DES VERTUS EN GÉNÉRAL
Nous devons parler, I de l'ordre des vertus, II de l'acquisition des vertus, el III de la perle des vertus.
Art. I. — De l'ordre des vertus.
2030. A raison de leur dignité, les vertus théologales liennent le premier rang; car elles dépassent toutes les forces naturelles de l'homme; el elles se classent ainsi : d'ahord la foi, puis l'espérance et enfin la charité.
2031. Les vertus morales infuses, sont bien supérieures en dignité aux verlus morales naturelles, ou purement acquises, d'après ce que nous avons dit au no 2028.
Les verlus morales, soit infuses, soit acquises, se classent ainsi : la prudence tient le pre-
LES VERTUS
mier rang; elle est comme le cocher qui conduit les autres vertus ; car c'est elle, qui enseigne le milieu, dans lequel chac^ue vertu doit se tenir. La justice vient au second rang, parce qu'elle perfectionne la volonté, puissance bien plus noble que l'appétit sensitif. Puis vient la force qui poursuit le bien difficile, et écarte le principal obstacle à ce bien, qui est la crainte du danger, surtout du danger de mort. Enfin vient la tempérance, qui éloigne les plaisirs qui sont un obstacle au bien raisonnable.
T.1,2, q. 6G,a.l,et2,2,q. 123, a. 12.
Art. II. De l'acquisition des V3rtus.
2032. Aucune vertu ne naît naturellement avec l'homme, à moins qu'improprement on n'appelle vertu, la disposition natulurelle à connaître les premiers principes, que l'homme a naturellement, et un certain caractère heureux, qui est plutôt la semence de la vertu, que la vertu elle-même.
« La vertu en effet, dit St « Thomas , signifie quelque « chose de surajouté à ce que (( l'homme tient de la nature.
« Ce qui est naturel, est com « mun à tous, et ne peut pas se « perdre. » 1, 2, q. 63, a. 1.
2033. Les vertus morales naturelles s'acquièrent par la répétition fréquente des actes bons, qui perfectionnent la puissance et la rendent apte à produire ensuite plus facilement ses actes propres. C'est pourquoi on les appelle acquises. Leurs actes, s'ils son* faits avec le secours de la grâce, et pour un motif de foi, par celui qui n'est pas en état de grâce, le disposent à la justification, comme nous l'avons dit au n» 693. S'ils sont faits par
un infidèle, ils sont naturellement bons, mais ne peuvent avoir qu'un mérite naturel. V.
n" 738. Par la répétition des actes, ces vertus croissent, soit en intensité, c'est-à-dire qu'elles deviennent plus puissantes, soit en étendue, c'est-à-dire qu'elles embrassent leur objet, d'une manière plus vaste, comme c'est évident, pour la science, qui peut s'étendre indéfiniment.
203'». Les vertus théologales, sont nécessairement répandues dansl'àme.parDieuseul.Ellesne peuvent nullement être acquises naturellement, c'est pourquoi on les nomme infuses per se, tandis que les vertus morales, dans l'âme en état de grâce, sont infuses y><//' accident. Cependant les actes de la foi et de l'espérance précèdent la charité et y disposent ; mais sans la charité, il n'y a aucune vertu proprement dite, il n'y a que des vertus informes, d'après ce que nous dirons au n" 2247.
2035. Quand la foi et l'espérance sont-elles répandues dans l'àme comme habitude ? Les uns disent dans la justification ; les autres disent avant la justification, quand l'homme s'est disposé à les recevoir par des actes de foi et d'espérance.
2036. D'après l'opinion commune, les vertus morales infuses sont répandues dans l'àme, avec la charité, dans la justification; et elles donnent aux puissances de l'homme une aptitude à faire des actes en rapport avec les vertus théologales, qui élèvent l'àme au dessus de la nature, afin qu'ainsi toutes les œuvres de l'homme soient dirigées vers la béatitude surnaturelle. En temps qu'infuses, les vertus ne sont pas acquises, Dieu seul les répand dans l'àme avec la charité dans toute leur étendue ; d'où
LES VERTUS
il faut conclure que tout ce qui augmenle la grâce, comme les sacrements ef les œuvres méritoires, augmente aussi la charité, et les vertus dans leur intensité; maisDieuseul est la cause deleur accroissement, comme il est la seule cause de la grâce. Dieu toutefois ne diminue pas la charité ; mais la charité est ruinée, comme les autres vertus infuses, en punition d'un péché mortel.