‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 268 sur 459 · A. III · texte numérisé non relu

A. III

1864. Une fin bonne, quand l'objet est bon, rend l'acte doublement bon, au moins dans le cas, où l'agent a en vue l'honnêteté du moyen, c'est le sentiment commun. Lorsque l'objet est indiflérent, elle rend l'acte bon. Lorsfjue l'objet est mauvais, elle diminue la malice; mais ne l'enlève pas. Il n'est donc pas vrai quela fin juslifielesmoyens.

1805. La fin gravement mauvaise, ([u'elle soit principale, ou secondaire, corrompt tout l'acte.

Une fin légèrement mauvaise, quand elle est principale, a le même elïel; mais si elle n'est que secondaire, elle ne corrompt

l'acte qu'en partie, comme il arrive à celui qui faisant l'aumône principalement pour secourir un pauvre, a secondairement en vue la vaine gloire.

18(36. Une fin mauvaise, quand Uobjet est indifférent, rend l'acte mauvais; et si l'objet est mauvais, elle le rend pire. D'oii il faut conclure que lesactes bons, ou indifférents en eux-mêmes, faits en vue d'une fin mauvaise, sont des péchés, et doivent être accusés en confession. Toutefois il n'eslpas nécessaire d'indiquer l'espèce de ces actes, puisqu'ils ne sont pas mauvais en eux-mêmes, mais seulement dans leur fin. Il suffit donc de dire, en général, qu'on a pris des moyens extérieurs d'arriver à une fin mauvaise, qu'on spécifie; mais si ces actes étaient mauvais en eux-mêmes, on devrait les spécifier également. Par conséquent celui qui a volé avec l'intention d'employer la somme volée à séduire quelqu'un, doit dire avec le vol, l'intention de séduire, voir cependant le n^ 2129.

1867. Il faut donc recommander à tous de se proposer, dans toutes leurs œuvres, une fin honnête, une intention droite, car rien n'importe tant à la moralité.

1868. Pour qu'un acte soit naturellement bon, il n'est pas nécessaire qu'il soit fait avec une i\n surnaturelle,, ou par un motit de foi ; à plus forte raison n'esl-il pas nécessaire qu'il soil fait par un motif de chSrité: s'il en était autrement, les œuvres des infidèles, et des pécheurs, seraient des péchés, ce qui a été condamné dans les Jansénistes et dans Baïus. Une fin naturellement honnête, comme de soulager le pauvre, d'entretenir une amitié honnête, sulfit donc.

1869. Qu'on remarque cependant ([ue le plaisir n'est pas une

LA CONSCIENCE

fin honnête, car l'Eglise condamne la proposition suivante : Aclusronjugii, exercituspropter so- Imn roUiplatem, culpa vacat.

ctiam veniali. Le plaisir n'est pas une fin, mais un moyend'arriver à la fin. Par conséquent celui qui intervertit l'ordre, et se propose pour fin, ce qui n'est qu'un moyen, pèche, mais non gravement, à moins qu'il ne mette sa fin dernière dans les créatures, ce qui peut arriver d'une manière explicite, s'il exclut Dieu formellement, ou bien d'une manière implicite, s'il meltnulesafélicilé dans le plaisir. Toutefois il est conforme à la nature que celui qui agit, soit excité à agir par le plaisir, comme il est permis d'être excité au travail par l'espoir de la récompense.

1870. De ce que nous avons dit, il faut conclure que l'acte, dont l'objet est mauvais, ne peut pas devenir bon par la fin, ni par les autres circonstances, et qu'un acte, dont l'objet est bon, peut devenir mauvais, soit par les circonstances seules, soit par la fin seule. Donc, Doimmex intégra causa; maliim ex qiiocumque defectu.

Et pour qu'un acte soit mauvais, il n'est pas nécessaire que celui qui le fait ait en vue sa malice, ce qui est le propre des démons ; il suffit qu'il fasse librement ce qu'il sait être mal. Une suffit pas en effet, de ne pas rechercher le mal, en tant que tel, il est nécessaire de le fuir.

1871. Quand un acte est bon, dans son objet, dans ses circonstances et dans sa fin naturellement honnête, il est méritoire, d'après tous, mais d'une manière naturelle seulement ; par conséquentil n'est pas digne d'une récompense surnaturelle; et il ne tend pas par lui-même à la fin surnaturelle et nécessaire de l'homme. Il est donc de la plus grande importance de bien peser les conditions du mérite, dont nous avons traité au n» 737.

187:2. L'acte bon est un acte de vertu ; l'acte mauvais est un acte vicieux, ou un péché. La bonté et la malice sont les genres suprêmes, qui se subdivisent en diverses espèces de vertus, ou de péchés, dont nous aurons à parler plus loin.

DISSERTATION II

Page 1