‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 16 sur 170 · NATURE ET DESTINATION DU GOUVERNEMENT · texte numérisé non relu

NATURE ET DESTINATION DU GOUVERNEMENT

11 faut qu'il y ait des partis. Il s'agit d'en connaître le but et la fin.

Tous les hommes sont libres et égaux. La société, par nature et destination, est donc autonome ; l'ordre résulte de la libre action de tous : Quiconque met la main sur moi pour me gouverner est un usurpateur et un tyran; je le déclare mon ennemi.

Mais la physiologie sociale ne comporte pas d'abord cette organisation égalitaire. L'égalité nous arrive par une succession de tyrannies et de gouvernements dans lesquels la liberté est continuellement aux prises avec l'absolutisme. L'autorité, voilà la première création sociale du genre humain; et la seconde a été de travailler immédiatement à l'abolition de l'autorité, chacun la voulant faire servir d'instrument à sa liberté propre contre la liberté d'autrui. Telle est la destinée, telle est l'œuvre des partis. Autorité, gouvernement, pouvoir, Etat: ces mots désignent tous la même chose ; chacun y voit le moyen d'opprimer et d'exploiter ses semblables.

Absolutistes, doctrinaires, démagogues et socialistes tournèrent incessamment leurs regards vers l'autorité comme vers leur pôle unique. De là cet aphorisme du parti radical que les doctrinaires et les absolutistes ne désavoueraient assurément pas : L§ révolution sociale est le but ; la révolution p^olitig^ue est le moyen, c^est-^à-direj£^dépja^^^ ment de Tautorité. Ce qui veut dire : Donnez-nous droit de vie et de mort sur vos personnes et sur vos biens, et nous vous ferons libres ! Il y a plus de six mille ans que les rois et les prêtres nous répètent cela ! Tu ne feras pas ceci ; tu t'abstiendras de cela ; tu encenseras le pouvoir, ou tu te tairas. Le gouvernement, quel que soit le parti qui règne, n'a jamais su dire autre chose. Mais, l'homme une fois parvenu à l'âge de maturité, le gouvernement et les partis doivent disparaître. L'autorité est essentiellement parasite et corruptible. La philosophie affirme que la constitution d'une autorité sur le peuple n'est qu'un établissement de transition, qui ne peut produire que tyrannie et misère.

Le pouvoir, n'étant pas une conclusion de la science, s'évanouit dès qu'il se discute. Loin de grandir avec le temps, il doit se réduire indéfiniment et s'absorber dans l'organisation sociale ; il ne doit pas être placé siir mais sous la société; et retournant l'aphorisme des radicaux la philosophie conclut : L'abolition de l'autorité parmi les hommes est le but, la révolution sociale est le moyen. C'est pour cela que tous les partis, sans exception, en tant qu'ils affectent le pouvoir, sont des variétés de l'absolutisme, et qu'il n'y aura de liberté pour les citoyens, d'ordre pour les sociétés, d'union entre les travailleurs, que lorsque le renoncement à l'autorité aura remplacé, dans le catéchisme politique, l'autorité par l'autonomie du citoyen, liberté absolue de Thomme et du citoyen. Voilà ma profession de foi politique. M. de Girardin, qui a une intelligence rare, sollicité par moi pour nous aidera supprimer le gouvernement, me répond qu'il est révolutionnaire seulement dans le sens de l'amélioration du gouverne-

LES CONFESSIONS D UN REVOLUTIONNAIRE y

ment. M. de Girardin, en s'exprimant de la sorte, n'a pas dit une chose bien grave ; il n'a fait que reproduire l'éternelle illusion des démagogues qui, pensant, avec l'aide du pouvoir, faire avancer la révolution, n'ont jamais su que la faire rétrograder. La révolution de M. de Girardin serait faite par le pouvoir, et la notre par le peuple. D'un côté, l'action du gouvernement; de l'autre, l'initiative des masses signant la constitution socialiste. 11 s'agit de savoir laquelle de ces deux initiatives est la plus intelligente et la plus progressive, la plus pacifique. M. de Girardin, avec les radicaux, dit : Tout pour le peuple, mais tout par l'Etat. C'est toujours le même gouvernementalisme, le même communisme. Qui donc osera dire enfin : Tout par le peuple, et tout pour le périple, même le gouvernement? — Tout pour le peuple ; agriculture, industrie, philosophie, religion, police, etc. — Tout par le peuple : le gouvernement et la religion, aussi bien que l'agriculture et le commerce. La démocratie est l'abolition de tous les pouvoirs ; spirituel et temporel, législatif, exécutif, judiciaire, propriétaire. Avons-nous besoin de parasites pour travailler et de prêtres pour parler à Dieu? Nous n'avons pas davantage besoin d'élus qui nous gouvernent. L'exploitation de l'homme par l'homme, c'est le vol. Eh bien! le gouvernement de l'homme par l'homme, c'est la servitude. L'absolutisme, fondant tout à la fois la puissance de l'autel, du trône et du coffre-fort, a multiplié comme un réseau de chaînes sur l'humanité. — Après l'exploitation de l'homme par l'homme, après le gouvernement de l'homme par l'homme, après l'adoration de l'homme par l'homme, nous avons encore le jugement de l'homme par l'homme.

La raison philosophique répudie les institutions religi§ii'A6 s , politiques et judiciaires, et pourtant elle n'entend poin t , avec les radicaux et lesjdoctrhiaires, qu'o n puisse procéder à cette réforme par autorité législative; elle n'admet pas que personne ait le droit de procurer le bien du peuple malgré le peuple, qu'il soit licite de rendre

libre une nation qui veut être gouvernée. La philosophie ne donne sa confiance qu'aux réformes sorties de la libre volonté des sociétés ; les seules révolutions qu'elle avoue sont celles qui procèdent de l'initiative des masses. Elle nie de la manière la plus absolue la compétence révolutionnaire des gouvernements.

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