‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 168 sur 170 · SON ŒUVRE · texte numérisé non relu

SON ŒUVRE

Son premier ouvrage sur l'utilité de la célébration du dimanche, obtint une mention honorable au concours de l'Académie de Besançon, mais on lui reproche de s'être jeté dans des théories hasardées. (Nous en verrons bien d'autres !)

En 1840, il publie son Premier Mémoire sur la PrO' prié/é; il fat inquiété par la justice; mais, défendu par l'économiste Blanqui, il ne fut pas poursuivi. Il s'expliqua dans une lettre : Deuxième Mémoire sur la Propriété, adressée à M. Blanqui. Il publia ensuite un Troisième Mémoire ou. Avertissement aux propriétaires, sous forme de lettre à M. Considérant. Pour ce Troisième Mémoiref il fut poursuivi, mais acquitté. En 1843, il publia le livre de la Création de VOrdre dans lUiumanité, Il entra ensuite comme employé chez MM. Gauthier frères, à Lyon, qui étaient ses camarades d'enfance. En 1846, il publia le Système des Contradictions économiques et une brochure sur la Concurrence entre les chemins de fer et les voies navigables; en 1845, le Miserere ou Ir Pénitence d'itr* roi; en 1848, la Solution du problème social y où i combat avant tout la création des ateliers nationaux de Louis Blanc, qui ont amené les journées de juin 1848. Il traite de l'organisation du crédit, de la circulation et de la réduction progressive des intérêts; des profits, des rentes et des impôts. Il avait été rayé de la liste des candidats du comité du Luxembourg, mais, dans les premiers jours de juin 1848, il fut élu député par 77,000 voix. Son journal : le Représentant du Peuple, fut condamné, suspendu, et cessa de paraître.

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Il publia ensuite une remarquable brochure sur le Droit au travail^ et prononça au banquet Poissonnière son toast à la Révolution ; mais la Montagne n'assista pas au banquet, sous un prétexte futile, en réalité parce qu'elle n'osait se déclarer publiquement socialiste. Un duel avec Félix Pyai eut lieu à la suite de ce banquet.

La période électorale venant à s'ouvrir pour la nomination du Président de la République, Proudhon attaqua vivement la candidature de Louis Bonaparte, dans un pamphlet sur la Présidence, qui est un chef-d'œuvre littéraire.

Delescluze attaqua Proudhon, parce qu'il avait préféré la candidature Raspail à celle de Ledru-Rollin. Proudhon riposte. Delescluze lui envoie ses témoins, mais Proudhon refuse catégoriquement de se battre : il s'était battu avec Félix Pyat et avait reconnu l'absurdité du dueL

Le 21 janvier 1849, Proudhon voit l'existence de l'Assemblée menacée par la coalition du parti monarchique et de Louis Bonaparte, qui déjà méditait son coup d'Etat. Il n'hésite pas à l'attaquer de front; il voulait briser l'idole, il ne réussit qu'à se faire poursuivre et condamner.

L'autorisation de poursuites demandée contre lui fut accordée par la majorité de l'Assemblée constituante^ (Voilà bien ce que savent faire les soi-disant représentants du peuple, les Jacobins.) Déclaré coupable par le jury pour avoir accusé Napoléon d'ambition (vous savez s'il avait raison, et si Napoléon voulait bien attenter à la liberté! Vous vous souvenez du 2 décembre, de l'Alsace et de la Lorraine, et des 7 milliards de rançon, etc., etc.) Il fut condamné, en mars 1849, à trois ans de prison et 10,000 francs d'amende. (Messieurs les Jacobins, que pensez-vous de cette autorisation de poursuites? Ne vous pèse-t-elle pas sur la conscience?)

La Banque d'échange de Proudhon, qui avait déjà réuni 27,000 adhérents, allait commencer à fonctionner quand la condamnation de Proudhon fut prononcée; ce projet fut abandonné.

