DES VERTUS EN PARTICULIER
2048. Comme nous devons traiter des verlus théologales au n" 2191 et suivants; nous ne traiterons ici que des vertus morales. Les théologiens ne sont pas d'accord sur le nombre de ces vertus ; mais tous les divisent en quatre classes à cause des quatre sujets, en qui résident ces vertus. Ce sont : 1» La prudence, qui perfectionne principalement l'intelligence et secondairement la volonté ; 2° la justice, qui perfectionne la volonté; 3" la force, qui perfectionne l'appétit irascible, et 4" la tempe-
LES VERTUS
rance qui perfectionne l'appétit concupiscible. Ces quatre vertus se nomment cardinales, parce que toute vie humaine honnête porte sur elles, comme sur des gonds ; et elles sont opposées aux quatre plaies de la nature humaine; la prudence est opposée à l'ignorancede l'esprit; lajustice, à la malice de la volonté; la force, à l'infirmité de l'appétit irascible, et la tempérance, aux ardeurs de l'appétit concupiscible. S. 297.
2049. Ctiacune d'elles a des parties intégrantes, qui la constituent, comme le toit, les murs, le fondement, constituent une maison. Elle a aussi au-dessous d'elle des parties suhjeclires, comme le genre comprend en soi des espèces ditt'érenies. Ces parties sont appelées subjectives, parce qu'elles sont comme un sujet, auquel on peut attribuer tout ce qui est dans le genre. Enfin chacune d'elles a des parties potentielles, c'est-à-dire, des vertus dont elle se sert comme d'organe, de la même manière que l'âme se sert de ses facultés ; mais ces vertus potentielles n'ont pas la même puissance que la vertu principale. Nous traiterons de chaque vertu cardinale, et nous ferons connaître sa nature, ses parties et les vices qui lui sont contraires. Sur les vices capitaux, v. no 2157. De là, les quatre articles suivants.
Article I. — De la prudence.
'2050. I I. Sa nature. La prudence est une habitude de l'intelligence pratique, qui la dispose à bien juger et surtout à bien régler, par manière de commandement, ce qu'il faut faire dans une action particulière. Son objet matériel, ce sont toutes les actions humaines; et son objet formel, la rectitude qui doit diriger ces actions. C'est ainsi que la prudence se distingue des autres vertus intellectuelles, qui n'atteignent pas les mœurs, et des autres vertus morales, qui ne résident pas dans l'intelligence.
2051. I II. Ses parties intégrantes. La prudence a besoin
de la mémoire^ pour connaître le passé; pour connaître le présent, elle a besoin de VintelUgence, non en tant que faculté, mais en tant qu'elle fournit les principes d'oii on tire des conclusions pratiques. Pour acquérir des connaissances par voie d'autorité la prudence requiert la docililé, pour les acquérir par l'invention, elle a besoin de V habileté, ou d'une rapidedécouverle des moyens à prendre. Pour faire usage des connaissances acquises et passer du connu à l'inconnu, il faut la i^aiso7i, qui pour bien donner ses ordres doitavoir trois choses : la prévoyance, pour ordonner un moyen propre à la (In \ou\ue, la circonspection, pour remarquer toutes les circonstances, la précaution, pour éviter les obstacles. T. 2, 2, q.
;20o2. II. Les parties subjectives de la prudence, ou les diverses espèces de prudences sont, si on les considère dans leur principe, la prudence surnaturelle et la prudence naturelle; si on les considère dans leur objet, ce sont: la prudence que St Thomas appelle monastique, ou personnelle, qui régit l'homme lui-même qui la possède, et la prudence de gouvernement par laquelle l'homme diriçe les autres. Cette dernière s'appelle économique, quand elle ne régit qu'une maison ; politique, quand elle gouverne un Etal ; et militaire, quand elle conduit une armée.
T. 2,2, q. oO, a. leto et q. 47, a. 1-1.
-20oH. m. Les parties potentielles, ou les vertus qui accompagnent la prudence, et dont elle se sert, sont, d'après St Thomas : 1" L'Eubulie, qui est l'habitude de bien consulter, ou de savoir trouver un bon conseil, et de se tirer facilement des difficultés; 2° Lo Sfinèse, qui est l'habitude de juger d'après les règles communes des actions; 8<> La linomée, ou l'habitude de juger, d'après des principes plus élevés, dans descas extraordinaires, en vertu del'épikie, moins selon la lettre de la loi, que d'après l'esprit du législateur.
2054. |I1I. Des VICES OPPOSÉS A LAPRUUENCE. — Par défaut :
1° 11 y a d'abord Vimjirudence
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qui comprend quatre vices 1) la précijnl(i!ionq[i\ enlrepreiul une oeuvre sans consulter coin nie il faudrait; elle est opposéeàrEubulie ; 2) Vinroiisidcnilifin qui se met à l'œuvre sans jugement, elle est opposée à la synèse et à la gnomée; 3) Vinconstnncc et lu négligotrc, qui n'obéissent pas à l'emjjire de la prudence à laquelle elles sont opposées. T. 2, 2, q. 53, a. 2. Ces vices sont plus ou moins graves, selon lagravité de la chose, et selon le mépris plus ou moins grand de la loi de Dieu.
2055. 2° Par excès trois vices sontopposés à la prudence: l)la prudence de la chair qui n'a en vue que les choses temporelles ; 2) Vasture qui tend à ses fins, par le mensonge et la dissimulation. Dans son exécution, elle prend le nom de dol, si elle se sert de paroles pour tromper, et de fraude si elle se sert d'actes; T. 2, 2, q. 55, a. 1 et suivants ; 3) la trop grande sollicitude des choses temporelles et de l'avenir.
Art. II. — De la justice.
2056. § I. Sa nature. — On appelle juste ce qui égale sanîesure. Or, la loi de Dieu es! la mesure de l"liomme, par contéquenl, prise dans un sens large, la justice est l'ensemble de toutes les vertus. Dans un sens moins large, la justice est une habitude par laquelle l'homme, par une volonté constante et perpétuelle, rend à chacun son droit. Ainsi définie elle comprend toutes les vertus morales (|ue l'homme peut exercer à l'égard d'un autre, soit envers Dieu, soit envers le prochain. On appelle juste ce qui est égal à quehpie chose en dehors de lui, la justice suppose donc une relation avec un autre.
Son objet, c'est le droit, c'est-à-
dire, ce qui est juste ; et son motif, c'est l'honnêteté particulière qu'il y a à rendre à chacun son droit, ou ce (pii lui revient.
2057. ^ II. Sks l'ARTiKS I iiilégrantes sont : b' De faire le bien en le considérant comme dû; 2° d'éviter le mal considéré comme injustice.