V. no
2037. Il est à remarquer toutefois, que l'homme affermit les vertus infuses, en en faisant fréquemment les actes, de la même manière que celui, à qui Dieu a donné la santé sans remède, peut avec des remèdes la fortifier, il est donc d'une grande importance d'exercer ces vertus; et si leur habitude vient de Dieu, leur exercice dépend de la volonté humaine. T. 1, 2, q.51,a.
4, et q. 4, a. 3.
2038. La répétition de ces actes réprime les vices de l'âme, que les vertus infuses laissent subsister, et qui rendent plus difficile l'exercice de ces vertus.
Il n'y a pas en effet de vertu acquise, si les vices contraires ne sont pas domptés ; et dans la justification, le pécheur reçoit la vertu infuse pour lutter contre ses passions, afin qu'avec son aide il puisse triompher du vice.
En exerçant la vertu infuse, il acquiert la facilité de l'exercer; et cette facilité demeure à l'état acquis, même après que la vertu infuse elle-même a été perdue. Ajoutez à cela que la répétition de ces actes, si elle est méritoire, augmente la grâce, et par conséquent elle augmente aussi indirectement la vertu. Le.
684, B. 6. Mais pour qu'un acte fortifie l'exercice d'une vertu, il ne doit pas être lâche, ou négligent, autrement il produit plutôt
un effet contraire. T. 1, 2, q.
2039. Il faut conclure de ce qui a été dit, que les vertus infuses ne sont pas égales en tous, puisqu'elles sont en proportion du mérite; mais dans le même homme, elles croissent toutes à la fois, en proportion de leur dignité, comme les doigts de la main qui, sans être égaux, croissent tous en même temps. Aucune de ces vertus, en effet, ne peut exister, ni croître sans les autres, puisqu'elles sont données par Dieu quant à leur substance et quant à leur accroissement ; mais en exerçant l'une plutôt que les autres, l'homme peut acquérir par les actes de cette vertu une facilité et une inclination qu'il n'a pas pour les autres.
2040. Que si, en croissant en verlu, il arrive à faire avec une ardeur constante des œuvres excellentes, même difficiles, la vertu est appelée héroïque, sinon on la nomme commune ; mais qu'on remarque bien que la vertu est d'autant plus parfaite, qu'elle opère plus facilement, même dans les choses difficiles. Cependant la grandeur d'une vertu se mesure plutôt sur le bien qu'elle fait, que sur la difficulté de ce bien. T. 2, 2. q. 123, a. 12, ad 2.
2041. Quant aux vertus naturelles acquises, l'homme peut acquérir imparfaitement l'une d'elles sans les autres. Il n'est pas rare en efl'et de trouver des hommes, qui sont généreux pour le prochain, et qui ne sont pas chastes. Cependant les vertus acquises ne peuvent être parfaites, si une d'elles manque. Toutes sont imparfaites sans la prudence, qui doit les diriger toutes; et si l'homme manque d'une des autres vertus morales, il n'est pas prudent, puisqu'il ne dirige pas tous ses actes vers la fin voulue. T. i-2, q. 6o, a. 1. Par conséquent les vertus parfaites sont inséparables ; aucune d'elles ne peut être formée, ni vivifiée sans la charité. V. no 2247.
Art. III. — De la perte des vertus.
2042. La vertu acquise, comme nous l'avons dit au n» 2038, diminue et se perd par la ces-
LES VERTUS
sation des acles qui lui sont propres, bien plus par des actes faits avec néi^ligence et à plus forte raison par la répétition des acles contraires surtout gravement coupables. Un seuTacte contraire ne suffit cependant point, ni pour engendrer un vice, ni pour acquérir, ou ruiner une vertu.
2043. Les vertus infuses diminuent indirectement, par la cessation de leurs actes propres, et par des acles contraires légèrement coupables, lesquels /le diminuent pas directement, il est vrai, la grâce sanctifiante, ni les vertus infuses ; mais ils sont la cause que Dieu diminue les secours de sa grâce, et que par suile, les vices opposés à la vertu se forlifiant, l'exercice de la vertu se trouve diminué et affaibli.
20-44. Ces verlus se perdent directement par des acles contraires gravement coupables ; la foi se perd par l'infidélité; cependant il est probable, d'après plusieurs auteurs, que l'espérance ne se perd pas par la présomption. Elles se perdent indirectement par la perte d'une vertu, de laquelle elles dépendent, la cbarilé se perd par l'infidélité et parlout péché mortel; et la charité élant perdue, toutes les vertus infuses le sont également, excepté la foi et l'espérance qui restent comme habitude, celte exceplion est fondée sur le témoignage de l'Ecriture, sur le sentiment commun des Pères et sur la définition de l'Eglise. « Si quelqu'un dit que la grâce, étant perdue par le péché, Ja foi est toujours perdue en même temps, ou que la foi qui reste, n'est pas une vraie foi, bien qu'elle ne soit pas vivante, ou que celui qui a la foi sans la charité n'est pas chrétien, qu'il
soit anathème. » Tr., ses. H, can. 28. S'il est chrétien, il a donc l'habilude de la foi. Il en faut dire aut.int de l'espérance.
20-45. Les verlus acquises, qui n'ont pas été ruinées par les vices, qui leur sont contraires, restent après la perle de la cbarilé, comme la foi et l'espérance; mais elles aussi sont informes ; et elles sont de nouveau vivifiées, quand la grâce est répandue dans l'âme.
2046. Nulle vertu ne reste dans les dénions. Dans les Bienheureux la foi reste, non dans ses obscurités, mais dans sa substance, c'est-à-dire dans la connaissance de Dieu. Chez eux, il n'y a plus d'espérance, car ils possèdent ; mais la charité ne meurt pas. Les vertus intellectuelles demeurent aussi dans le ciel, ainsi que les vertus morales en tout ce qui en elles est de la raison ; mais là-haut, il n'y a plus de passion à dompter. Les Bienheureux ont aussi les dons du St-Esprit, quant à leur essence, mais non quant à leurs opérations. V. no 2089.
2047. Dans les âmes du purgatoire demeurent les trois vertus tiiéulogales, les dons du St-Esprit, les vertus "intellectuelles et morales dans plusieurs de leurs actes; ces âmes ont même pour soufl'rir, la force, dont les Bienheureux n'ont plus besoin. M. 417.