Il était à la Conciergerie lorsqu'eut lieu la journée du 13 juin 1849. C'est alors qu'il écrivit la Confession d'un révolutionnaire, vers la fin de 1849. Transféré à Sainte- Pélagie, il s'y maria en décembre 1849. Il eut quatre filles; deux survécurent à leur père : Catherine et Stéphanie; celle-ci mourut en 1873. Il rédigea dans sa prison le journal la Voix du peuple^ mais il fut transféré à Doullens, où il fut mis au secret. Il revint à Sainte-Pélagie et sortit de prison le 6 Juin 1852.

Le Peuple de 1850 tut fondé avec le concours des principaux membres de la Montagne, mais il eut le sort de ses aînés.

En 1851, il publia Vidée générale de la Révolution au dix-neuviéme siècle. Son livre, la Révolution sociale démontrée par le Coup d'Etaty parut en 1852. Ce livre parut, mais l'auteur fut averti qu'on ne lui en laisserait pas publier d'autres.

Le Manuel du spéculateur à la Bourse parut ensuite avec la collaboration de G. Duchène. L'autorisation de fonder une Revue lui fut constamment refusée.

Vers 1854, Proudhon travaillait déjà à son livre de La Justice; il fut atteint par une attaque de choléra et sa santé s'en ressentit toujours.

Son livre de La Justice fut saisi : Proudhon fut condamné'à 3 ans de prison et 4,000 francs d'amende; il partit pour la Belgique. En 1861, il publia en Belgique : La guerre et la paiXj dans lequel il se prononce contre la restauration d'une Pologne aristocratique et cléricale, et contre l'établissement d'un gouvernement unitaire en Italie. — Par le droit de la force, il conclut à la suppression de la guerre, et en combattant l'unité italienne, il fait voir que là encore la démocratie fait fausse route, et que nous aurons de ce fait, à nos portes, une nation ennemie de 25 millions d'habitants; qu'une nation comme lltalie ne manquerait pas à l'occasion de mettre son intérêt audessus de la gratitude.

Les démocrates se déclarent contre Proudhon, et

cependant aujourd'hui la preuve est faite, car l'Italie est bien l'alliée de nos pires ennemis les Allemands. Il serait juste et honnête de rendre hommage à la mémoire de Proudhon et à sa haute prévoyance.

Conserver l'équilibre européen en multipliant les petits Etats ; réunir ceux-ci en fédérations organisées non pour l'attaque mais pour la défense, et qui deviendront bien vite républicaines : tel fut, à partir de 1861, le programme politique de Proudhon. — « Les fédérations, disait-il, n'auront pas seulement pour but de garantir, dans les limites du possible, le règne bienfaisant de la paix, elles auront encore pour effet d'assurer dans chaque nation le triomphe de la liberté sur le despotisme. »

Le canton de Vaud ayant mis au concours la question de rimpôt, Proudhon se mit sur les rangs et remporta le premier prix. Son mémoire fut publié sous le titre : Théorie de VImpôt. ^

Le 2 juin 1861, Proudhon fut gracié et rentra en/'î^ance au mois de septembre 1861 où il publia ; La Fédération et V Unité italienne et ensuite Le Principe fédératif.

Parmi les ouvrages commencés par Proudhon et que la mort ne lui a pas permis d'achever, il faut citer une Histoire de la Pologne, et la Théorie de la Propriété^ parus en 1863. Avant de mourir, il publia, en 1863, Les majorats littéraires^ Le principe fédératif, Les démocrates assermentés^ Si les traités de 1815 ont cessé d^exister.

Le mal qui devait le tuer ne faisait qu'empirer, mais Proudhon travaillait toujours. Il espérait faire paraître la même année son ouvrage sur la Capacité des classes ouvrières; il ne put en écrire le dernier chapitre. Il allait toujours s'afT'iib lissant ; son médecin lui ordonna le repos. Le 19 janvier 1865, il mourut vers deux heures du matin dans les bras de sa femme. »

Proudhon avait déploré les agissements du Gouvernemsnt provisoire, de la Constituante, la nomination de

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Napoléon à la présidence de la République; et pour avoir dénoncé, d'une manière irréfutable, l'ambition du président et ses menées réactionnaires, il est condamné, avec V autorisation de la Chambre des députéSy à trois ans de prison et dix mille francs d'amende. Il entre en prison, et il n'en sort qu*en 1851, après le coup d'Etat. Voilà pourquoi il ne se trouve pas impliqué dans les journées révolutionnaires de la république en 1848.

