raisons légitimes de le faire : sinon elle est injuste.

1843. Cela posé, établissons le principe : La crainte n'enlève pas le volontaire ; mais elle le diminue. Elle ne l'enlève pas, car la crainte n'empêche pas absolument l'exercice de l'intelligence et de la volonté, excepté cependant les cas rares, où elle trouble la raison. Mais régulièrement elle diminue le volontaire ; car celui qui craint ne veut pas absolument ce qu'il veut; il ne lèvent que sous un point de vue et avec répugnance. J'ai dit régulièrement, car la crainte de l'enfer doit exclure toute affection au péché mortel.

La crainte d'un mal grave excuse parfois de l'accomplissement d'un précepte de l'Eglise, et même d'un précepte positif divin, comme de l'intégrité de la confession et même d'un précepte positif naturel, comme de garder un secret. C'est pourquoi elle empêche parfois d'encourir les peines ecclésiastiques ; et elle rend moins stablel'obligation qui résulte des vœux et des contrats.

1844. § IV. De la violence.

C'est la force extérieure qui contraint l'homme à faire ce qu'il ne

LES ACTES HUMAINS

veut pas. Comme nous l'avons dit au n" 508, la volonté ne peut pas être contrainte, pas même par Dieu, dont la grâce efficace peut cependant changer l'inclination de la volonté. La violence ne peut donc tomber que sur les actes impérés, ou commandés par la volonté, et qui sont produits par une autre faculté qu'elle, soitintérieurement, comme les actes de l'imagination, qui peuvent être excités parles démons, ou par les bons anges, soit extérieurement comme les actes corporels.

1845. I. Les actes faits sous l'empire de la violence, si on y résiste pleinement^ ne sont pas volontaires, ni par conséquent imputables.

18-46. IL Si on n'y résiste pas pleinement, ils sont plus ou moins coupables, selon qu'on y résiste avec plus ou moins de lâcheté.

Il est au moins nécessaire de résister assez pour empêcher l'acte et l'effet mauvais, à moins toutefois que la résistance ne soit impossible, ou inutile ; car à Vinutile nul n'est tenu. Aussi n'élaient-ils pas coupables les martyrs qui entraînés par la force se rendaient au temple des idoles. Cependant la résistance, bien qu'elle soit inutile, est nécessaire, quand elle est exigée, pour écarter l'injure faite à Dieu, le scandale du prochain, ou le danger du consentement. Elle pèche donc la femme qui ne résiste pas à la violence, lors même qu'elle n'est pas exposée à consentir ; car elle coopère au péché de l'agresseur de sa vertu .

Elle pèche aussi si elle ne crie pas. Plusieurs exceptent cependant les cas où elle redoute la mort, un grave dommage, ou la honte ; mais en pratique il faut toujours lui conseiller de crier, au moins pour écar-

ter le G. 21.

péril de consentement.

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