‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 112 sur 170 · LA POPULATION · texte numérisé non relu

LA POPULATION

Le phénomène le plus étonnant de la civilisation, le mieux attesté par Texpérience et le moins compris des théoriciens, est la misère.

L'économie politique nous dit : Je ne peux vous donner du pain à tous parce que vous venez plus vite que je ne saurais vous servir ; c'est pourquoi il y a beaucoup d'appelés, mais peu d'élus. Mais cette misère qui lui sert à pallier ses fautes ne serait-elle pas en partie son ouvrage?

La misère est la fin de l'économie politique. La misère du sauvage dépend tout entière de l'engouidissement de ses facultés. La nôtre n'a-t-elle pas pour cause un vice d'organisation? Dans ce cas ne pourrait-on pas rétablir l'équilibre entre la population et la production ? Vérifions cette hypothèse: Cent mille ouvriers avec le secours des machines produisent plus qu'un milliard de sauvages qui n'ont que leurs ongles pour gratter la terre; et ils n'ont pas besoin d'un aussi grand espace sur le globe. De ce côté, le travail serait d'une fécondité illimitée. — Oui, mais avec les machines, le bien-être augmente pour les chefs, le mal pour les subalternes; la gêne universelle s'aggrave; et cependant si l'accroissement de population est double, l'accroissement de production est quadruple: donc la nécessité de la misère n'est pas absolue.

Sous Jean le Bon, la France comptait douze millions d'habitants ; sous Louis XIV, seize millions ; sous LouisX VI, vingt-cinq millions; aujourd'hui, trente-six millions. A toutes ces époques il y a eu des pauvres. — Or la société , française n'avait pas épuisé ses moyens de production. La production a quintuplé en France depuis la Révolution et la misère s'est accrue. Cependant il est prouvé que le travail, ayant réglé tous ses organes, possède en luimême la faculté de multiplier ses moyens d'existence en quantité toujours supérieure à nos besoins et, par conséquent, d*accroître incessamment notre bien-être, quel que soit d'ailleurs l'accroissement de la population.

PRINCIPE d'équilibre DE LA POPULATION

Malthus, économiste, prétend que Thomme n'a pas le droit d'avoir des enfants s'il n'a pas de quoi les nourrir;

il conclut qu'il faut ajourner le mariage jusqu'à quarante ans.

Toute cette théorie de Malthus, acceptée par les économistes, n'est pas exacte, car si la population s'accroît selon une certaine progression, la richesse suit une progression plus rapide encore.

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