Après sa sortie de prison, il discute pour savoir comment on pourrait arriver à abattre l'Empire, mais les démocrates n'acceptent pas ses idées et on le traite de réactionnaire. En 1858, il fait paraître son livre de La Justice; il est condamné à trois ans de prison et quatre mille francs d'amende. Il s'expatrie, va babiter la Belgique jusqu'à sa grâce en mai 1861, car il a été exclu de l'amnistie de 1859. C'est pendant sa prison et son exil qu'il complète son œuvre; mais sa santé était mise en péril par l'excès du travail. Il ne peut se dispenser de travailler à cause de sa famille à laquelle il doit donner le vivre, et à cause de son œuvre qu'il ne peut laisser insulter et escamoter.

Enfin il meurt en 1865, à l'âge de cinquante-cinq ans, usé par le travail.

Il est bien évident que si Proudhon avait vécu dix ans de plus il aurait complété ses pensées, et que les ouvrages publiés après sa mort auraient été développés d'une manière considérable. Mais telle qu'elle est, son œuvre est immortelle, et nous devons nous en souvenir, nous devons l'étudier et tâcher de mettre sa doctrine en pratique pour honorer sa mémoire.

La correspondance de Proudhon complète son œuvre, elle donne la pensée intime du grand philosophe socialiste.

En effet, Proudhon est un des plus grands émancipateurs de la liberté de l'homme, le plus grand propagateur de l'égalité et de la justice.

Jésus-Christ a dit aux hommes : « Vous êtes tous

CORRESPONDANCE DE PROUDHON — l^'' VOLUME 411

frères », et les premiers chrétiens ont cru devoir vivre en communauté, ce qui ne pouvait convenir qu'à des esprits parfaits. C'est pourquoi Proudhon, pour arriver au même but sans Tutopie communiste, a donné la philosophie de la solidarité, de l'égalité et de la justice par la liberté et la propriété individuelle, c'est-à-dire la science sociale qui convient à l'humanité.

Dans cette correspondance, le travailleur verra que Proudhon est un ouvrier qui a mis toute son âme, toute son énergie à l'étude du droit social; qu'il a vécu pauvre et qu'il est mort sur la brèche, au champ d'honneur, en essayant de compléter toute la philosophie dont il avait tracé les grandes lignes depuis vingt-cinq ans. Tous les travailleurs qui le comprendront se joindront à nous, nous en sommes persuadés, pour lui témoigner toute notre reconnaissance.

Ne nous arrêtons pas aux luttes que Proudhon a soutenues contre certains démocrates autoritaires et jacobins.

Regardons devant nous, et si les ténèbres ne sont pas éclairées, si la lumière n'a pas été entièrement faite sur l'organisation des sociétés, disons-nous bien ceci : c'est que Proudhon est mort trop tôt, et que les hommes politiques de sa génération ne l'ont pas compris ou n'ont pas voulu le comprendre.

Regardons dans le passé, et disons-nous que toutes les affirmations faites par Proudhon se sont réalisées, parce que son immense génie, sa logique lui laissait voir l'avenir qu'il considérait comme le résultat des faits historiques et politiques qu'il avait étudiés et expliqués. Personne ne parle plus de Proudhon ; cependant, à la fin de l'Empire, et même dès 1862, pour fonder l'Internationale des travailleurs, l'opposition, voulant arriver à terrasser le despote, était revenue à la science donnée par Proudhon, et les Brisson, les Ferry, les Jules Simon et autres, avaient dressé le programme d'une république dès 1867: réforme de la centralisation, et organisation de la Banque

et du crédit. L'Empire est tombé dans un nouveau Waterloo, et l'opposition démocratique a pris sa place ; mais son programme de 1869, qui avait fait sa force, que le peuple acceptait, a été relégué au dernier plan. Le seul but de l'ancienne opposition a été, depuis la fondation de la République de 1870, de profiter de tous les avantages et sinécures que la centralisation impériale donne aux hommes du gouvernement. Quant à la liberté, quant à l'égalité, elle ne sait plus ce que Proudhon ou ellemême en a dit.

