DE LA CONSCIENCE CERTAINE
1876. C'est celle par laquelle l'homme juge sans crainte de se tromper, qu'une action est permise, ou qu elle est obligatoire, ou qu'elle est mauvaise et défendue. Il s'agit ici de la certitude morale, v. n" 5, qui esl stricte quand elle n'a contre elle aucune probabilité, mais une simple possibililé; et qu'on appelle large quand elle a contre elle de faibles raisons, qui peuvent bien amener une certaine hésitation, mais qui ne peuvent produire aucun doute positif; celle dernière suffit pour agir, d'après ce que nous dirons n" 1902.
1877. La conscience subjecti-
vement certaine dans un homme peut êlre invinciblement erronée; ce qui arrive lorsqu'il juge, avec certitude, sans avoir même la pensée de s'enquérir de la vérité, que l'acte qu'il va faire est bon, tandis qu'en réalité l'objet en est mauvais. Cela posé, établissons les deux principes suivants :
1878. 1. La conscience certaine seule est la règle des actes humains. L'homme peut donc et doit la suivre. La proposition est très certaine. Tout ce quinevient pas de la foi, c'est-à-dire de la conscience, dit St Paul, est péché.
Rom. XIV, 23. L'homme, en effet, doit agir prudemment, et s'il n'est pas certain de Thonnêtelé de son acte, il s'expose, sciemment et volontairement, au péril d'offenser Dieu. 11 n'est donc jamais permis d'agir, quand on doute que l'acle qu'on doit poser sur l'heure, ne puisse être fait sans faute ; et la conscience certaine doit être suivie, soit qu'elle défende, soit qu'elle ordonne, soit qu'elle permette.
1879. II. Toute conscience certaine, lors même qu'elle serait erronée, est la droite règle des actes humains. On appelle droit, ce qui est conforme à la raison de celui qui agit, bien que la raison s'écarte de la vérité objective. Celui donc qui, dans une erreur invincible, juge sans avoir même la pensée de corriger son erreur, que tel acte doit être fait, doit poser cet acte ; autrement il s'exposerait au danger de pécher.
La conscience erronée doit donc être suivie, comme une conscience vraie, pouvu qu'elle soit certaine, et invinciblement erronée. Et celui qui la suit mérite, d'après l'opinion très comrrune, t\n'\ est en même temps la plus probable. L. 1. I. G.
1880. Chacun sait qu'il n'est pas possible d'admettre une igno-
LA CONSCIENCE
rance invincible des choses, que l'homme peut et doit savoir.
Tous fonl lenus de savoir en irénéral les choses qui sont de loi, et les préceptes jjjénéraux ; et chacun doit connaître les devoirs de son élat. Concernant le droit naturel, il est évident qu'on ne peut en it;norer invinciblement les premiers principes. Xous disons de plus, dit St Liguori, qu'on ne peut it^norer invinciblement les conclusions immédiates de ces principes, tels que sont certainement les préceptes duDécalogue. De plus nous affirmons qu'on ne peut ignorer invinciblement les obligations de son état. Celui, en effet, qui embrasse un élat, est tenu d'en connaître les devoirs -, et l'ignorance de celui qui, négligeant de s'en instruire, ne les connaît pas, sera toujours coupable ; et toutes les erreurs qu'il commettra par la suite, en conséquence de cette négligence, seront coupables, lors même qu'en les commettant il ne les remarquera pas d'une manière actuelle. C'est l'opinion commune: ainsi parle St Liguori L. I. n^ 170.
1881. Peut-on ignorer invinciblement la malice du désir d'une chose, qu'on sait iHre mauvaise quand elle est extérieurement accomplie ? Il en est qui raffirment, dit ce St Docteur ; mais je n'ai jamais pu penser que cette opinion soit probable.
Comment, en etl'et, celui qui veut, de propos délibéré, faire une action qu'il sait offenser Dieu, peul-il croira qu'il n'offense pas Dieu en désirant efficacement de la faire? L 1. i, n" 9.
188:2. Mais quand il s'agit des conclusions éloignées des principes moraux, tous les théologiens admetlent que l'ignorance invincible est possible et existe. L. Ibid. no 171.
188;!. Toutefois pour qu'une conscience soit invinciblement erronée, et qu'un homme soit dans une bonne foi parfaite, il faut qu'il ne remarque aucune inconvenance dans l'acte, et que sa conscience ne l'excile pas à demander conseil à quelqu'un, et qu'il n'ait pas négligé de consulter par crainte ou par
lionle. V. n» 1880. Il faut donc de" mander au pénitent, qui accuse des choses cachées précédemment, s'il était bien dans les conditions, que nous venons d'indiquer, afin de connaîlre par ses réponses, si ses confessions ont été ou non, sacrilèges. S'il a eu des doutes semblables, sa conscience n'élait pas certaine mais incertaine ; et nous allons parler de cette dernière.