CHAPITRE 1er
DE l'existence DE DIEU
267. Les tradilionalistes disent que la démonstration de l'existence de Dieu est impossible par la raison, à laquelle Ua enlèvent ainsi toute puissance pour
connaître la divinité. Ils ont été condamnés par le Concile du Vatican. (V.
268. D'autres pensent que la démonstration de l'existence de Dieu est inutile, et parmi eux se trouvent en première ligne : {a) les Ontologistcf.. Les plu?. niHinccs d'entre eux osent dire avec Malebranclie que l'intellect humain jouit dès ce monde de la vision de l'essence divine, archétype de tous les êtres, qui nous est mieux connue que tout autre chose, et par laquelle nous connaissons tout le reste, même ce qui tombe sous nos sens. Les onto*
DIEU
logisles modérés prétendent que l'intellect humain voit l'infinité de Dieu, et dans cette inlinilé les univeisaux ou les vérités générales, comme le bien, le beau, le vrai, etc., qui sont l'objet de l'intelligence, tandis que les choses singulières comme Pierre. Paul, etc.
sont connues par les sens et non pas en Dieu. De telle sorte que, d'après eux. l'intelligence connaît le monde par Dieu, et non pas Dieu par le monde. Leur doctrine, d'après une décision de la S. C. du .Saint Office du 18 septembre 18(i'l, ne peut être enseignée en sûreté, ce qu'il est facile de comprendre, si l'on médite les paroles du Concile du Vatican, no 248.
269. ib) Puis viennent les partisans des idées innées. En soutenant que l'idée de Dieu est innée dans notre esprit, c'est-à-dire, répandue naturellement en nous par Dieu, ils nient par là même la nécessité de démontrer son existence. Le système des idées innées, en attribuant à l'homme une connaissance qui lui vient indépendamment desobjets connus, et qui par là même est idéale et non réelle, favorise l'idéalisme et même conduit au scepticisme. Il doit, donc être rejeté.
270. (c) Enfin les sentimcntalistes prétendent que Dieu est moins connu par la raison qu'il n'est atteint, ou plutôt touché par un sens secret, qui nous fait sentir son existence. Ce système exclut, sans s'en douter, non seulement la démonstration de l'existence de Dieu, mais même la connaissance de Dieu. L'homme, en elFet, n'a pas d'autres moyens de connaître que les sens extérieurs et la raison. Ce prétendu sens intérieur ne peut donc lui fournir une connaissance. Il faut donc admettre que l'existence de Dieu peut et doit être démontrée.
271. Il faut convenir cependant que cette vérité ne peut pas être démontrée a priori, c'est-à-dire par des principes ou des causes, d'où on la tire.
Comment faire sortir d'une cause celui qui est la cause de tous les êtres? et Dieu ne dépasse-t-il pas tous les principes?
272. Peut-on démontrer l'existence de Dieu par l'argument que les philosophes appellent a simullaneo, et par lequel on conclut que Dieu existe de l'idée que l'homme a de lui ? Voici cet argument : Je conçois comme possible l'existence réelle d'un être, qui ait toutes les perfections; or, il ne serait pas possible que cet être existât, s'il n'existe pa.'< déjà; car (|ui pourrait le produire? Donc il existe. Quelques auteurs vantent beaucoup cet argument ; mais les scolastiques n"y voient
que le sophisme appelé passage d'un genre à un autre: et en effet on passe dans ce raisonnement de l'ordre idéal et logique à l'ordre réel.
273. Mais l'existence de Dieu, cause première de tojit, se démontra d'une manière si péremptoire a pos'.eriori, c'est-à-dire par les effets produits par lui, qu'il y a controverse entre les auteurs sur cette question : Peut-il y avoir des athées spéculatifs? Une opinion l'affirme; une autre soutient, avec plus de raison, qu'il est impossible qu'un homme dont la raison est saine, puisse surtout pendant longtemps, nier avec conviction l'existence de Dieu. Mais tous conviennent qu'il peut y avoir des athées pratiques, c'est-à-dire îles hommes qui vivent comme si Dieu n'existait pas. Nous avons au n» oo. prouvé a, posteriori l'existence de Oieu par plusieurs arguments qui, aux yeux de la raison, ont une force indi.-.cutable ; contentons-nous ici d'une preuve théologique.
P. Dieu exifilc. C'est de foi d'après tous les symboles et d'après le Concile du Vatican: Si quelqu'un nie qiCil y a un ><cul vrai Dieu, Créaleur et Seignew des choses visibles et invisibles, qu'il soit annt. Si quelqu'un ne rougit pas d'affirmé?' qu'il n'y a rien en dehors de la matière, qu'il soit anat. (V. de Deo, can.
i.-2.j Et, en effet, un être qui s est nnanifesté aux hommes de la manière la plus certaine, existe certainement. Or Dieu s'est manifesté très certainement aux hommes par larévélation, contime nous l'avons prouvé, (n" 81 et suiv.) Donc il existe.
27-4. Quelques philosophes modernes, tout en disant de Dieu (les choses merveilleuses, n'entendent par le mot Dieu que l'être universel que les hommes conçoivent d'une manière logique, et que les logiciens divisent en genres et en espèces ; le Concile du A'atican laft justice de ces athées perfides et hypocrites, et il les frappe d'analhème. (V.
no 303.)
Il est donc certain qu'on doit croire à l'existence de Dieu
DIEU
comme à un article de foi. Si Paul dit en elTet : Il faut que celui qui. approche de Dieu croit qu'il existe. Et le Concile de TreiUe, citant ces paroles,* ajoute que cette foi est le principe et la raison de la justification. (Ses.
27J). Bien que Si Thomas enseigne avec d'autres théologiens que la science et la foi ne peuvent pas avoir le même objet, parce ([u'un ne peut croire ce que Ton voit, un grand nombre de théologiens sont d'un autre sentiment.
Sans doute, si on admet l'existence de Dieu uniquement parce que la raison la démontre, on ne fait pas un acte de foi; mais rien n'empêche que. convaincu par ma raison de l'existence de Dieu, je pense en même temps que Dieu s'est révélé aux hommes, et que sur l'autorité de sa révélation, je lui dise que je crois qu'il existe, faisant prédominer dans mon esprit le motif de la révélation sur celui de la raison ? Qui empêche qu'à des moments différents, je fasse agir tantôt ma raison et tantôt ma foi ?