LA VOCATION
« tat qu'il doit embrasser, et lui « laissant librechoix à cet égard, « comme dans beaucoupd'autres « déterminations à prendre, il « est de la sagesse de la Provi- (c dence, dès nue l'homme a fait « son choix, ae ne pas l'aban- « donner, et de lui donner la « grâce nécessaire pour vivre « saintement, dans l'état qu'il « s'est choisi, puisque Dieu veut « que tous les hommes soient « sauvés. » (Comment, in. I Cor. VII. 7).
330-4. C'est ce que confirme l'expérience : chez beaucoup de personnes, en effet, on ne trouve aucun signe manifeste de la volonté divine, les destinant à tel ou tel état. Suarez enseigne la même doctrine, au livre 9 du vœu de chasteté. C. 2. 5.
Léon XIII, dans son encyclique du 15 mai 1891, est encore plus formel : « Nul doute, dit-il, que dans le choix d'un genre de vie, il ne soit loisible à chacun, ou de suivre le conseil de N. S.
sur la virginité, ou de contracter un lien conjugal. »
3805. Toutefois, personne ne peut embrasser un état, s'il n'a pas l'aptitude nécessaire pour en remplir les obligations, ou bien s'il a pour cet état, un empêchement grave ; cela est vrai surtout, si le manque d'aptitude tourne au' détriment de l'Eglise, comme cela a lieu au premier chef, s'il s'agit du sacerdoce. V.
n^liS'i et suiv. Il pécherait donc gravement celui qui, dans de telles conditions, embrasserait un état de vie.
330G. Personne ne peut, sans pécher, choisir un état de vie si, par une circonstance particulière, il est obligé d'embrasser un état contraire. La vocation à un état est manifeste, en effet, quand on est obligé par un précepte de l'embrasser. Nous avons
déjà'dit, no 1528, les cas où le mariage est de précepte. Le célibat, les ordres, la vie religieuse sont de précepte, lorsque quelqu'un a fait vœu de les embrasser. V. n» 3310.
3307. II. Des moyens de connaître si Dieu veut l'homme dans un état déterminé. — Si Dieu inspire surnaturellement à un homme le choix de tel état, c'est au moins dangereux de ne pas suivre cette inspiration. N'éteignez pas le St Esprit. Voir ce qui a été dit sur la vocation aux saints ordres, n» 1484 et suiv., et ce que nous dirons de l'état religieux, no 3310. Dans une chose si grave, la prudence demande que chacun cherche à découvrir s'il plaît à Dieu, qu'il embrasse tel état plutôt qu'un autre. Pour y réussir, il faut se tenir en étal de grâce (car le péché remplit l'âme de ténèbres) ; il faut de plus prier, réfléchir et Consulter; ainsi parlent tous les auteurs,
3308. Un bon choix exige qu'on se propose la fin voulue. T. -1, 2, q. 57, a. 5. Or, c'est dans la retraite, la solitude, dans un lieu de pèlerinage, ou, si cela ne se peut, dans la méditation et de pieuses lectures, qu'on doit considérer quelle est la fin de l'homme.
Or, nous sommes créés pour louer et servir Dieu, et par ce moyen, posséder le ciel. Un bon choix exige de plus qu'on prenne les moyens nécessaires pour atteindre la fin voulue. T. i, 2, q. o7, a. 5. Us s'égarent donc ceux qui s'occupent d'abord de chercher un état, et ensuite de servir Dieu ; ils intervertissent l'ordre. Il faut en premier lieu chercher la gloire de Dieu, ensuite l'état qui est le plus utile, pour atteindre ceUe fin. flgnat. exercit.
prœludium electionis.)
3309. Mon fils, ne faites rien sans coîiseil, et après l'avoir fait, vous ne vous en repentirez pas. (Eccli. XXXII, 24). Mais il ne faut pas prendre trop de conseillers, surtout quand il s'agit d'embrasser la vie parfaite, comme nous en avertit St Thomas. (Opusc. -17, i.) Suarez veut qu'on choisisse des conseillers prudents et libres de toute affection humaine, et qui aient des sentiments justes sur la vie sainte et re-
DEVOIRS DES DIVERS ETATS
ligieuse. S'il s'agit surtout d'entrer en religion, ce grand théologien fait remarquer, qu'il faut demander conseil à ceux qui peuvent aider, et non pas nuire, et qui, s'il est possible, ont quelque expérience de la vie religieuse.
