JUIN 1848. — réaction cavaignac
On avait créé les ateliers nationaux pour donner aux ouvriers une subvention alimentaire, car on n'avait pas d'ouvrage à leur donner. — La réaction, considérant que ces cent mille hommes étaient le boulevard du socialisme, les supprima sans compensation.
Trélat, à la tribune française, s'écriait : « 11 faut que
l'Assemblée nationale décrète le travail, comme autrefois la Convention décréta la victoire. » Mais le sort était jeté, les yeux se fermèrent à la lumière, la dissolution des ateliers est résolue. — M. de Falloux conclut au renvoi immédiat des ouvriers. Ils élèvent des barricades. — On propose le rachat d'une ligne de chemin de fer. — Les députés s'y opposent pour précipiter la révolution. C'était à coups de fusil que l'Assemblée nationale payait la dette du gouvernement provisoire. Pascal Duprat propose que Paris soit mis en état de siège et les pouvoirs remis au général Cavaignac. Ici la toile tombe sur le quatrième acte, fin de la Révolution.
0 peuple de travailleurs 1 ne cesseras-tu de prêter l'oreille à ces orateurs de mysticisme promettant le salut par le gouvernement? Le pouvoir, instrument de la puissance collective, créé dans la société pour servir de médiateur entre le travail et le capital, se trouve enchaîné fatalement au capital contre le prolétariat. Nulle réforme politique ne peut résoudre cette contradiction. C'est pour avoir obstinément voulu la Révolution par le pouvoir, la réforme sociale par la réforme politique, que la révolution de Février a été ajournée et la cause du prolétaria perdue en première instance par toute l'Europe. En lévrier 1848, vous seuls, travailleurs, pouviez vous donner la Constitution de la libsrté et de la justice. Aujourd'hui, si vous ne procédez vous-mêmes à l'organisation, si vous vous en rapportez aux meneurs de l'opposition pour les obtenir, le résultat sera le même. Encore une fois, vous seuls pouvez exiger que ceux qui vous ont séduits en 1848 par des utopies funestes, et qui recommencent encore aujourd'hui se frappent la poitrine. Pour moi, je dois l'avouer, en juin 1848, je n'avais pas prévu ces malheurs! depuis 15 jours j'avais mis le pied sur le Sinaï parlementaire, j'avais cessé d'être en rapport avec les masses, je ne savais rien des intrigues qui se croisaient au sein de TAssemblée. Il faut avoir vécu dans cet isolement qu'on appelle une Assemblée nationale pour
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concevoir comment les hommes qui ignorent le plus complètement l'état du pays sont presque toujours ceux qui le représentent. Le peuple, pour le pouvoir et pour les députés, c'est l'ennemi.
Tant que nous nous battrons pour le pouvoir, les vainqueurs ne manqueront pas de prétextes pour opprimer les vaincus ; les hommes d'Etat trouveront des raisons de renier leurs principes. C'est contre ce fanatisme brutal que je protestais. La tâche était immense : quel serait mon plan d'opération ? Il faut, me dis-je, faire tourner à l'avantage de la révolution la contre-révolution ellemême. Il faut fonder la liberté des individus en organisant l'initiative des masses. — Je proposai l'organisation du crédit au comité des finances. — Le crédit, lui disais-je, au point de vue des relations privées, est tout simplement le prêt; au point de vue des relations sociales, c'est un mutualisme, un échange. De cet échange naît la circulation. — J'avais soutenu que l'impôt sur le revenu était un mensonge ou une chimère — j'en attribue la responsabilité aux économistes, et malgré cela on ne manque jamais de dire que ces projets d'impôts proviennent de moi. Tant de mauvaise foi ou de crétinisme aurait indigné un saint. — Louis Blanc vota contre ma proposition comme M. Thiers. C'était parfaitement juste: il représente les révolutions par le pouvoir comme je représente le socialisme démocratique, la révolution par le peuple. Un abîme existe entre nous. Par une proposition de crédit gratuit, de suppression de l'intérêt, il y avait ceci : sans aristocratie capitaliste, plus d'autorité ; et sans autorité, plus de gouvernement. — Affranchissement du peuple de l'initiative gouvernementale, c'est-àdire autonomie de la commune et de l'individu. Le socialisme, tel que je le professe, est le contrepoids du socialisme communiste de Louis Blanc. Cette opposition est fatale ; si je mets tant d'instance à la relever, ce n*est nullement pour le plaisir de contredire un chef d'Ecole, c'est que je la crois nécessaire à l'éducation du peuple.
— Oh I VOUS ne voulez pas de crédit réciproque I osez donc renvoyer dans leurs foyers vos cinq cent mille soldats ! Il faut cependant répondre à l'interrogation des travailleurs. A dater de ma proposition de la diminution de la rente, je deviens, suivant l'expression d'un journaliste, l'homme-terreur. Je ne crois pas qu'il y ait eu d'exemple d'un tel déchaînement. J'ai été prêché, joué, chansonné, placardé, biographie, caricaturé, blâmé, outragé, maudit ; j'ai été signalé au mépris et à la haine, livré à la justice par mes collègues députés; accusé, jugé, condamné par ceux qui m'avaient donné mandat ; suspect à mes amis politiques, renié par mes coreligionnaires. Les dévots m'ont menacé de la colère de Dieu, les femmes pieuses m'ont envoyé des médailles bénites. On a demandé par pétition mon expulsion de la Chambre, comme indigne. Ce que j''avais prévu arrivait : comme le pécheur, en recevant le corps de Jésus-Christ, mange et boit sa condamnation, la société, en calomniant le socialiste, se condamnait elle-même ; elle brûlait ses idoles. Louis Blanc et Caussidère furent poursuivis pour l'attentat du 15 mai. Ils firent une longue défense. Est-ce que, depuis le 22 février 1848, il existe en France des délits politiques? — Dites que Louis Blanc était un utopiste, plein d'inconséquence; que les insurgés de juin eurent le tort de céder à une effroyable provocation : à la bonne heure ! Ajoutez que le Gouvernement provisoire se montra en tout d'une imbécillité rare, le parti réactionnaire, d'un égoïsme infernal. Mais des conspirateurs ! des hommes coupables d'attentat politique I en France ! depuis la Révolution !
Vieux relaps 1 commencez donc par requérir contre vous-mêmes : vous avez mérité vingt fois les pontons et le bagne.
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