P. II. Jésus-Christ a
voulu que celte primauté fut perpétuelle et fut transmise aux successeurs de Pierre. C'est de foi, d'après les mêmes preuves.
Voici sur ce sujet la définition du Concile du Vatican: Si quelqu'un dit que c& n'est pas d'institution de Jésus-Christ ou de droit divin, que le B. Pierre ait des successeurs perpétuels de sa primaulé, sur toute l'Eglise, qu'il soit analh. V. can. 2.
135. P. III. Le Pontife romain est le successeur légitime de Saint Pierre, dans cette même primante, et cela de droit divin.
C'est de foi, de par le Concile du Vatican : Si quelqu'un dit que le Pontife romain n'est pas le successeur du B. Pierre dans cette ]irimauté, qu'il soit anal.
La raison prouve, en effet, cette vérité. Saint Pierre a établi son siège à P>oine; l'histoire la plus certaine en fait foi. C'est là qu'il est mort ; c'est là par conséquent qu'il a laissé à son successeur sa primaulé et tous ses droits.
136. J'ai dit que celte transmission de la primaulé du Pontife, était de droit divin et c'est aussi de foi d'après le même Concile: Il faut croire, dit-il, que le plein pouvoir de pailre, de régir et de gouverner l'Eglise universelle, a été donné au Pontife romain en la personne du B.
Pierre. {De Ecclesiâ, cap. 3). Il est donc de foi par conséquent que le Pontife romain ne tient pas sa primaulé de l'Eglise, comme l'a voulu le synode de Pistoie, ni à plus forte raison des princes temporels: aussi le Syllabus condamne-t-il la 35'"<' proposition qui enseigne que le Siège de Rome n'est pas nécessairement lié au successeurole St Pierre, de telle sorte (|u'on pourrait séparer la primaulé de ce même Siège. Comment serait le successeur de Pierre, celui
LE SOUVERAIN PONTIFE
ol
qui ne serait pas le Pontife romain, le(|iiel de droit divin est successeur de Pierre? Le Pontife romain peut, il est vrai, chaniîer de résidence ; mais il ne |)eut chanijer de Siège.
137. 2) De la Nature de cette Prlmauté. — in) Elle est manifestement, d'après ce que nous venons de dire, indêpeudanle de toute puissance humaine. Donc lePapeest au-dessus des Canons, (|uoi qu'en aient pensé les Gallicans, dans leurs fameux articles de 1682. Donc on ne peut pas en appeler du Pape à un concile; donc, et c'est là une vérité de fni., « Je Pontife romain a le droit, dans l'exercice de sa charge, de communiquer librement avec tous les pasieurs et tous les troupeaux de l'Eglise...
C'est pourquoi nous condamnons et réprouviins les opinions de ceux qui disent qu'on peut licitement empêcher celte communication du Chef suprême de l'Eglise avec les pasteurs et les troupeaux, ou qui assujettissent celte communication à la puis- .sance séculière. » (Val. cap. 3).
Celte condamnation atteint entr'aulres Van Espen, juriste Hollandais.
l.'JS. {b) Elle est universelle à l'égard des pasteurs, soit réunis en Concile, soit dispersés; elle est irnmédiale à l'égard de chaque fidèle. Ecoutez encore le Concile du Vatican : « Nous enseignons (]ue celte puissance de juridiction du Pontife romain est ntnnédlnte, et qu'à son égard les pasteurs et les fidèles de tout riteel d'une dignité quelconque, pris individuellement, ou tous ensemble, sont liés par le devoir de la subordination hiérartliique et d'une véritable obéissance... Si (pielqu'un dit qu'il a seulement la plus grande part de la suprême puissance, mais
qu'il n'en a pas foule la plénitude, ou que sa puissance n'est pas ordinaire et immédiate, soit sur toutes les Eglises et chacune d'elles, soit surtous les pasieurs et les fidèles et surchacun d'eux, qu'il soit anat. » {Be Ecdesiâ, cap. III).
Il est évident, par là, que la constitution de l'Eglise est une monarchie et même une monarchie absolue; car bien que l'épiscopai soit une sorte d'aristocratie, il n'y a néanmoins dans l'épiscopat aucun droit que le Pontife romain n'ait pas, comme nous allons le dire.
loU. 3j Des Droits de la Primauté. — Le Souverain Pontife a tous les droits néces- <?aires pour conserver l'unité de l'Eglise, pour exercer entièrement la puissance suprême, que .Jésus-Christ lui adonnéesur toute l'Eglise, et pour procurer le salut des brebis et des pasteurs, d'où il ressort que l'Eglise n'est pas une société égale, comme un collège composé d'homme d'égal rang, mais une société inégale, ayant une puissance suprême ; et par conséquent elle est une société parfaite et non pas une société imparfaite et dépendante de la puissance civile, comme l'ont dit les protestants pour flatter les princes temporels.
