I II. De la parole de Dieu, transmise de vive voix
Tout ce que Dieu a révélé, n'est pas consigné dans l'Ecriture.
Si Jean dit", en effet: Il y a beaucoup de choses que Jésus a faites ; si on les écrivait en détail je ne pense pas que le monde pût contenir les livres qu'il faudrait écrire. (Jea.XXI.25), Jésus a dit aussi des choses qui ne sont pas écrites ; et ce qu'il a dit et qui n'a pas été écrit a la même autorité que ce qui est consigné dans l'Ecriture Sainte, et c'est vraiment la parole de Dieu. C'est la Tradition divine donnée aux Apôtres et par eux à l'Eglise ; elle a pu être écrite dans la suite par les S S. Pères ; mais elle ne l'a pas été par les écrivains sacrés. C'est d'elle que nous parlons ici ; qu'on ne la confonde pas avec la tradition ecclésiastique qui est humaine ; ni avec la manière dont la tradition divine nous est transmise, manière que les théologiens appellent aussi tradition. Or, touchant la Tradition proprement
l'église catholique romaine
divine, nous avons à parler I de son existence, et II de l'inléyrité de sa transmission.
2i5. I. De l'existence de la Tradition. — Les prolestants admettent une espèce de tradition expliquant les vérités contenues dans l'Ecriture ; mais ils repoussent toute tradition divine, distincte et séparée de l'Ecriture. Etablissons donc contre eux la proposition suivante : // existe une vérilable Tradition dont Dieu même est fauteur.
C'est de foi d'après le Concile de Trente (Ses. -4). Pr. 1) par l'Ecriture : Gardez les traditions que vous avez apprises, soit par mes paroles, soit par ma lettre.
(II Thés. II, 14). 2) par la ?wson. Au commencement de l'Eglise, rien du nouveau Testament n'était écrit. L'Evangile de St Mathieu, écrit le premier, ne l'a été que huit ans après l'Ascension. N. S. a chargé ses Apôtres de prêcher l'Evangile, et non de distribuer des Bibles. Il ne leur u pas donné l'ordre de rien écrire. Comment les prolestants savent-ils par la Bible que tout est dans la Bible? On ne le lit nulle part. Où ont-ils trouvé dans l'Ecriture le Canon de l'Ecriture, même celui qu'ils acceptent? Où l'obligation de sancli/ier ledimanche, ou débaptiser les enfants? Comment sans laTradilion interpréter les choses qui sont difficiles à. comprendre'!
3) Par l'autorité de l'Eglise. « Le saint Concile reçoit avec un égal respect et une égale vénération les Livres soit de l'ancien, soit du nouveau Testament, et aussi les traditions elles-mêmes, concernant la foi ou les mœurs, comme étant sorties de la bouche de J.-C, ou dictées par le Saint- Esprit, et ayant été conservées par une continuelle succession dans l'Eglise catholique. Si quel-
qu'un donc méprise sciemment et volontairement les susdites Traditions, qu'il soitanathème.»
(Tr. Ses. 4.)
Notons qu'on doit regarder, comme révélé par la Tradition divine, ce qui, n'ayant pas été établi par un Concile, a toujours été et est encore cru par l'Eglise» universelle, ainsi que ce que l'Eglise Romaine a toujours cru et enseigné qu'on devait croire.
22Ç. II. De la transmission intégre de la Tradition divine. — Dieu, en donnant sa parole non écrite a dû prendre soin qu'elle nous arrivât intacte ; et c'est ce qu'il a fait. L'intégrité des Traditions divines est une vérité au moins voisine de la foi d'après le texte du Concile de Trente que nous avons cité, et d'après les paroles du Concile du Vatican:
« Ces traditions reçues des Apôtres, ou données par les Apôtres, sous la dictée du St Esprit, comme de main en main, sont parvenues jusqu'à nous. »
(cil. Il, de revcl.) L'intégrité des Traditions est tout aussi certaine que celle des Ecritures, puisque l'une et l'autre sont confiées à la garde de l'Eglise infaillible, contre laquelle les portes de l'enter ne sauraient prévaloir. Or les portes de l'enfer prévaudraient contre l'Eglise, si elle ne gardait pas la vérité qui lui a été confiée. Mais nous avons à rechercher par quelles voies nous est transmise la Tradition divine.