(Suarez, de statu perfect. 1. 5, c. 8, 2.) Il ajoute que la consultation doit être sérieuse, mais pas longue ; car, non seulement la longueur n'est pas nécessaire, mais elle peut être un obstacle à la vocation divine. Voir ce qui a été dit sur le mariage nos -1520, 1529, loSI.
D'après Lessius, on ne doit pas même consulter, pour la vocation religieuse, les séculiers, ni les parents qui n'ont pour ces choses aucune expérience, et qui, bien plus, n'envisageant que leur propre avantage.'se changent en ennemis. Less. opusc. de statu elig. q. 4, no 38. Lig. 1. 4, n» 68.
3310. III. Quand on connaît sa vocation^ il faut la suivre. — Celui qui, par Tusage des moyens indiqués ci-dessus, sent que Dieu l'appelle surnaturellement à tel état, doit répondre à l'appel divin. Celui qui choisit un état de vie, qui n'est pas selon le bon plaisir de Dieu, ne peut être excusé d'infidélité à la grâce. Si quelqu'un croyait qu'en restant dans le siècle il se damnera, vu sa fragilité et le manque des secours qu'il trouverait dans l'état religieu.x, il ne pourrait pas être excusé de faute grave. Celui qui, étant appelé à la vie religieuse, s'efforce de se persuader qu'il se sauvera aussi facilement dans le monde, se jette dans un grand péril de damnation, dit St Liguori, 1. -4, 78.
3311. Il faut suivre au plus tôt une vocation claire, car le délai est d'ordinaire dangereux; et la vocation, comme toute grâce, est transitoire et non permanente. C'est hérétique, d'après St Thomas, de dire que la grâce ne peut se perdre. Opusc. 17, c. 10. Bien plus, St Liguori pense que rien ne se perd plus facilement que la vocation religieuse. Le confesseur est donc tenu de conseiller fortement à
son pénitent, qui a une vocation manifeste, de la suivre, et il pécherait gravement en cherchant à l'en détourner. V. n» 1339 et suiv. Cependant il n'est pas prudent d'obliger un pénitent à embrasser l'état, auquel il se sent appelé de Dieu (voir no 1485), pourvu qu'il veuille remplir les devoirs de l'état qu'il choisit, en sacrifiant sa vocation ; parce qu'étant dans une certaine bonne foi, il ne croit pas se jeter dans un grand danger,
3312. Pour que la vocation à l'état religieux soit véritable, il suffit , d'après St Liguori; 1° Qu'on ait une intention droite, comme de fuir les occasions et de procurersonsalut; 2° Qu'on n'ait aucun empêchement, comme le défaut de santé et de capacité, ou des parents dans la nécessité; 3° Qu'on soit admis par les supérieurs de l'ordre. Quand l'intention que l'on a en entrant en religion est d'imiter Jésus-Christ, on est aussi certain que cette inspiration vient du St Esprit, qu'on l'ait de l'acte de foi, qui est nécessaire au salut. Ainsi parle St Liguori : Œ. A. T. 3, p. 412. Lessius, q. 3, 70.
3313. IV. De la vocation douteuse.
Souvent la vocation divine n'est pas certaine ; et que faut-il faire dans ce cas, après avoir employé les moyens indiqués plus haut '? Ou celui qui doute a déjà quelque estime de la vie religieuse, ou non. Dans le premier cas, qu'il demande conseil ; car, pour lors, dit Suarez, il ne saurait être téméraire de s'occuper d'entrer en religion, et de consulter à ce sujet; car on a raison de consulter pour savoir s'il est opportun d'entrer en religion, sans un désir particulier de cet état de vie, et avec la seule détermination efficace de le choisir, après avoir réfléchi et consulté. Qu'avec un choix ainsi fait, quelqu'un puisse entrer dans la vie religieuse, c'est manifeste et c'est certain par l'expérience et la raison. En eftet, dans les autres œuvres de vertu, il est souvent avantageux et même nécessaire d'agir de la sorte.
Ainsi parle Suarez, de statu pcrf. 1. 5,