Dans ce premier volume, nous trouvons aussi une lettre de Proudhon à son ami Ackermann, où il se plaint, après avoir obtenu la pension Suard, de recevoir deux cents lettres qui le félicitent de son succès, et de la certitude qu'il a de faire fortune et de participer à la curée des places et d'arriver aux honneurs.

Personne ne vient me dire : Proudhon, tu te dois avant tout à la cause du pauvre, à l'affranchissement des petits, à l'instruction du peuple. Tu seras peut-être en abomination aux riches et aux puissants. Poursuis ta route de réformateur à travers les persécutions, la douleur, la mort même. Crois aux destinées qui te sont promises ; mais ne va pas préférer au martyre glorieux d'un apôtre les jouissances et les chaînes dorées des esclaves. ■Serais-tu vaincu par les flatteries, la séduction du plaisir et de la fortune ? Toi, enfant du peuple, filius fahri, comme on disait autrefois de Jésus-Christ, tu abdiquerais ta conscience, tu apostasierais ta foi pour être heureux à la manière de ceux-ci et de ceux-là! Tes frères ont les yeux ouverts sur toi : ils attendent avec anxiété s'ils doivent bientôt déplorer la chute et la trahison de celui qui avait tant juré d'être leur défenseur ; ils n'auront jamais pour te récompenser que leurs bénédictions ; elles valent mieux que les écus comptants du pouvoir. Souffre et meurs s'il le faut, mais dis la vérité et prends la cause de l'orphelin. — Je suis oppressé des honteuses exhortations de tous ceux qui m'environnent. Quelle fureur du bien-être matériel ! Quel ahject épicurismeje vois partout! Le matérialisme est

implanté dans les àmos. Les cagots par leurs singeries, leur fanatisme et leur mauvaise foi, entretiennent tant qu'ils peuvent ces funestes dispositions. »

Les autres lettres de ce volume ne se rapportent en général qu'à cette question.

Le deuxième volume de la correspondance de Proudhon comprend ses lettres depuis le 2 janvier 1842 jusqu'au 7 juin 1849, c'est-à-dire qu'elles embrassent toute la période de la Révolution de 1848, qui n'a véritablement existé que du 24 février au mois de juin 1848. Après cette date est venue la réaction jusqu'au 31 mai et au coup d'Etat.

C'est la partie la plus intéressante de la correspondance, au point de vue politique de la carrière de Proudhon. Il avait vu arriver la Révolution de 1848; il avait déclaré que la science politique et sociale n'était pas faite; que, bien sûr, cette révolution avorterait faute d'un programme élaboré et accepté par les chefs de la démocratie. Il ne s'était pas trompé, car le peuple, qui avait déclaré mettre trois mois de misère au service du gouvernement provisoire, n'en fut pas récompensé. Le gouvernement provisoire, composé d'hommes honnêtes, mais absolument incapables de rien comprendre à la Révolution, montra, dès le début et jusqu'à la nomination de Louis Bonaparte à la présidence de la République, l'incapacité la plus complète. Au point de vue politique, il devait accomplir les réformes les plus urgentes ainsi qu'au point de vue économique. Il ratifia bien le suffrage universel qui avait été acclamé par Ledru-Rollin sur les barricades de février, mais il ne sut rien de l'organisation nécessaire pour le faire fonctionner. Au point de vue économique, il fit voter la dissolution intempestive des ateliers nationaux et l'impôt des 45 centimes. C'était s'attirer la haine de tous les travailleurs des champs. La loi du

31 mai 1849, qui supprima 3 millions d'électeurs, compléta l'œuvre réactionnaire des hommes politiques soidisant républicains de Tépoque.

Je donnerai quelques lettres, les plus intéressantes, pour montrer le philosophe socialiste aux prises avec les soi-disant républicains de l'époque.

C'est d'abord son procès pour la Théorie de la Pro-A priètè. Il est mis en cause et acquitté, mais que de tracas il a subis !

