V. XXXYI
185i. Il est cependant des choses en elles-mêmes intrinsèquement mauvaises, qui peuvent dans certains cas devenir licites.
C'est ainsi qu'une mauvaise lecture, un mauvais regard, qui sont intrinsèquement mauvais, à cause du danger qu'ils procurent de consentir au mal, peuvent néanmoins, si on éloigne ce danger, devenir licites, pour une raison grave. G. 26. V. N» 406.
1855. Quelques objets ne sont pas par eux-mêmes convenables à la raison, et ils ne lui répugnent pas non plus. La promenade est de cette nature. On les appelle indifférents ; et les actes qui s'exercent autour de ces objets^ tirent leur bonté ou leur malice, des circonstances et de la fin.
1850. ,^II. Les CIRCONSTANCES, (^e sont des accidents de l'acte qui, sans affecter son essence, modifient cependant sa moralité. Pour que l'homme soit parfait, il ne suffit pas qu'il ait les choses essentielles à sa nature, qui sont la vie animale et la rai-
ACTES HUMAINS
son, il faut de plus qu'il ait l'usage de cette raison, et qu'il ne soit privé d'aucun de ses membres.
C'est ainsi qu'un acte, dont l'objet est bon, peut devenir mauvais par ses circonstances.
1857. 11 est des circonstances qui changent l'espèce morale de l'acte, comme par exemple frapper son père ; il en est qui aggravent ou diminuent la malice de l'acte sans en changer l'espèce.
Ces dernières, si eJles modifient la moralité de l'acte de manière à rendre léger ce qui était grave ou vice versa, sont dites changeant l'espèce théologique.
1858. Une circonstance légèrement mauvaise, qui survient dans l'acte bon, d'après l'opinion commune, n'en détruit pas tout le mérite. Ainsi on ne perd pas tout le fruit de l'aumône, en consentant en la faisant, à un léger sentiment de vanité.
Certaines circonstances qui n'influent nullement sur la moralité d'un acte, sont appelées impertinentes.
Les circonstances qui peuvent environner un acte, sont comprises dans le vers suivant : Qnis, quicl, ubi, quitus auxiliis, cur, quomodo,qnando. Quis c'est-à-liire la personne qui a^it ; estelle mariée, ou libre ? etc. Quid, c'est la quantité de l'objet^, dans le vol, par exemple, qu'a-t-on pris ? Ubi, c'est le lieu de l'acte, est-il sacré ou non ? Quitus auïiliis, quels moyens a-t-on employés '? S'esl-on servi par ex. d'une cbose sainte pour faire le mal ? Cur, quelle lin a en vue celui quipose l'acte? Nous parlerons de la lin plus loin.
Quomodo, comment a-t-on fait l'action?
Est-ce par violence ou non ? Quando, c'esile temps ; a-t-on violé l'abstinence un jour oii elle était de précepte, ou bien a-t-on prolongé longtemps un acte mauvais ?
1859. Les auteurs se demandent si l'acte extérieur ajoute à l'acle intérieur une bonté, ou une malice particulière. Cette question est controversée ; mais l'opinion la plus commune et la plus probable .'soutient que i'acle
extérieurn'ajoute aucune moralité intrinsèque à l'acte intérieur.
Dieu, en effet, regarde le cœur, et récompense les désirs comme les œuvres. Cependant, l'acte extérieur ajoute à l'intérieur une malice accidentelle ; car il prolonge l'acte de la volonté ; il demande un plus grand effort ; il affaiblit les sens et les rend plus enclins au mal ; il peut occasionner du scandale, et mériter une censure, etc. Aussi tous les auteurs s'accordent-ils à dire qu'en confession il ne suffit pas d'accuser le désir, s'il a été exécuté.
1860. § III. De la fin. La fin est ce pourquoi on fait une chose.
Il y a la fin de l'œuvre qui n'est autre chose que l'objet de l'acte; nous en avons parlé au n° 1851.
Il y a la fin de celui qui opère, c'est celle que l'agent a en vue.
Si la fin de l'agent ne se dislingue pas de la fin de l'œuvre, par ex. si celui qui fait l'aumône n'a en vue que de soulager la misère du pauvre, elle n'ajoute à l'œuvre aucune moralité particulière, nous n'avons donc à parler que de la fin de l'agent, en tant qu'elle est distincte de la fin de l'œuvre.
La fin de l'œuvre est une circonstance, mais des plus importantes.
•186-1. La fin dernière est celle qu'on a en vue pour elle-même, et non à cause d'uneautrc fin. La fin inlermédiaire est celle qu'on a en vue, pour arriver à la fin dernière ; on distingue la lin relativement dernière qui n'est dernière que dans un certain ordre de chose, comme la victoire par rapport aux combattants, et isLCm absolument dernicre,qa\ est le complément de toute la vie. c'est la béatitude parfaite, ou Dieu. La un principale esi celle que l'agent a principalement en vue. La fin secondaire est celle, qui est subordonnée à la fin principale, et que l'agent a on vue, la considérant comme annexée à la fin principale: par ex. celui qui entre en religion, principalement pour assurer son salut, [leut avoir puur fin se-