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CONCLUSION DE LA THÉOLOGIE GÉNÉRALE ET DU TRAITÉ DE L'ÉGLISE

240. Nous savons donc maintenant ce que c'est que la doctrine de l'Eglise : c'est la parole de Dieu écrite ou transmise par la Tradilion. Celte parole de Dieu est la règle de foi éloignée.

L'interprète infaillible de l'Ecriture et de la Tradition, c'est l'Eglise catholique qui est la règle prochaine de la loi.

« Or. il faut croire de foi divine et catholique tout ce qui est contenu dans la parole de Dieu écrite ou transmise par la Tradilion, et qui, en même temps, est proposé comme étant divinement révélé, à la foi des fidèles, soit par un solennel jugement de l'Eglise, soit par le magistère ordinaire et universel. »

v. n° 229. (V. ch. III, de fîde.)

Un jugement splennel, c'est une constitution ex cathedra, ou la définition d'un concile œcuménique, ou un symbole proposé par l'Eglise. Le magistère ordinaire et universel de l'Eglise, c'est l'Eglise enseignante, dispersée dans l'univers, sous la dépendance de son Chef ; c'est aussi le Pontife Romain qui, seul entre les Evoques, a un magistère ordinaire universel. Ce qui est enseigné partout par les Evoques comme étant révélé de Dieu, et que par conséquent tous les théologiens regardent comme étant de foi, appartient à la foi catholique, dit Ilurter. El il ajoute que, d'après l'opinion commune, il suffit, pour qu'un dogme soit de loi catholique, qu'il soit très clairement exprimé dans la Ste Ecriture, ou par une tradition manifeste.

2 il. Les vérités ainsi déclarées par l'Eglise, ou ainsi nettement connues comme révélées

sont des dogmes de foi catholique, ou des articles de foi. Toutefois on réserve le nom d'articles à des vérités premières et principales qui sont plus nécessaires à croire.

Quand on dit qu'une vérité est de loi, on entend qu'eWe est de foi catholique, V. n" 2191 et suiv. Une proposition contraire à un dogme catholique, s'appelle hérétique, ou hérésie.

2i2. Mais il n'y a pas que les dogmes strictement catholiques qui soient vraiment divins. Il ne manque pas, en effet, de vérités contenues dans l'Ecriture Sainte, ou transmises par la Tradition, qui doivent être crues de foi divine, comme étant vraiment révélées de Dieu, bien qu'elles ne soient pas formellement et explicitement proposées par l'Eglise. Celui qui les nie sciemment tombe dans l'erreur, et est hérétique devant Dieu, dont il rejette la parole ; il pèche donc gravement contre la foi; mais il n'est pas hérétique devant l'Eglise, à moins que celle-ci ne le condamne comme tel, et il n'encourt pas les censures. (V. P. de locis Thcologicis p. 3, n^ 345, in notaj.

Or, ces vérités s'appellent de foi divine ou définissable, et, d'après plusieurs théologiens, leur contradictoire est voisui^. de rhérésic, et il ne lui manque, pour être hérétique, qu'une définition de l'Eglise; d'autres théologiens l'appellent spécifiquement erronée; mais la note d'erronée semble mieux s'appliquer à la contradictoire d'une proposition ccriiiiiiede par la foi. V. le n» 160. 243. Ce que nous venons de dire prouve que les définitions

L EGLISE CATHOLIQUE ROMAINE

de l'Eglise ne changent point le dogme qui, étant la parole de Dieu, demeure èlerneUement. La définition de l'Eglise n'ajoute rien à une vérité considérée en elle-même; elle lait seulement que celui qui, avant elle, était hérétique devant Dieu, soif aussi après ellCj liérétique devant l'Eglise.

244. Nous avons donc sous la main les4)rincipes théologiques, c'est-à-dire la parole de Dieu et les définitions de l'Eglise, d'où nous pouvons tirer des conclusions certaines. Nous avons de plus les lieux théologiques, ou les arsenaux, où les théologiens font provision de leurs armes.