'■l-ll. lo C'est d'abord par les consti- TurioNS EX CATUEDKA di'S Suuvcrains l'ontifes, et par les décrets des conciles ŒcuMÉNiouES, dont nous avons étal)li au n^-i W et suiv. l'infaillibilité. Or les conciles ujcuinéniiiucs sont au nombre de vingt. (Iclui de 2\icce contre les Ariens ; le I de Cunsiantinople contre les Macédoniens ; celui li'Ephrse contre Nestorius; celui de Clialccdoine conlve Eutychès; le II de Constantinople,
SA DOCTRINE
contre Origène et les trois Chapitres, le m de Constantinople, contre les Monothéliles, le H de Nicée, contre les Iconoclastes; le IV de Constantinople, contre les Iconoclastes et contre Photius; le I de Latran, contre les investitures; le II de Lalvan contre le schisme d'Anaclet II, contre Pierre de Bruis et Arnaud de Bresce; le III de Latran, contre les Cathares, les Albigeois et les Vaudois, le IV de Latran contre les albigeois et Almaric: le II de Lyon, contre le schisme grec, celui de Vienne, contre les Fratricelles et les Templiers, celui de Constance, contre le schisme d'Occident, et contre les Wicléfistes et les Hussiles; (beaucoup de théologiens ne le regardent pas comme œcuménique, cependant Martin V a confirmé quelques-uns de ses actes) ; celui de Fiorence pour l'union des Grecs et des Arméniens avec l'Eglise, le V de Lairan, pour éteindre le schisme causé par le conciliabule de Pise, celui de Trente contre les protestants, et celui du Vatican, contre les erreurs modernes, et le Gallicanisme en particulier. Les théologiens sont loin d'admettre tous l'œcuuiénicité des conciles de Pise et de Bàle.
2'28. Outre les Conciles œcuméniques, il en est d'autres qui, tout en étant particuliers, ont la même autorité à cause de l'approbation que leur a donnée le Souverain Pontife ; ce sont : le second concile de Milève et celui de Carthage, en 418, contre les Pélagiens, le second d'Orange, contre les semipélagiens, celui d'Embrun contre les Jansénistes.
i-ld. Or, pour distinguer ce qui, dans les constitutions Pontilicales, ou dans les décrets des Conciles, est dogme de foi de ce qui ne l'est pas, les théologiens donnent les règlfts suivantes. Les décrets sont de foi: 1) s'ils prononcent qu'une chose doit être crue formellement, ou que l'Eglise le délinit, ou qu'elle le croit et l'enseigne; 2) s'ils disent que la doctrine C(Mitraire, est opposée à la foi, ou hérétique, ou impie, 3) s'ils lancent l'analhôme conlre ceux qui pensent autrement, pourvu que le décret ne soit pas purement disciplinaire.
230. 2" Les Symboles sont une règle abrégée de la foi que l'Eglise propose à croire à lous.
Il y a trois principaux symboles 1) celui des Apôtres, qui, de l'aveu même des liéréliques, contient la doctrine des Apôtres et a été publié de leur temps, et que les catlioliques croient communément avoir été composé par
les Apôtres eux-mêmes ; 2) celui de Nicéc et de Constantinople, * qui comprend et développe celui des Apôtres. Commencé au concile de Nicée, continué dans celui de Constantinople, il a été complété par l'addition du mot Filioque, que l'Eglise y a faite au neuvième siècle; 3) celui de St Athanase, ainsi appelé parce que selon beaucoup d'auteurs, il a été composé par lui, ou parce que, selon d'autres, il contient la doctrine de ce saint. Quoi qu'il en soit, il est reçu comme règle de foidans l'Eglise d'Orient, et dans celle d'Occident. 4) Les professions de foi et les livres symboliques, ou les catéchismes, suivent de près les symboles.