L'exercice de celle puissance, date du temps de.Iésus-Christ luimême; et Jean XXII ajustement condamné l'article suivant de Marsille de Padoue : « Le bienheureux Pierre n'a pas plus été le chef de l'Eglise que tout autre des Apôtres. Jésus-Christ n'a point donné de chef à son Eglise, et n'a établi personne pour son vicaire. » El InnorenI X a condamné comme hérétique la doctrine janséniste qui faisait saint Paul, comme saint Pierre,
L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE
chef de l'Eglise. Tons les apôtres avaient reçu, il est vrai, de Jésus- Christ la mission de prêcher partout infailliblement, de fonder parlout des Eglises; mais c'était chez eu\ un pouvoir extraordinaire qu'ils ne pouvaient pas transmettre à leurs successeurs. Ils devaient du reste, soumettre les Eglises qu'ils fondaient à St-Pierre, à qui ils étaient eux-mêmes subordonnés, comme il est clair par les paroles de Notre Seigneur à saint Pierre et par la conduite de ce dernier au Concile de Jérusalem. En Pierre, ces pouvoirs étaient ordinaires et devaient se transmettre à ses successeurs. Mais disons d'une manière précise les droits des successeurs du Prince des Apôtres.
140. Il est (Je foi d'après ce que nous avons dit plus haut, no 135, que le Pontife romain a la pleine puissance de paître et de gouverner. Traitons de l'une et de l'autre : et d'abord (A) du POUVOIR DE PAITRE. Le froupeau fidèle est nourri par la doctrine de la vérité et par les sacrements.
Il faut donc dire un mot (a) du pouvoir d'enseigner et (b) de celui d'administrer les sacrements.
141. (a) Du Pouvoir d'enseigner. — « Le Saint Siège a toujours cru, l'usage perpétuel de l'Eglise prouve, et les Conciles œcuméniques eux-mêmes ont déclaré que dans la primauté apostolique était la puissance suprême du magistère » ou le droit suprême d'enseigner l'Eglise universelle. (Vat. chap. IV).
Or le wagis^ère du Souverain Pontife est infaillible: (l'infaillibilité est l'exemption en vertu d'un secours efficace de Dieu, de tout danger d'erreur en enseignant aux hommes la doctrine de Jésus-Christ). Cesi de foi. Pr. (a)
de par les paroles de Jésus- Christ : « Mais fai priépour toi, afin que ta foi ne défaille pas. . .
affermis tes frères. » (Luc XXII, 32) (b) par la raison. Si le Pasteur suprême pouvait C(»nduire les brebis fidèles dans les pâturages empoisonnés de l'erreur, que deviendrait le troupeau? Ecoutons les paroles du Concile du Vatican: « Ce privilège de la térite et d'une foi qui ne défaille jamais, a été accordé à Pierre et à ses successeurs dans cette chaire apostolique, afin que...
toute l'Eglise conservât son unité, et qu'appuyé sur son fondement, elle se tînt ferme contre les portes de l'enfer. ^> Et en effet, sans un juge infaillible, on verrait dans l'Eglise le droit de cité acquis à toutes les erreurs, que personne ne pourrait proscrire assez efficacement pour tranquilliser la conscience des fidèles.
Parlons: (a) de l'exercice de l'infaillibilité; {b) de l'objet de l'infîiillibilité.
142. (a) De l'exercice de Vinfaillibilité. — Le Souverain Pontife enseigne l'Eglise, ou en dehors des conciles ou dans les conciles . Touchant ces divers modes d'exercer l'infaillibilité, établissons les propositions suivantes.
143. P. I. Le Souverain Pontife^ en enseignant l'Eglise, est infaillible indépendamment de l'assentiment des Evéques. C'est de foi contre les Gallicans qui exigeaient, pour que les définitions du Pape fussent infaillibles, qu'elles fussent acceptées expressément ou tacitement par les Evoques. Celte proposition s'établit par les mêmes preuves que la précédente, n» 141. Aussi le Concile du Vatican dit-il : « Nous enseignons et définissons que c'est un dogme révélé de Dieu, que lorsqu'il parle ex cathedra,
LE SOUVERAIN PONtlfË
c'est-à-dire, lorsque remplissant ses fonctions de Paster.r et de Docteur de tous les chrétiens, il définit dans sa suprême autorité apostolique, qu'une doctrine concernant la foi, ou les mœurs, doit être crue par toute l'Eglise, de par l'assistance divine, qui lui a été promise en la personne du Ij. Pierre, le Pontife romain jouit de l'infaillibilité même que le divin Piédempteur a voulu que son Eglise possédât, touchant la foi et les mœurs, et que par conséquent ses définitions sont irréformables par elles-inêmes et non par le consentement de l'Eglise. » Et en effet, si le Souverain Pontife parlant ex cathedra, se trompait, les fidèles devraient ou se séparer du centre de l'unité et du fondement de l'Eglise, ou embrasser l'erreur ; et les deux hypothèses répugnent à la raison.
