‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 27 sur 170 · SEPTEMBRE 1848. — PROGRÈS DU SOCIALISME. CONVERSION DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

SEPTEMBRE 1848. — PROGRÈS DU SOCIALISME. CONVERSION DE LA MONTAGNE

Après les journées de juin, il suffisait de tenir tête à la réaction pour avoir derrière soi la masse. La moindre opposition, même légale et pacifique, était cotée comme trait d'audace. Le socialisme fit les élections du 17 septembre quand tout se réunissait pour l'écraser : soixantedix mille électeurs votèrent pour Raspail pour protester contre la victoire de juin. C'est dans les bureaux du journal le Peuple que le comité démocratique tenait ses séances. La question n'était plus entre la monarchie et la démocratie, mais bien entre le travail et le capital. Les idées sociales, si longtemps dédaignées, étaient une force. A quoi bon, en effet, se dire démocrate, si Ton n'est pas du parti du peuple? Alors on adhéra au socialisme ; mais quel serait le symbole du parti démocratique si brusquement transfiguré? Qui se chargerait de faire la profession de foi ? Que changerait-on, qu'ajouterait-on aux idées anciennes? Quelle modification le parti apporterait-il à sa politique? On ne pouvait se mettre à la queue d'une secte, de Saint-Simon ou de Fourier. La dignité du parti ne le permettait pas. La Montagne pouvait bien consentir à s'absorber dans le socialisme, ou se contenter d'en prendre la direction. Voilà ce que les Montagnards, avant de se déclarer, auraient dû se demander. On voulait avoir un socialisme à soi, faire le triage des utopies en vogue, et l'on eût abouti à un juste milieu. Le prétendu socialisme des Montagnards ne fut qu'un mensonge, de bonne foi j'y consens, mais un mensonge funeste que je ne pus empêcher. Les passions gouvernementales les possédaient et leur faisaient illusion. — La révolution sociale est le but ; la révolution politique est le moyen, avaient-ils dit? Donc, conclurent-ils, c'est à nous, qui sommes des hommes politiques de la tradition de 93, de fonder le vrai socialisme par l'initiative du gouverne-

ment. — Ils voulaient imposer par en haut la révolution, au lieu de la proposer, comme je le voulais, par en bas.

J'estimais à néant le socialisme de l'extrême gauche : ce n'était à mes yeux qu'une fantasmagorie.

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