Ce sont, outre l'Ecriture Sainte et la Tradition, les constitutions des Papes et des Conciles, les Symboles, les Saints Pères, les théologiens, les liturgies, les actes des martyrs, les écrits des hérétiques et des historiens ecclésiastiques, et les monuments de l'antiquité ; nous avons parlé de leur autorité au n^ 227 et suiv.

A ces lieux théologiques principaux s'ajoutent les principes du droit et la raison, qui aident beaucoup à la science théologique. La raison surtoutlui fournit des principes philosophiques certains.

245. La théologie, en effet, et la foi au lieu de détruire la raison, la supposent et l'affermissent. Ecoulons le Concile du Vatican. « Bien que la foi soit au-dessus de la raison, il ne peut cependant exister aucun réel désaccord entre l'une et l'autre, puisque le mênje Dieu qui a révélé les mystères et répandu la foi, a aussi donné à l'esprit humain la lumière de la raison. Et Dieu ne peut pas se renier lui-même, et la vérité ne peut pas être en contradiction, avec la vérité. Cette fausse appa-

rence de contradiction entre la raison et la foi, vient surtout de ce qu'on ne conçoit pas, et de ce qu'on n'explique pas les dogmes de la foi dans le sens de l'Eglise, ou de ce qu'on prend de vaines opinions pour des principes de la raison. Nous définissons donc que toute assertion contraire à une vérité manifestée par la foi est tout à fait fausse. C'est pourquoi non seulement les fidèles chrétiens ne peuvent pas en conscience soutenir, comme des conclusions légitimes de la science, des doctrines contraires à la foi, surtout si elles ont été réprouvées par l'Eglise; mais même ils sont absolument obligés de les regarder comme des erreurs, qui se présentent sous la trompeuse apparence de la vérité. Non seulement la foi et la raison ne peuvent jamais être en désaccord; mais même elles se prêtent un mutuel secoure, pui.ique la raison démontre les fondements de la foi, et qu'éclairée par sa lumière, elle cultive la science des choses divines, tandis que la foi affranchit la raison des erreurs, la soutient et la meuble de plusieurs connaissances qu'elle ignorait. C'est pourquoi, loin de s'opposer à la culture de la science et des arts humains, l'Eglise l'aide et l'encourage de diverses manières... Sans doute elle n'empêche pas que ces sciences usent, chacune dans sa sphère, des principes et de la méthode qui leur sont propres, mais tout en leur reconnaissant cette légitime liberté, elle évite avec soin de laisser ces sciences admettre des erreurs, en se mettant en opposition avec la doctrine divine, ou empiéter sur le domaine de la foi, et y porter le trouble, en dépassant les limitée qui leur sont propres.

SA DOCTRINE

246. » La doctrine que Dieu a révélée n'est pas en elîet, comme un système philosophique proposé aux esprits iuimains pour être perfectionné; mais c'est un dépùtconhéà l'Epouse de J.-C.

qui doit irarder tidèlement celle doctrine, et l'expliquer inlailliblemenf. De là il suit qu'il faut perpétuellement retenir le sens des dogmes sacrés que l'Eglise a une fois déclaré; et jamais il ne faut s'écarter de ce sens, sous le prétexte ou l'apparence d'une plus haute intelligence. ))(Fa^)

2i7. La raison peut sans l'autorité démontrer les vérités qui sont les préambules de la loi, savoir, l'existence de Dieu, la liberté, la spiritualité de l'àme, la nécessité de la religion, les motifs de crédibilité de larévélation et de l'Eglise catholique, c'est certain. De la spiritualilé de l'àme, la raison peut conclure à son immortalité; mais elle ne peut par sa vertu propre, sans le secours de la grâce, arriver au commencement de la foi, ni faire un acte de foi, ni empêcher la liberté de l'acte de foi. par lequel l'homme accepte une vérité sur l'autorité de la parole de Dieu, ni refuser à Dieu le droit de commander à la raison, ni comprendre les mystères, ni les démontrer, ni à plus forte raison les perfectionner. Y. n. 2:23-253. Les textes suivants du fjoncile du Vacan élucideront ces propositions:

i248. >^ Si (luehju'un dit (jue le seul vrai Dieu, noire Créateur et notre Seigneur ne peut être connu certainement par la lumière naturelle de la raison, par le moyen des choses qu'il a faites, qu'il soit anathème. (Y.

