CONFITEOR
Qae les rois se coalisent d'un bout de l'Europe à l'autre contre la nation ;
Que le vicaire de Jésus-Christ lance l'analhème à la liberté ;
Que les républicains tombent écrasés sous les murs de leurs villes :
La République reste l'idéal des sociétés, et la liberté outragée reparaît bientôt comme le soleil après l'éclipsé. — Oui, nous sommes vaincus et humiliés! Oui, grâce à notre indiscipline, à noire incapacité révolutionnaire, nous voilà tous dispersés, emprisonnés, désarmés, muets! Le sort de la démocratie européenne est tombé de nos mains civiques à celles des prétoriens (pour ne se relever qu'après Metz, Sedan, cinq milliards de rançon, l'Alsace et la Lorraine à reconquérir).
Mais la guerre de Rome est-elle plus juste, plus constitutionnelle? Mais, démocrates socialistes, avons-nous cessé d'être le parti de l'avenir? Mais vous, bourgeois désolés, que l'on ne cesse d'exciter contre nous, et dont notre désastre consommera la ruine, en êtes-vous plus cosaques?
LES CONFESSIONS d'un RÉVOLUTIONNAIRE 5
N'en doutez pas, amis! Si la révolulion a été, depuis février, sans cesse ajournée, c'est que l'éducation de notre jeune démocratie l'exigeait. Nous n'étions pas mûrs pour la liberté; nous la cherchions là où elle n'est pas, où elle ne peut jamais se trouver. Sachons le comprendre, maintenant, et par la foi de notre intelligence, elle existera.
Républicains, voulez-vous donc abréger votre épreuve, ressaisir le gouvernail, redevenir bientôt les arbitres du monde ? Je vous demande pour tout effort de ne plus toucher jusqu'à nouvel ordre à la révolution. Vous ne la comprenez pas ; étudiez-la. Recueillez-vous dans votre foi. Regardez vos superbes triomphateurs. Les insensés I ils demandent pardon à Dieu et aux hommes d'avoir combattu dix-huit ans la corruption!
Puisque tout le monde se confesse, et qu'en creusant notre fosse on n'a pas mis le sceau sur nos écritoires, je veux, moi aussi, parler à mes concitoyens dans l'amertume de mon âme. Que ma voix s'élève à vous, comme la confession du condamné, comme la conscience de la prison.
La France a été donnée en exemple aux nations. Dans son abaissement comme dans sa gloire, elle est toujours la reine du monde. Si elle s'élève, les peuples s'élèvent avec elle; si elle descend, ils s'affaissent. Nulle liberté ne peut être conquise sans elle; nulle conjuration du despotisme ne prévaudra contre elle. Etudions les causes de notre grandeur et de notre décadence, afin que nous soyons fermes à l'avenir' dans nos résolutions, et que les peuples, sûrs de notre appui, forment avec nous, sans crainte, la sainte alliance de la liberté et de l'égalité.
Je chercherai les causes qui ont amené parmi nous les malheurs de la démocratie, et qui nous empêchèrent de réaliser les promesses que nous avions faites pour elle. Et puisque le citoyen est toujours l'expression plus ou moins complète de la pensée des partis, puisque les circonstance^,, ont fait de moi, chétif inconnu, l'un des organes de la révolution démocratique et sociale, je dirai quelles espé-
rances ont soutenu mon courage. En faisant ma confession je fais celle de toute la démocratie. Je rappellerai ce que nous avons tenté de faire pour Témancipation des travailleurs, et l'on verra de quel côté sont les parasites et les pillards ; et si quelque vive parole, si quelque pensée hardie échappe à ma plume brûlante, pardonnez-le moi, ô mes frères, comme à un pécheur humilié. Je fais devant vous mon examen de conscience. Puisse-t-il vous donner comme à moi-même le secret de vos misères et l'espoir d'un avenir meilleur !