‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 13 sur 170 · PREMIÈRE PARTIE LA POLITIQUE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE LA POLITIQUE

LES CONFESSIONS d'un RÉVOLUTIONNAIRE

POUR SERVIR A l'histoire DE LA RÉVOLUTION DE FÉVRIER 1848,

Ce volume nous fera connaître les causes qui ont amené la chute de la République de 1848 et l'avènement de la dictature impériale. Ces causes, que Proudhon signale dans ce volume, sont les suivantes : l'éducation de la démocratie n'était pas faite quand éclata la révolution de 1848, elle chercha la liberté ou elle ne pouvait pas être : dans le gouvernement. — L'opposition avait dit : « La révolution sociale est le but, la révolution politique est le moyen. » Lorsqu'elle fut au pouvoir qu'elle avait sollicité, elle reconnut trop tard que le gouvernement n'est pas fait pour le progrès, mais pour le statu guo. Et de réaction gouvernementale en réaction gouvernemen-

taie, elle nous conduisit aux journées de juin, à la réaction | sociale et à l'Empire. Il en sera ainsi toutes les fois que ' la démocratie cherchera le progrès dans le gouvernement, au lieu de rédiger la contrat social en prenant pour prin> cipe : suppression du gouvernement.

Les preuves de l'impuissance du gouvernement pour le progrès social abondent :

En 1789, c'est le peuple qui fit la révolution. Le gouvernement s'y opposa, obéissant à sa nature. On le fit provenir du peuple, ce qui ne changea rien. C'était toujours le gouvernement qui, après la Convention, nous ramena au Directoire et à l'Empire.

En 1830, on changea le roi et on rétablit le gouvernement avec un autre monarque; on arriva au même résultat, c'est-à-dire à la réaction gouvernementale, au règne du capital, avec Louis-Philippe et Guizot.

En 1848, après la révolution de février, le peuple rétablit d'abord le gouvernement chargé de fonder la République et de résoudre le problème social. Il amena aussi la réaction et l'Empire, et il en sera de même jusqu'au jour où le peuple imposera d'autorité sa volonté, sa constitution. Tous les mécomptes de la démocratie proviennent de ce que les chefs des insurrections, après avoir brisé le trône, ont toujours rétabli le pouvoir en changeant le personnel, en le faisant provenir de la volonté du peuple au moyen de députés.

Les réformes durables sont celles qui se font par l'initiative populaire. Les socialistes qui pensent, avec l'aide du pouvoir, faire avancer la révolution, n'ont jamais su que la faire rétrograder. C'est du charlatanisme.

Le 24 février avait inauguré le gouvernement du travail ; le gouvernement provisoire décréta le droit au travail, mais il ne sut pas l'organiser. Quand il fallut mettre la main à la besogne, il recula et continua le statu quo de Louis-PhiUppe. Il ne produisit aucun progrès, parce qu'il était le gouvernement. Il devait inviter les citoyens à produire la nouvelle constitution. Il convoqua une assem-

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Liée constituante, mais Proudhon s^y était absolument opposé ainsi que le peuple de la capitale. Et c'est à coups de fusil que la nouvelle assemblée organisa le droit au travail et paya ainsi la dette du gouvernement provisoire. Elle fît nommer par le peuple un Président à la République, chose dangereuse, que Proudhon avait combattue à outrance, à cause de ses prérogatives, de son autorité et des coupables espérances qu'elle fait naître, ce qui constitue un vrai péril pour la liberté. Il est possible de sortir du labyrinthe gouvernemental; en voici un exemple :

Pour la religion, la Constitution dira : Nomination des curés par le peuple et des évêques par les curés. Séparation de la religion de la polilique. La commune paye le curé.

Le pouvoir temporel peut èlre organisé de la même manière sans le gouvernement ;

Pour la justice, l'instruction, l'armée;

Pour le droit au travail, qui peut exister par le crédit social ;

Pour les impôts, les douanes, etc., agissons de même dans la constitution ; nous aurons supprimé le gouvernement.

On a laissé le pouvoir absolu exister pour tout. Voilà la cause de l'efTondrement de la République de 1848, tandis qu'il fallait organiser la centralisation de bas en haut et résoudre la question sociale par la constitution.

C'est pour établir la preuve de ces erreurs politiques, et pour éviter, à l'avenir, le despotisme, que Proudhon a écrit dès 1849 étant en prison : les Confessions d'un Révolutionnaire.

Par analogie, nous pourrons prévoir comment finira la République de 1875. Ce sont les mêmes causes, et la centralisation gouvernementale qui amèneront les mêmes résultats, si le peuple ne s'instruit et s'il ne peut enfin formuler les revendications qu'il a le droit d'exiger. C'est pour lui faciliter sa tâche que nous commençons ce volume par les œuvres politiques de Proudhon.

Le livre les Confessions dCun Révolutionnaire est daté

. de Sainte-Pélagie, octobre 1849, ce qui montre, tout d'abord, que la deslinèe de Proudhon était d'être calomnié et condamné, et que sous la République jacobine, le sort des républicains de principes, à cette époque comme aujourd'hui, esttoujours le même. Il faut qu'ils se taisent ou qu'ils disparaissent. Eh bien, non ! nous ne nous tairons pas. Nous dirons la vérité, nous tâcherons de la dire sans encombre, mais enfin nous ne tromperons pas le peuple, nous lui montrerons son vrai chemin; et si les bourgeois capitalistes et rentiers parasites; si les autoritaires jacobins, amis des gros budgets, ne sont pas satisfaits de ce que nous disons, nous en sommes bien fâchés, mais la justice l'exige. En avant ! toujours en avant !

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