De rcrelal'wne, cnii. 1).

2'4'.). )) Si quehiu'un dit que l'homme ne peut pas être élevé par Dieu à une connaissance et à une perfection supérieures à la

connaissance et à la perfection naturelles ; mais que de lui-même l'homme peut et doit par un continuel progrès, arriver à la possession de toute vérité et de tout bien, qu'il soit anathème.

(F. cnn. :i).

250. y> Si quelqu'un dit que la raison humaine est tellement indépendante que Dieu ne peut pas lui commander la foi, qu'il soitanath. (De fide, C(in. 1).

251. » Si quelqu'un dit que la foi divine ne se distingue pas de la connaissance naturelle de Dieu et des choses morales, et que, par conséquent il n'est pas nécessaire, pour avoir la foi divine, de croire la vérité révélée à cause de rautrfrilé de Dieu révélant, qu'il soit an, {De fuie. cnn. 2.)

252. » Si quebju'un dit que l'assentiment à la loi chrétienne n'est pas libre, mais qu'il est nécessairement produit par les arguments de la raison humaine, ou que la grâce de Dieu n'est nécessaire que pour la foi vive, qui opère par la charité, qu'il soit an. {De fuie., rati. ,7.)

25:3. » Si quelqu'un dit que la révélation ne contient aucuns vrais mystères proprement dits, mais qu'une raison bien cultivée peut de principes naturels tirer la connaissance et la démonstration de tons les dogmes de la foi, qu'il soit an. » {De pdc et ratione, cnn. i .)

254. La raison, quand elle a accepté la fui, ne peut pas soumettre à un examen (ltibilatif\es vérités révélées, car l'Eglise a condamné dans Hermès cet examen dubitatif; mais la raison peut, par un examen coiifinnatjf., rechercher et défendre la doctrine catholique et chacun de ses dogmes; elle peut faire sur les vérités chrétiennes des Iraités vraiment scientifiques, et montrer la convenance des dog-

l'église catholique romaine

mes révélés.

255. Elle peut encore de principes Ihéologiques certains tirer des conclusions certaines, dont nous devons dire ici quelques mois. Il y a des vérités qjii sont contenues formeUement, immédialement et explicitement dans la parole de Dieu, par ex, cette proposition Le Verbe s est faU chair ; d'autres vérités y sont contenues formellement, mais d'une manière implicite seulement, c'est-à-dire qu'elles ne se trouvent pas exprimées en propres termes, mais seulement d'une manière confuse, dans une proposition explicitement révélée et cela arrive :

1) Quand une proposition est la même quant au sens, qu'une proposition révélée, ce qui a lieu clans trois cas dift'érents: (a) Si on se sert de termes synonymes, par ex. ; si au lieu de dire : Le Verbe s'est [ail chair, je d\s: Le Verbe s'est fait homme ; {b) si on emploie des termes corrélalii's, par ex., si au lieu de dire: J.-C. est le Fils de Dieu, je dis ; Dieu est le Père de J.-C. (c) si on use de termes contradictoires, par ex., si je dis : J.-C. n'est pas une pure créature, au lieu de dire : J.-C. est Dieu.

!2) Une proposition est implicitement révélée, quand est révélé l'ormellemenl.

et explicitement, le tout actuel ou réel dont cette proposition est une partie essentielle, par ex., s'il est révélé que J.-C. est homme, il est révélé par là même qu'il a un corps humain.

206. 3) Si un tout potentiel, ou, en d'autres ternies, une proposition universelle, est révélé, la proposition particulière ou singulière comprise dans l'universelle est révélée par là même, par ex., si cette proposition: Tous ressusciteront, est révélée, il faut croire de foi divine cette autre proposition : Pierre ressuscitera. Dans tous les cas qui précèdent, il n'y a pas proprement de conclusions théologiques; il n'y a pas en effet de déduction, de raisonnement proprement dit, mais une sorte d'interprétation de la vérité révélée que les philosophes appellent illation.