Le catéchisme Romain, ou du concile de Trente, a une très grande autorité. Les Pasteurs y trouvent une doctrine sfire et abondante, et assurément rien n'est plus utile que de l'expliquer aux fidèles du haut de la chaire, les jours de dimanche et de fête.
231.' 3° Les SS. Pçres sont aussi les porte-voix de la Tradition. On donne le nom de Pères à des hommes célèbres par leur sainteté et leur doctrine, qui ont comme nourriet sou tenu l'Eglise, dans son enfance et son adolescence. On compte néanmoins ' parmi eux Origène et TertuUien, à cause de leur science et de leur antiquité.
2o2. Par Ecrivains Ecclésiastiques, on entend des hoinmes qui ont édifié l'Eglise par leurs écrits, bien qu'ils ne fussent pas remarquables par leur sainteté, Eusèbe par exemple.
233. On appelle docteurs privés ceux qui ont obtenu dans quelque académie le grade de docteur, et docteurs publics ou docteurs de rEglise,i\es hommes d'une science et d'une sainteté
L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE
éminente, auxquels l'Eglise a décerné ce titre.
1) Sur l'autorité des Pères et des docteurs, écoutons St A. de Liguori. (Œ.-D. t. 2, p. 28.) « Dans les choses qui concernent la foi ou les mœurs, nous devons regarder comme dogme de foi, ce qui a été approuvé comme tel par le consentement commun des docteurs. Les Pères ne peuvent pas tous se tromper, sans que l'Eglise elle-même se trompe, r II faut en dire autant du consentement de tous les Pères d'Occident.
2) Quand quelques Pères seulement soutiennent une opinion ils peuvent se tremper. Il arrive pourtant que le sentiment d'un seul fait loi lorsque l'Eglise a approuvé sa doctrine, sur un dogme, comme par exemple la doctrine de St Athanase contre les Ariens, celle de St Cyrille d'Alexandrie contre Nestorius, celle de St Augustin contre les Pélagiens. Quand les Pères parlent non comme docteurs, mais comme ^émoins de la foi des fidèles, leur témoignage est d'un grand poids.
234. 4° Les vérités de Tradition, se conservent par le consentement UNANIME DES THÉOLO- GIENS. Si tous affirment qu'une vérité est révélée, leur témoignage est incontestable; ils sont, en effet, comme le prolongement de la chaîne dont les Pères ont été les premiers anneaux. Ce sont eux qui fournissent aux Pasteurs ce qu'ils enseignent aux peuples ; et leur doctrine est quelquefois approuvée par le St Siège. Quand une doctrine est communément enseignée par les Théologiens, il est téméraire de la contredire, à moins qu'une
raison grave qui a échappé à tous, ou une autorité d'un grand poids, n'excuse.
235. 5° La Liturgie sacrée est un témoin irrécusable de la Tradition dans les rites qui sont liés avec le dogme. La règle de la prière est aussi celle de la foi.
236. 6° Les actes des martyrs, qu'on lisait autrefois dans les Eglises, et où se trouvent les professions de foi que ces saints faisaient devant les tyrans, sont aussi une preuve certaine de la Tradition.
237. 7° Les écrits des hérétiques attestent aussi les dogmes catholiques, soit qu'ils les admettent, soit qu'ils les repoussent, car c'est en les repoussant que leurs auteurs ont été déclarés hérétiques.
8° Il en faut dire autant des Ecrivains ecclésiastiques, qui rapportent la pratique et la loi de l'Eglise, et
238. 9° Des monuments, des autels, des temples, des tombeaux des martyrs, des inscriptions qui témoignent de la foi des premiers chrétiens.
239. Quand il est certain qu'une vérité a été toujours crue partout et par tous, on doit la croire comme élant de foi définie, dit Hurter; et quand il est sur qu'à une certaine époque la foi en une vérité était établie partout, et acceplée par tous, on peut confondre ceux qui la nieraient par l'argument de prescriplion, en leur disant :
Prouvez que cette croyance a été introduite après les Apôtres, et par qui elle l'a élé ;.et cet argument négatif devient positif, si on prouve qu'un tel changement de doctrine a été impossible.
—'s^<Sjk^>''o^-'
SX DOCTRINE