‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 105 sur 170 · DE LA COMMANDITE · texte numérisé non relu

DE LA COMMANDITE

Le capital a-t-il ou n'a-t-il pas la légitimité des autres facultés productives? S'il est légitime, il ne saurait être légitimement exclu de la participation aux bénéfices, à l'accroissement desquels il a concouru? Non, il ne l'a pas.

Louis Blanc accepte transitoirement. Toutes les sectes socialistes communistes attendent pour réaliser leurs idées qu'elles aient en main le pouvoir et l'argent; tandis que l'association ne doit avoir qu'un but : diminuer le prix de revient, seule et unique source du progrès et de la richesse.

Le capital et le pouvoir, organes secondaires de la société, sont toujours les dieux que les socialistes communistes adorent. Si le capital et le pouvoir n'existaient pas, ils les inventeraient. Ils accusent la société d'antagonisme, et c'est par le même antagonisme qu'ils poursuivent les réformes. C'est un nouveau préjugé à détruire, un charlatanisme à démasquer, d'autant plus difficile , qu'il est souvent de bonne foi. i

CONTRADICTIONS ÉCONOMIQUES — l" VOLUME 221 LA POLICE ET l'iMPÔT

Les fonctionnaires sont des agents improductifs, leur compte doit être établi aux pertes; le but à atteindre, c'est de les diminuer sans cesse.

— Mais il fallait bien délivrer les producteurs des soins de la chose publique! — Nous reconnaissons que les magistrats et fonctionnaires sont utiles, mais cette utilité est toute négative ; ils ne peuvent être classés parmi les producteurs. Il faut donc arriver à la subordination des fonctions improductives aux fonctions productives, de l'autorité aux citoyens. — Mais c'est là une graiîde révolution à accomplir dans le monde, par l'autonomie de la cité

Le capital, qui devrait être le subordonné du travail, devient, par l'antagonisme de la société, le juge et le tyran, l'espion des fonctions productives.

Mais, hélas! la moindre réforme ne peut être réalisée sans. jeter la panique parmi le peuple.

Moïse fait le partage des terres, déclare le patrimoine inaliénable et purge les dettes à chaque cinquantième année.

Solon débute dans sa mission législative par une abolition générale des dettes.

l'impôt (I)

Ni l'impôt ne se peut réduire, ni la répartition n'en peut être équitable.

L'impôt est une source de paupérisme, comme la division du travail, les machines, les monopoles. Il attaque le travailleur dans sa liberté, dans sa conscience.

En Angleterre, sur quatre familles, il y en a une qui vit dans l'abondance, et c'est celle quiest improductive. Quel bénéfice pour la classe ouvrière si celte lèpre de parasitisme était enlevée!

(1) Voirie volume : Théorie de Vimpôt.

Tant que le travail n'est pas souverain, il doit être esclave. On dit : tout par le peuple, et Ton sous-entend : tout contre le peuple. Pendant que le travail produit, le capital jouit et abuse.

La réforme sociale est le but. La réforme politique est l'instrument. Pourquoi, si vous voulez la fin, repoussezvous les moyens? Tel est le raisonnement de toute la presse et de la démocratie socialiste.

Nous répondons : La science répudie toute alliance avec la politique, et bien loin qu'elle en attende le moindre secours, c'est par la politique qu'elle doit commencer l'oeavre de ses exclusions.

Je répondrai aux démocrates : Si vous connaissez l'usage que vous devez faire du pouvoir et si vous savez comment le pouvoir doit être organisé, vous possédez la science économique. Si vous avez les travailleurs avec vous, vous êtes seuls maîtres de la production. Vous disposez de tout le capital social. Qui vous empêche d'appliquer vos théories? Il vous faut soumettre le capital et subalterniser le pouvoir. Telle est le guerre que vous avez à soutenir. Guerre du travail contre le capital, guerre de la liberté contre l'autorité, guerre du producteur contre l'improductif, guerre de l'égalité contre le privilège.

Ce que vous demandez, le pouvoir et l'argent, pour conduire la guerre à bonne fin, est précisément ce contre quoi vous devez combattre.

Or, pour combattre et réduire le pouvoir, pour le mettre à la place qui lui convient dans la société, il faut trouver une combinaison agricole et industrielle au moyen de laquelle le pouvoir, aujourd'hui dominateur de la société, en devienne l'esclave : l'organisation du suffrage par l'autonomie du groupe. Mais quedis-je? Voilà précisément à quoi vous ne consentez pas. Votre maxime favorite est qu'il faut procurer le bien du peuple malgré le peuple. Au lieu de procéder à la réforme sociale par l'extermination du pouvoir et de la politique, c'est une

CONTRADICTIONS ÉCONOMIQUES — l'^'' VOLUME 223

reconstitution du pouvoir et de la politique qu'il vous

faut. Vous nous promettez, de par le pouvoir, l'économie

dans les dépenses, la répartition équitable de l'impôt, la

j protection au ti-avail, la gratuité de l'enseignement, le

I suffrage universel et toutes les utopies antipathiques à

I Tautorité et à la propriété. C'est pourquoi la bourgeoisie,

: qui a le pouvoir, ne vous le rendra pas sans y être forcée.

i Le pouvoir se trouve fatalement enchaîné au capital et

j dirigé contre le prolétariat. Nulle réforme politique ne

peut résoudre cette contradiction. Le problème consiste

donc, pour la classe travailleuse, non à conquérir, mais à

vaincre, à supprimer tout à la fois le pouvoir (par la

décentralisation), et le monopole (par le crédit); ce qui

veut dire, à faire surgir des entrailles da peuple une

autorité plus grande (l'autonomie de la cité); un fait plus

puissant (l'organisation du crédit gratuit) qui enveloppe

le capital et l'Etat et qui les subjugue.