La plupart de ces lettres parlent de son imprimerie qu'il veut vendre, car elle ne lui laisse pas de liberté et ne lui rapporte rien. Déjà en 1844 Proudhon pouvait répondre à un de ses amis qui accusait la France de ne pas lui rendre justice : « Toujours vous accusez la France, comme si la France, comme si une nation tout entière, la plus spirituelle et la plus généreuse des nations, pouvait être solidaire, aux yeux de ses enfants, des gouvernants qui la déshonorent, des coteries qui l'abusent, des charlatans et des scélérats qui l'exploitent. »

Il dit à ses amis, M. et madame B..., le l^"" janvier 1846 :

u Si donc on m'accusait de misanthropie, vous soutiendrez que j'ai le cœur le plus aimant, le plus candide, le moins malicieux qui soit sorti des mains du Créateur. Si l'on me reprochait d'être athée, par la raison que je n'ai pas cru devoir ménager dans ma critique le Père éternel plus que mes semblables, vous affirmerez encore que j'ai la foi d'un saint Pierre, l'espérance d'un saint Paul et la charité d'un saint Jean, et que je compte vivre et mourir en la grâce de notre Sauveur Jésus- Christ, à qui je n'ai rien reproché que de s'être laissé prendre. »

Le 17 mars 1846, il écrit à M. Cari Marx ce passage :

Nous ne devons point poser l'action révolutionnaire comme moyen de réforme sociale, parce que ce prétendu moyen serait

tout simplement un appel à la forcC;, à Tarbitraire, bref une contradiction. Je me pose ainsi le problème : faire rentrer dans la société, pai" une combinaison économique, les richesses qui sont sorties de la société par une autre combinaison économique (l'intérêt, le fermage, le loyer, l'usure). En autres termes^, tourner en économie politique la théorie delà propriété contre la propriété, pour assurer la liberté et l'égalité. Je préfère donc faire brûler la propriété à petitfeu plutôt que de lui donnerune nouvelle force, en faisant une Saint-Barthélémy de propriétaires. Telles me semblent être au-ssi les dispositions de la classe ouvrière en France ; nos prolétaires ont si grande soif de science qu'on serait fort mal accueilli d'eux si on n'avait à leur présenter à hoire que du sang. Bref, il serait d'une mauvaise politique pour nous de parler en exterminateurs ; les moyens de rigueur viendront assez.

Le 25 juillet 1847, il écrit à la comtesse d'Agout cette seconde lettre dont je ne donne qu'un abrégé :

Pardieu, madame, vous l'avez trouvé tout du premier coup : je n'ai pas la bosse de la vénération. Que me sert d'être affranchi de la crainte de Dieu, de l'autorité de l'Église, si c'est pour retomber sous le joug des éclectiques, des économistes, des socialistes communistes, de toutes les coteries qui se disputent l'attention et l'argent du public ?

Croyez-vous, madame, qu'en prenant la plume j'aie eu en vue de faire mon chemin dans la littérature, dans l'kdministration ou dans la presse ? Non, madame, je ne suis point homme de lettres; je suis, à proprement parler., homme d'affaires; comme tel, j'ai compris tout d'abord quel abîm.e me séparait de tous ceux qui, sous des noms divers, s'occupent des intérêts du peuple et des choses de la société. J'ai vu que la dissimulation, les ménagements, seraient de Tinhabileté, et j'en ai pris sur-le-champ mon parti. Je me suis dit : j'aurai raison contre tout le monde, ou je succomberai à la peine. Quand il s'agit de liberté, de droit au travail, de répartition des produits, d'égalité ; quand il y va du salut du peuple, du progrès de la

civilisation et de toute la dignité humaine, pensez-vous, dis-je, que je n'aie pas raison de me révolter, que je ne sois pas excusable de ma franchise ? Eh ! n'est-il pas temps que des esprits libres s'insurgent contre cette coalition de philosophes, de savants, de journalistes, de jongleurs de toute espèce qui étouffent la pensée et oppriment la raison ?

Ne pourrait-on en dire autant aujourd'hui ?

Le 9 septembre 1847, il écrit à l'éditeur Guillaumin :

J'ai reçu le libelle du docteur Garl Marx; c'est un tissu de grossièretés, de calomnies, de falisifications, de plagiat.

Pourquoi M. Marx, juif allemand, insultait-il Proudhon ? Je pose cette question aux ouvriers; qu'ils prennent'garde à ses successeurs ennemis de la France.

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