REPORTS
L'intérêt de l'argent au report se paye souvent à 60 pour 100, et on ne considère plus cela comme usure. (Les chapitres suivants ; Des différentes sortes de mar- , chés. — Combinaisons auxquelles donnent lieu les différentes sortes de marchés. — Opérations à la hausse... à la baisse, etc.. ne sont pas utiles pour apprécier l'œuvre politique et sociale de Proudhon. Les développements et les explications qu'il donne dans ces chapitres ne peuvent
être utiles qu'à ceux qui veulent connaître le jeu de la Bourse, soit pour s'en servir, soit pour le fuir. Nous n'avons à entrer dans aucun détail. Qu'il suffise de savoir que Proudhon met le public en garde contre les bulletins financiers des journaux, en général, qui ne donnent pas les avis des journalistes, mais au contraire, l'avis des personnes intéressées à lancer ou à combattre certaines valeurs. Il en est de même aujourd'hui pour toutes les valeurs.)
CORRUPTION DES MOEURS PUBLIQUES PAR Lk BOURSE
Que le gouvernement fasse des lois contre les associations, les réunions, les attroupements; qu'il interdise à la presse la discussion de ses actes ; qu'il supprime l'association ; qu'il prétende dominer l'opinion et donner le mot d'ordre à l'esprit public comme à ses préfets; il ne 'peut empêcher que chaque jour, à heure fixe, au centre de Paris, trois ou quatre mille individus, ardents, turbulents, passionnés se réunissent en une sorte de club où se débattent les plus hautes questions de la politique et de réconomie, la paix ou la guerre. Le drapeau flotte-t-il sur les remparts de rennemi^ les habitations se pavoisent. Le lendemain, la baisse à la Bourse vient signifier au vainqueur que le monde des affaires n'a point à se réjouir d'une guerre entreprise sans son aveu.
C'est que les trois ou quatre mille clubistes représentent quatre ou cinq cent mille Français répandus sur tous les points du territoire, et qu'ils discutent de puissants intérêts : dette de l'Etat, banque, canaux, chemins de fer, assurances, mines, forges, filatures, raffineries, usines. On peut dire que l'élite de la nation, le pays légal, comme on l'appelait sous le dernier roi, se trouve à la Bourse. Les 80 millions de droits de courtage des agents de change, les centaines de millions payés en couvertures et payements de différences sur des transactions fictives, toute cette affluence de capitaux détournés de Tagricul-
ture, du commerce et de l'industrie, le dégoût des affaires sérieuses, la fièvre du gain illicite, amènent par corollaire la ruine des familles, et sont les moindres crimes de l'agiotage. Le vol, la concussion, la malversation, l'escroquerie, l'abus de confiance font partie intégrante de ses moyens, de ses mœurs. C'est la Bourse qui mène tout, c'est par elle que nos plus belles lignes de chemins de fer ont été affermées d'abord pour 50 ans, puis pour 99 ans avec garantie d'intérêt. Déjà la Bourse a mis la main sur la propriété bâtie. Ses journaux préparent l'expropriation des cultivateurs sous prétexte d'ignorance et de routine.
Ce qui .vient de la flûte retourne au tambour, dit le proverbe. Les excentricités du luxe, la débauche somptueuse, la vie dorée sont la conséquence de fortunes faites sans travail, au milieu des rapines. Qu'est-ce que le mariage, après tout, dans l'aristocratie bourgeoise? Un contrat d'affaires.
Des droits des travailleurs, l'université ne connaît pas un mot ; du devoir du capitaliste, du propriétaire, de l'échangiste? rien. L'université, elle aussi, a abdiqué. L'Eglise n'est pas, dans cette affaire, oublieuse de ses intérêts, elle suit le siècle avec ses 100 millions de revenus.
La féodalité boursière seule a le privilège de soulever les passions, d'exciter l'enthousiasme et la haine, de faire battre les cœurs. C'est pour elle que l'armée veille, que la police fonctionne, que l'université enseigne, que l'Eglise prie, que le peuple travaille et sue, que le soleil éclaire, que les moissons mûrissent, que tout pousse et fructifie.
Il faut que cette situation ait une issue, et il n'y en a que deux possibles : ou le triomphe du système, c'est-àdire l'expropriation en grand du pays, la concentration des capitaux, du travail sous toutes ses formes, au profit d'une poignée de croupiers insatiables ; ou la liquidation.
La liquidation, ce sera le retour à l'ordre, une nuit du 4 août. Gloire au travail, paix à ceux qui produisent, union et force entre tous ceux qui échangent : voilà la liquidation 1