Toute proposition de réforme (de réforme de constitution) qui ne satisfait pas à cette condition n'est qu'un fléau de plus qui menace le prolétariat.

0 peuple de travailleurs ! peuple déshérité, vexé, proscrit ! peuple qu'on emprisonne, qu'on juge, qu'on tue I peuple bafoué, peuple flétri ! ne sais-tu pas qu'il est un terme même à la patience, même au dévouement? Ne cesseras-tu de prêter l'oreille aux charlatans ? Il faut qu'une force majeure intervertisse les formules de la société; que ce soit le travail du peuple, non sa bravoure ni ses suffrages qui, par une combinaison savante, légale, immortelle, inéluctable, soumette au peuple le capital, et lui livre le pouvoir.

« L'homme est né bon, dit Rousseau, mais la société ou les institutions le dépravent. » — Louis Blanc en dit autant : «< On accuse de tous nos maux la nature humaine, il faudrait en accuser le vice des institutions sociales. »

« Aime ton prochain comme toi-même », a dit Jésus- Christ. Tout est là, et la société sera parfaite.

OEUVRES DE PROUDUON

L'homme est bon, dites-vous ; mais il faut l'intéresser au bien pour qu'il le pratique.

11 est bon d'intéresser l'ouvrier, dites-vous. Je dis plus : que cela est juste.

Pour la valeur, il fallait faire des règlements aimables, protecteurs du travail, garantie de l'échange et du bon marché ; au lieu de cela, le commerce organise le vol.

Le consentement universel des peuples manifesté par l'établissement des cultes divers indique un rapport secret de notre âme avec l'infini, rapport dont la détermination exprimerait du même coup le sens de l'univers et la raison de notre existence.

Le deuxième volume des contradictions économiques est très important à analyser. Il traite du crédit, de la circulation, de l'échange, de la production, de la propriété, de la communauté; mais c'est surtout pour l'organisation gratuite du crédit que Proudhon a écrit une bien belle page allégorique sur les forces économiques et leurs contradictions.

C'est d'abord la balance du commerce, c'est-à-dire le libre échange et la protection, qu'il étudie.

Les deux manières dont on envisage actuellement cette question sont également défectueuses, soit que l'on adopte le système protectionniste, ou que, au contraire, on se prononce pour le libre échange absolu. Proudhon se prononce pour la protection modérée dans la situation actuelle. M. Dunoyer, économiste, est pour le libre échange. M. de Dombasle, agriculteur, est pour la protection. M. Blanqui, pour le libre échange. M. Smith, pour la liberté du commerce. Bastiat, pour le libre échange. Les Anglais pour le libre échange, etc. Et on pourrait ajouter ceci : la question n'a pas fait un pas depuis cette époque, car les discussions parlementaires actuelles

montrent que chaque côté de la question a ses partisans ; les opportunistes pour la protection et les socialistes pour le libre échange ; finalement on est obligé de s'en tenir à une cote mal taillée, c'est-à-dire à un compromis, pour mettre tout le monde tranquille. Prenons un exemple. Avec la liberté, les fers anglais nous coûteront deux ou trois cents millions de moins — mais cinquante mille ouvriers seront sans travail.

« Donc la liberté sans équilibre et la protection poussée jusqu'à l'exclusion ont chacune leurs inconvénients ; mais en général les gouvernements sont au libre échange absolu. Les patriciens de la finance, comme s'ils avaient déjà le pressentiment de leur fin, sont occupés à faire leurs parts respectives dans la dépouille des travailleurs et à cimenter une paix dont l'unique objet est la soumission définitive du prolétariat. Dans cette sainte alliance, les gouvernements, devenus solidaires les uns des autres et liés d'une amitié indissoluble, ne sont plus que les satellites du monopole. Rois absolus et constitutionnels, princes, ducs, boyards et margraves, grands propriétaires, grands industriels, gros capitalistes, fonctionnaires de j l'administration, des tribunaux, de l'armée, de l'Eglise, tout ce qui en un mot, au lieu de faire œuvre, vit de liste civile, de rente, d'agio, de police et de fanatisme, uni d'un commun intérêt et bientôt rallié par la tempête révolutionnaire, se trouve nécessairement engagé dans cette vaste conjuration du capital contre le travail.

Y avez-vous pensé, prolétaires? »

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