144. Pour que le jugement du Pontife romain soit infaillible, il est nécessaire qu'il définisse comme docteur universel, et non comme homme privé, une doctrine concernant la foi et les mœurs, devant être crue par tous ; mai.s il n'est pas nécessaire qu'il frappe d'anathème ceux qui la nient. Il n'est pas nécessaire pour l'inlaillibililé d'une définition excalhédrd, que le Souverain Pontife adresse la définition à tous les Evêques ; il suffit qu^il l'envoie à un seul, avec l'intention manilesle de la faire arriver à tous. Bien plus, outre les solennelles définitions e.r cathedra, qui sont adressées à toute l'Eglise, il y a des réponses doctrinales des Souverains Pontifes, qui sont dirigées à certains Evêques, ou à une Eglise particulière. Ces documents moins solennels, où leSouverain Pontife parle ex officio et comme Pasteur suprême, doivent être
regardés comme ayant une autorité irréfragable. A plus forte raison devrait-on les considérer comme tels, bien qu'ils fussent d'une (orme moins solennelle qu'une définition, s'ils étaient adressés par le Pape à toute l'Eglise. L'essence ou la condition nécessaire de l'infaillibililé, n'est pas, en effet, dans une forme accidentelle et variable, mais en ce que le Souverain Pontife, remplissant les fonctions de sa charge,* enseigne l'Eglise comme docteursuprême.
S. no 123.
145. Au reste rien de plus sage pour chacun des membres du troupeau fidèle que d'écouter toujours la voix de celui que Jésus-Christ a établi le Pasteu^ des agneaux et des brebis. Il est inoui dans l'histoire qu'un Pape ait enseigné l'erreur à l'Eglise ; et il ne manque pas de théologiens qui soutiennent qu'un Pape ne peut pas tomber dans une hérésie même privée, et de fait jamais Pape n'est devenu hérétique.
146. La plupart des théologiens avant le gallicanisme, ont enseigné que la Synagogue, et en particulier le Grand-Prêtre de la Synagogue était infaillible, car de par ordre de Dieu, celui qui récusait ses jugements concernant la loi, devait subir la peine de mort ; et ils ajoutent que la Synagogue a failli pour la première fois, quand elle a prononcé que Jésus-Christ élait digne de mort, ce qui a été sa ruine. Ce n'est donc pas étonnant que Dieu ait donné l'infaillibilité au Souverain Pontife de son Eglise, dont la Synagogue n'était que la figure.
147. Qu'on ne dise pas que cette doctrine rend inutiles les Conciles œcuméniques f Saint Liguori répondrait : • Ils sont
l'église catholique romaine
utiles pour que les peuples acceptent plus facilement leurs décrets, pour que les Evêques connaissent mieux les raisons de ces décrets et les exposent plus clairement aux fidèles. Ils sont utiles aussi pour fermer •la bouche aux hérétiques, qui font peu de cas des définitions du Pape. » L. Œ. D. tome 2, page 0^4.
148. P. II. Le Pontife romain esl infaillible quand il définit une doclr'ene dans un Concile pariiculier, qu'il préside, et quand il étend ex cathedra à l'Eglise tout entière la définition d'un concile particulier. Cela résulte clairement de ce que nous venons de dire.
149. P. III. Le Pontife romain eït infaillible^ s'il croit et enseigne comme révélée une doctrine que la plus grande partie des Evêques, répandus dans l'univers, enseignent également.
C'est une vérité (/e /bi. Car de tout temps on a retfardé comme catholique une doctrine qu'universellement le corps épiscopal, uni à son chef, enseigne comme étant révélée de Dieu. C'est aux Apôtres ayant Pierre pour chef, qu'il a été dit par Noire-Seigneur :
« Allez enseigner toutes les nations... Je suis avec vous jusqu'à la consommation des siècles.
Mat. XXVIII, 20. Ces promesses étant perpétuelles, donnentl'infaillibilitéausuccesseurde Saint- Pierre et aux Evêques successeurs des Apôtres .unis à leur chef. C'est pourquoi le peuple fidèle qui, en brebis docile, écoute la voix de ses Pasteurs unis au Pasteur suprême, n'a pas l'infaillibilité qui est le propre des Pasteurs, mais il a, comme disent les théologiens, Vinerrance qui fait qu'il n'est pas trompé.