‹ Abrégé de théologie dogmatique et moraleChapitre 95 sur 459 · DES CORPS VIVANTS · texte numérisé non relu

DES CORPS VIVANTS

482. On appelle vivants les corps qui ont en eux un principe de mouvement.

On les appelle aussi animés parce qu'ils ont une âme et un principe de vie, et organi((ues parce r|u'ils sont pourvus d'organes. Ils se divisent en végétaux et en animaux. Nous devons parler des uns et des autres.

Article I. — Des végétaux.

48;{. Les végétaux sont des corps; ils ont par conséquent, comme tout corps, une matière indifrérenle à recevoir telle ou telle l'imie, el une forme qui lixe la matière dans une espèce particulière d'être ; mais la forme des végétaux est d'une autre es|)ècc que celle des corps sans vie. Deux choses durèrent enlr'elles quand elles ont des opérations difTérentes. Or, les opéralions des végétaux dilTèrent essentiel-

lement de celles des corps inanimés ; car les plantes ont la vie végétative, par laquelle elles font trois opérations : celle de la nutrition, par la(|uelle elles s'alimentent; celle de l'augmentation, l)ar la(|uelle elles croissent ; et celle de la génération proprement dite, par laquelle elles produisent des plantes semblables à elles. Donc, etc.

484. Or, celte forme de la plante est une, comme il est évident par la disposition merveilleuse de tous les organes, qui tendent tous à une même lin.

Au l'csle, si cette forme était double, il y aurait une double plante dans la même, ce qui répugne au sens commun. De plus, cette forme est simple, car si le principe de vie de la plante, ou son àme en d'autres termes, n'était pas simple, il serait une matière ou un corps. « Or, dit St Thomas, il est impossible que le premier principe de vie soit un corps. » A la vérité, certains corps peuvent être un princii)e de vie. comuK! le cœur dans riiomme ; mais cela n'arrive pas par le fait niênieiiu'ils sont corps, autrement tous les corps seraient un principe de vie; cela leur arrive parce qu'ils sont tel corps déleruiiné. Or, un corps n'est un corps déterminé que par la forme, qui fixe la matière aune espèce particulière, et eu fait tel corps déterminé. T. I. <]. 7.-), a. 1 .

Donc le premiei' princi|)e de vie est une àme simple, et non un coi'ps. Cette forme est tirée des plantes par la génération, comme nous le dironscn parlant des animaux. Elle n'est pas produite, en effet, par les forces de la matière même organique, c'es;-à-dire tirée des corps qui ont des organes, comme r.expérience nous l'apprend.

Quel est, en effet, le chimiste qui, en combinant et en exploitant les forces de la matière, est parvenu à faire un grain de moutarde?

Mais les plantes n'ont pas la vie sensitive proprement dite, quoique certains i)bénomènes semblent l'intliqucr. Car il n'y a rien d'inutile dans les œuvres du sage ; et il serait inutile de donner les organes de la sensation aux plantes, qui ne peuvent se mouvoir, ni par conséquent se soustraire aux attaques des animaux.

Art. II. — Des animaux.

48"). A moins de nier le témoignage des sens, il est impossible de ne pas admettre (lue les animaux ont un principe de vie. De.scartes a tenté d'introduire dlins la philosophie cette espèce de scepticisme qui est une erreui' en contradiction avec la raison. Or, l'àme de l'animal a tout ce qu'ont les formes des corps inanimés et des végétaux ; el elle se distingue d'elles, en ce qu'elle

DIEU CREATEUR

est douée de sensibilité. Là, revient donc notre argiimenl : La nature est connue par les opérations ; or, les animaux voient, entendent, éprouvent de la douleur, ce que ne font pas les v(igétaux ni les corps : donc l'âme des animaux diffère spécifiquement des formes des autres corps. Qu'elle soit une, simple, c'est manifeste d'après ce que nous avons dit au n" 48'f.