207. Plusieurs théologiens toutefois, contrairement à d'autres, pensent que les propositions singulières, qui dépendent d'un fait contingent même certain, ne sont pas de foi, bien que leur universelle soit de foi, par ex., J.-C. est

réellement présent dans une hostie consacrée, c'est de foi; mais d'après ces théologiens, il n'est pas de foi qu'il soit présent dans telle hostie en particulier, lors même qu'elle est certainement consacrée, parce que sa présence dépend du fait contingent de la consécration de l'hostie. Mais tous conviennent que telle hostie consacrée en particulier, peut et doit être prudemment adorée ; la prudence est la règle de la piété ; et elle peut 3e fonder sur un fait certain, mais la foi ne se fonde que sur la parole de Dieu.

208. Une conclusion proprement dite peut se tirer de deux prémisses révélées, ou d'une prémisse révélée et d'une autre connue naturellement. -1) Si de deux prémisses révélées on tire selon toutes les règles et avec certitude par conséquent, une conclusion, celte conclusion étant renfermée matériellement dans la majeure qui est universelle, et qui est de foi, est en ellemême de foi, comme étant implicitement révélée, d'après (je que nous avons dit; cependant celui qui la déduit ne ferait pas formellement un acte de foi, si, en l'admettant, il se confiait à la force de la logique, et non en la panjle de Dieu.

209. "2) La conclusion strictement théologique est proprement celle qui se tire d'après toutes les règles de la logique, e1 par conséquent d'une manière certaine, de deux prémisses dont l'une seulement est de foi ; et les théologiens se demandent si elle est l'objet de la foi. Et sur cette question, il y a trois opinions. Les uns disent que cette conclusion n'est de foi divine ni avant, ni après la définition de l'Eglise ; mais qu'après la définition, elle est de foi ecclésiastique. La foi ecclésiastique, c'est l'assentiment donné auxjugements de l'Eglise sur les choses qui ne sont pas révélées, mais que l'Eglise a pourtant droit de juger. Rejeter ces jugements, c'est aller immédiatement contre la foi divine, car Dieu a donné à son Eglise le pouvoir de juger. Celui donc qui nierait une conclusion théologique définie serait dans l'erreur : il pécherait contre l'autorité de l'Eglise ; mais d'après cette opinion, il ne serait pas hérétique, car la définition ne fait pas un dogme nouveau. D'autres disent que la conclusion théologique est de foi divine, soit avant, soit après la définition de l'Eglise; et d'autres enfin disent qu'elle est de foi divine, seulement après la définition. (V. n" '160, et B. de objecto fidei.)

260. Tous s'accordent donc à regarder comme erronée la contradictoire d'une conclusion Ihéo-

SA DOCTRINE

logique certaine, et la chose n'est pas en effet douteuse. Toutefois, toutes les conclusions des théologiens ne sont pas des conclusions théologiques certaines, et, parmi les docteurs catholiques, il y a une foule de controverses qu'on peut soutenir de part et d'autre sans préjudice de la loi. Qu'on se garde toutefois de les soutenir au détriment de la charité, ce serait pécher contre la charité que d'infliger des notes injurieuses aux opinions libres des autres; (V. n° 2969) qu'on prenne donc pour règle l'axiome suivant : Dans les choses nécessaires r unité; dans les douteuses la liberté ; dans toutes la charité ; aussi n'altaquerons-nous dans ce livre que les erreurs, et jamais les personnes ; nous n'entrerons même endiscussion.avec

aucun auteur catholique.

261. Ceci étant posé, nous pouvons entreprendre l'étude de la dogmatique spéciale, qui traite de chaque dogme de l'Eglise et des questions qui s'y rattachent.

Dans nos traités, nous suivrons la méthode synthétique qui convient surtout aux sciences qui ont des principes certains, et qui va du simple au composé, de l'universel au' particulier, de la cause à l'effet, par le moyen du syllogisme.

262. L'analyse, qui remonte des effets à la cause, du composé au simple, du particulier au général, convient surtout aux sciences naturelles, et spécialement aux sciences physiques, dont il faut découvrir les principes au moyen de l'induction.

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