‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 116 sur 170 · MORALISATION DE LA BOURSE · texte numérisé non relu

MORALISATION DE LA BOURSE

Comment interdire les marchés à terme?

11 n'y a pour une société qu'une manière de mettre fin aux abus de la spéculation boursière : c'est pour les fonds publics, ou généralement pour tous placements de capitaux, d'organiser l'amortissement des dettes, ce qui implique une autre organisation du Crédit; en second lieu, de rendre cet amortissement facile par la réduction indéfinie de l'intérêt; enfin de faire de l'amortissement, comme autrefois de l'intérêt, la condition sine qua non de tout emprunt tant privé que public. — Pour les chemins de fer, les canaux, les mines, les assurances, les banques, etc., de liquider les sociétés existantes, et de remplacer la commandite des capitalistes par la mutualité des industries et l'association des travailleurs ; pour les affaires de commerce, d'opposer aux efforts de l'agiotage la garantie puissante d'établissements spéciaux fonctionnant pour le compte des communes et du pays, favoriser l'admission des ouvriers en participation des bénéfices, organiser le crédit pour leur permettre de s'associer, créer un patrimoine populaire, en un mot relever progressivement toutes les classes de citoyens.

Au lieu de cela, la bourgeoisie, saisie d'une fièvre de spéculation agioteuse, avide de concessions, de privilèges, de monopoles, a considéré la fortune publique comme une

proie qui lui était dévolue; Timpôt, comme une branche I de son revenu ; les grands instruments du travail national, I chemins de fer, canaux, usines, comme les gages de son [parasitisme; la propriété, comme un droit de rapine ; le [commerce, l'industrie, la banque, comme des façons I naturelles d'exploiter le peuple et de pressurer le pays. A force de prélibations, d'usures, d'escomptes, elle donne I au monde le spectacle d'un débauché qui, au lieu de ' faire valoir en bon père de famille l'héritage de ses an- I cêtres, améliorant le fonds et ne consommant qu'une t partie de revenu, dévore tout en viager. I N'est-il pas monstrueux de voir ceci : une ligne de chemin de fer est à peine concédée par le gouvernement que les premiers souscripteurs portent les actions à la Bourse, I réalisent. Le produit de vingt ans est escompté comme si déjà il existait, livré au parasitisme qui se gorge sans vergogne à la barbe du prolétaire confondu. (Et plus tard on votera les conventions scélérates pour la garantie d'une telle spéculation.)

De ces mœurs nouvelles, irrémédiables, qui infectent notre bourgeoisie, sont nés chez elle le dégoût du travail, l'incapacité dans les affaires sérieuses, la surexcitation de l'avarice, l'abaissement des consciences, et ces inspirations de la lâcheté qui caractérisent la politique de nos déplorables ministères. — Louis-Philippe fut le grand procurateur de cette politique. Que la bourgeoisie exalte ce roi et le couronne : elle n'a pas le droit de l'accuser. Mais la France lui doit la dépravation de ses mœurs, l'éclipsé de son génie, l'avilissement de son nom, une évolution républicaine sans énergie, sans idée et sans gloire.

L'ouvrier, enfermé dans le cercle étroit du salariat, a deviné le secret de tant de scandaleuses opulences. Il ne se dit point que le patronat qu'il déteste a aussi ses amertumes ; que tout n'est pas vol dans la richesse acquise par des entreprises périlleuses, par des spéculations utiles, par une action loyale et intelligente des capitaux ; et

qu'après tout, la modeste existence d'un ouvrier habile vaut autant pour la réalité du bien-être que la fortune plus ou moins fausse d'un entrepreneur consumé d'ennuis et de veilles.

La scission entre la bourgeoisie et le prolétariat, de jour^ en jour plus apparente est, on peut le dire, irrévocable.' L'ouvrier a dévoilé que ce sont les abus qui accompagnent la production dans ses quatre facultés essentielles : le travail, le capital, l'échange, et par-dessus tout la spéculation, qui créent cette opulence scandaleuse.

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