486. Comment naît l'âme de l'ayiimal ? Ce n'est certainement pas de la matière inanimée, car la génération spontanée de la matière sans aucun germe fécond est contraire à toute expérience, au moins pour les animaux plus parfaits, et probablement pour les plus imparfaits, d'après ce que nous avons dit au n" 484. Dieu aurait-il pu donner à la matière organique la vertu de produire des animaux vivants ? Les uns plus probablement le nient, les autres l'affirment ; mais ces derniers ne doivent pas être confondus avec les matérialistes qui pensent que la matière produit tout et qu'elle est éternelle, supposition absurde, d'après ce que nous avons dit au no 806. Du reste, personne ne donne ce qu'il n'a pas, et si la matière avait pu donner la vie aux animaux, elle le pourrait encore aujourd'hui tout aussi bien. En fait, non seulement la nature matérielle ne produit aucun animal nouveau ; mais, même avec l'industrie bumaine, il est impossible d'obtenir une espèce nouvelle par le croisement de plusieurs, car, ou les fruits de ce mélange sont stériles, xirut mnlnx, ou après deux ou trois générations, ils reviennent à l'une ou à l'autre des espèces qui les ont produits.

487. Cependant l'âme des animaux à l'exception de la première souche de chaque race, n'a pas été créée par Dieu, car la création n'a pas lieu pour les substances incomplètes, comme nous l'avons dit au n" 38;;î. Or, l'âme des animaux n'est pas une substance complète, ni comme espèce, ni même comme substance ; donc, elle n'est pas le produit d'une création. On appelle complète comme substance, et non comme espèce, une substance qui peut subsister en elle-même sans être unie à une autre, bien qu'elle demande celte union pour être fixée dans une espèce bien déterminée; telle est l'âme humaine qui, comme nous le dirons bientôt, peut subsister sans le corps, mais qui demande à être unie ^n corps pour constituer un homme compici, et élre fixée d'une manière claire dans une espèce distincte de l'ange. Or, l'âme des animaux ne peut passubsister sans le cor|)s, pas même comme substance. L'opération, en cU'et, est

proportionnée à la nature de l'être ; et la nature de l'être, à ses opérations ; car un être n'existe que pour exercer les opérations qui lui sont propres ; or l'opération essentiellement propre de la vie animale, c'est la sensation qui ne peut exister sans le corps. Enlevez les yeux aux animaux, ils ne voient plus ; les oreillos, et ils n'entendent plus ; et vous ne trouverez rien dans l'âme des animaux, qui se fasse autrement que par le corps; donc, sans le corps, cette âme est incomplète comme substance, puisque sans lui elle ne peut rien faire: et par conséquent ne peut pas même exister ; car un être n'est que pour agir. Elle n'est pas cependant un accident du corps, puisqu'elle donne l'essence au corps qui, sans elle, ne serait point un corps vivant ; mais elle est un principe substantiel incomplet.

488. Puisque la matière, comme telle, ne peut pas par elle-même produire l'âme des végétaux, ni celle des animaux, puisque ces âmes végétales et animales ne sont pas produites par création, vu qu'elles ne sont pas des substances complètes ; il en faut conclure qu'elles sont tirées par la génération d'une substance vivante, non pas de l'âme de la substance vivante, car cette âme étant simple ne peut se diviser, ni non plus de la matière, oj tant que telle, de la substance vivante, caria matière ne peut pas être un principe de vie, v. no 484 ; mais elles sont tirées de la substance vivante par l'action de la vertu que les scolastiques appellent formatrice, et qui se trouve in seminc, sous l'influence de l'âme de l'être qui engendre. De même, en effet, que sous l'influence de l'âme, la matière se change dans l'opération de la nutrition, et passe dans le corjis qu'elle alimente, de même, sous l'action de la vertu formatrice, la matière se transforme pour engendrer un fruit.

S. S. Elementa ex î). T.

489. Comment périt l'âme des animaux et des végétaux ? Il est manifeste, d'après ce qui a été dit, que celte âme ne peut se décomposer par elle-même, puisqu'elle est simple et, que d'autre pai't, elle ne peut pas, même comme substance, subsister sans le corps. Donc, le corps se décomposant, elle cesse par le l'ail même, et cette lin n'est ])as son anc'anUsscnicnt proprement dit. car l'anéiiulisscment n'a lieu que dans la substance com- ])lète que p?'oduil la création ; cl l'àmu dont nous [larlons n'est pas une substance complète ; elle périt donc par accident, comme parlent les scolastiques, dès que son coi'ps est dissous.

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