DES INJUSTICES
tice, en condamnant justennent un coupable, par haine, ou avec l'intenlioii de lui nuire. On n'est pas injuste non plus pour refuser l'aumùne par haine. 11 en serait autrement si, n'ayant pas le droit de nuire, on posait extérieurement un acte indiiïérent, dont un acte intérieurement injuste détermine l'injustice, ou si le désir de nuire se traduisait extérieurement par un acte injuste. Par exemple, c'est une injustice de recevoir des mains du voleur un objet volé, non pour le rendre à son maître, mais pour le garder; ou si on tuait un homme afin de nuire à ses créanciers. Ce serait aussi une injustice, d'après un très grand nombre d'auteurs, de poser, avec l'intention de nuire, un acte qui ne causera le dommage que par accident, par exemple, si on creuse une (osse dans un chemin, où un ennemi ne passe que rarement, avec l'intention de le tuer, et qu'il y tombe et y meure en effet. Cependant dans ce dernier cas, il est des auteurs qui souliennentavec probabilité, qu'il n'y a pas d'injustice grave. G.G04.
'2070. Par là-même que l'homme a des droits, qu'il tient delà loi naturelle, celui qui les lèse pèche contre la loi naturelle et cela gravement, si la matière est grave. Le droit de l'un serait illusoire s'il n'entraînait un devoir chez les autres. A la loi naturelle est venu s'ajouter le précepte divin. Il y a autant de sortes d'injustice, (jue l'homme a de sortes de biens. Or, l'homme a cinq sortes de biens, ceux de la vie et du corps, que protège le cinquième précepte, ceux du mariage que protègent le sixième et le neuvième préceptes, les biens de la réputation et de l'honneur que sauvegarde le huitième précepte ; et enfin les biens de
la fortune que Dieu lui-même garantit. Vous ne comniHtrez point de roi. On peut commettre une injustice à l'égard des biens de la fortune du prochain de diverses manières, ou en les lui ravissant, ou en les détruisant en tout ou en partie, ou en coopérant à ceux qui les ravissent ou les détruisent. Et dans ces trois cas, l'injuslice est de la mêmeespèce ; car c'est le môme droit sur les biens extérieurs, qui est lésé ; mais à l'injustice peuvent s'ajouter plusieurs malices spéciales, savoir: celle du sacri- U'ge,s\ on vole une chose sainte, v. n. 229S et suiv. ; celle de la violence., si on ravit par rapine, ou par force, le bien d'autrui ; celle du mensonge, s\ on em^\o\e la fraude ou le dol.
Cela posé, parlons du vol, du dommage fait au prochain et de la coopération injuste.
207 1. § I. Du VOL. I. Sa nature. Le vol, c'est l'enlèvement du bien d'autrui cà l'insu du propriétaire, qui a des raisons de ne pas le céder. C'est un péché mortel de son genre., comme il ressort de ce que nous avons dit no 2670.
2072. Quelle est la matière regardée comme grave dam le vol? 1° A V égard des étrangers, à moins qu'il ne s'agisse de menus vols, faits en plusieurs fois, on regarde comme absolument grave, dans tous les cas, une valeur de 20 à 25 francs, et comme relativement grave à l'égard d'un mendiant, la valeur d'un franc; à l'égard des ouvriers, la valeur de 2 Ir. 50; à l'égard de ceux qui sont médiocrement riches, la valeur de 4 à 5 francs ; à l'égard des riches, celle de li ou 7 francs ; à l'égard des grands, ou d'une communauté opulente, celle de 10 à 12 francs; si on ne connaît pas la fortune de celui qu'on a volé
on peut le présumer riche.
2673. 2« S'il s'agit des vols commis par des gens de la maison, comme le maître est censé avoir moins de raison d'en être centriste, il faut une matière plus grave ; mais si on les commettait pour en faire mauvais usage, il faut présumer qu'il s'y résigne plus difficilement. Les fils de famille ne pèchent pas gravement en prenant ^0 ou 25 francs à leurs parents, ni même si leurs parents sont très riches, en prenant 50 ou 60 francs, à moins qu'ils n'en veuillent faire mauvais usage; et quand ils ont dépensé même une valeur grave, ils ne sont pas tenus à restitution, car leurs parents sont censés leur en faire grâce: il faut cependant excepter le cas, où les circonstances prouvent le contraire et celui où les cohéritiers seraient lésés gravement. M. 906 et suiv. Il n'est pas bon d'ailleurs de prêcher cette doctrine. — Ce que nous avons dit des enfants s'applique aussi à la femme, qui prend dans la maison des biens autres que ses biens propres.
Quant aux serviteurs, s'ils prennent des vivres, ils ne pèchent que légèrement, à moins qu'ils ne les donnent aux étrangers, ou n'en consomment une grande quantité, ou n'usent d'aliments ou de boissons de grande valeur.
S'ils prennent autre chose que des vivres, il faut suivre à leur égard la même règle qu'à l'égard de ceux qui volent des étrangers; car leurs maîtres ont une raison particulière d'y être opposés .
2674. a" Qitaiil aiir menus vols, ils sont en eux-mêmes légers, mais ils peuvent devenir graves : 1) par l'intention^ c'està-dire par le désir d'arriver à une valeur notable, ou par celui de voler une chose de valeur, quand
on en prend une de vil prix ; 2) jKir le dommage qu'on fait au prochain, comine par exemple si on vole à un ouvrier un outil, sans lequel il perdra une journée, ou si l'on cause une grande tristesse au prochain en lui prenant par ex. une fleur rare ; 3) par la conspiration, si plusieurs, d'un commun accord, prennent chacun en même temps, ou même successivement, une chose de peu de valeur. Néanmoins si l'un n'excitait les autres à voler que par son exemple, il est plus probable qu'il ne serait pas tenu à restitution ; v. cependant le n° ;2728 ; 4) par la multiplication:
plusieurs petits vols peuvent se réunir pour former une matière grave, lors même qu'ils sont commis à l'égard de plusieurs personnes. Or, ils s'unissent physiquement,si on conserve ensemble les objets \o\és, et moralement, si lors même qu'on consomme à mesure les objets volés, les petits vols ne sont pas séparés par uneinterruption notable. D'après St Liguori, pour qu'une interruption soit notable, elle doit être au moins de deux mois, si la matière est presque grave, et de quinze jours au moins, s'il s'agit de vol de très petite valeur. La rétractation efficace d'un vol lait précédemment, par la restitution faite déjà, empêche les vols postérieurs de s'unir aux autres ; elle aurait le même résultat, lors même que la restitution ne serait pas encore faite, si le vol qui suit était commis par une raison spéciale autre que celle des vols précédents. G. 611.
2675. Mais pour que la matière des petits vols soit grave, il faut qu'elle dépasse de moitié celle des autres vols, si on prend de petites choses à la même personne ; et, si on les prend à plusieurs, il faut que la matière soit