‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 140 sur 170 · PRÉJUGÉS POPULAIRES SUR LES DÉPENSES DE L'ÉTAT · texte numérisé non relu

PRÉJUGÉS POPULAIRES SUR LES DÉPENSES DE L'ÉTAT

En France, en fait de dépenses publiques, on s'occupe d'abord du luxe ; le nécessaire, l'utile viendra après.

Le peuple demande des lois somptuaires, des taxes sur les riches, sur les domestiques, les chevaux, les chiens ; il ne songe pas à critiquer les dépenses du pouvoir,

et ce n'est pas sans un sentiment d'orgueil qu'il entend dire que le budget atteindra sous peu le chiffre de 2 milliards.

L'impôt cependant consume la substance de l'amélioration populaire ; si l'on voulait s'occuper d'améliorer le sort des pauvres, on devrait avant tout modérer l'impôt : voilà ce que dit de l'impôt Michel Chevalier. Mais le peuple est fort éloigné de ces maximes : ce qu'il demande, c'est l'impôt sur le capital, sur l'épargne, l'impôt sur les successions, l'impôt progressif, de même que l'impôt sur les riches. Tout cela ne peut suffire à la réforme sociale, car la répercussion rejette toujours l'im-, pôt sur les plus pauvres.

Il en est de même des grandes Compagnies, qui prennent 1 milliard de trop à la nation (maintenant plus du double).

Au lieu de demander la diminution des tarifs au prix d'exploitation et d'entretien, le peuple serait d'avis qu'il faut livrer les voies ferrées à l'Etat, qui palpera le revenu.

Le peuple aussi croit que le gouvernement fait marcher les affaires en dépensant beaucoup : l'argent dépensé n'est pas perdu, dit-il, il circule ; après avoir servi à payer les rentiers, les soldats et les entrepreneurs, il revient à l'Etat par la voie de l'impôt, et les choses n'en vont que mieux. Sur ce point, les économistes ont dit de bonnes choses, mais elles ne sont pas comprises par le peuple. Voici comment il faut présenter la chose :

Il est vrai que les 500,000 soldats qui ont coûté 500 millions à la nation les auraient dépensés s'ils n'avaient pas été sous les drapeaux ; mais ils auraient été payés pour un travail productif qui aurait rapporté la ' même somme. Il en est de même des rentiers et des sinecuristes ; il en est de même de la plus grande partie du budget, qui est gaspillée en dépenses improductives.

Donc l'impôt étant un échange, le système qui consiste à lever de forts impôts, même sur les riches, même sur les successions, même sur le capital, le revenu, et même l'im-

THÉORIE DE l'impôt '' 333

pôt progressif, et à multiplier les fonctions gouvernementales, est injuste et absurde.

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