‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 28 sur 170 · NOVEMBRE 1848. — LA CONSTITUTION · texte numérisé non relu

NOVEMBRE 1848. — LA CONSTITUTION

Le 4 novembre 1848 fut votée la Constitution ; 739 voix pour, 30 contre. J'ai voté contre pour différents motifs, mais surtout parce que, en créant une Présidence de la République, avec ses prérogatives, son autorité, ses coupables espérances, ce sera un véritable péril pour la Liberté. Voilà ce que j'avais à dire comme représentant. Mais, comme publiciste, je dois d'autres explications. Nous sommes si infatués du pouvoir, nous aimons tant à être gouvernés, que nous ne concevons plus la possibilité de vivre libres. Nous nous croyons démocrates parce que nous avons renversé quatre fois le gouvernement héréditaire, tandis que nous ne sommes, tant que nous faisons la guerre pour l'exercice du pouvoir, que des variétés d'absolutistes. — Mais le pouvoir, quand même il viendrait du peuple au lieu d'être de droit divin, nous donnera comme dans l'ancienne loi ce résultat : « Il prendra vos fils pour en faire des conscrits, et vos filles pour en faire des cantinières et des grisettes. Et quand il se sera fait une force, il mettra des impôts sur les personnes, sur la maison, les meubles, les terres, le vin, le sel, la viande, les marchandises, afin d'entretenir ses soldats, et de payer ses employés et ses maîtresses, et vous serez ses serviteurs. » Ce que disait Samuel d'après Moïse peut se dire aujourd'hui.

Le principe de la séparation des pouvoirs dans une Constitution, qui devrait être la première condition d'un gouvernement libre, est démontré radicalement faux. La séparation des pouvoirs est la première condition de l'oppression du peuple. Aussi, la République démocratique n'a-t-elle jamais paru aux esprits non prévenus qu'une

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mystification politique, un véritable escamotage de la liberté. Et j'avoue pour ma part qu'étant donnée la nécessité d'une centralisation comme la nôtre, dans laquelle toutes les facultés sociales conve^^gent en un centre unique, initiateur et dominateur souverain, je préfère df beaucoup, au gouvernement absolu et irresponsable d'une Convention, le gouvernement séparé et responsable d'une Présidence; et, au gouvernement d'une Présidence élective,' celui d'une royauté constitutionnelle. Pas de milieu, selon moi, avec la centralisation telle qu'on l'a faite ; et que radicaux, dçcir inaires, absolutistes le comprennent : ou bien il faut revenir à la Charte de 1830, modifiée selon le besoin du jour ; ou il faut chercher quelque chose que la démocratie n'a point encore défini, dont la Convention n'a pas eu l'idée. — Mais la monarchie constitutionnelle n'a donné que la corruption, elle a péri dans un égout 1 Veut-on y revenir? Que celui qui n'en a point assez le dise I — Le suffrage universel I Comment serait-il véridique quand vous ne lui adressez que des questions équivoques? Comment parviendrait-il à manifester la pensée, la vraie pensée du peuple, quand il est tenu en laisse par le pouvoir? quand l'exercice de ses droits se borne tous les quatre ans à choisir ses chefs et ses charlatans, sur des listes de candidats qui sont désignées par les ennemis du peuple et soutenues par les journaux du gouvernement et par les comités réactionnaires et les coteries? quand sa bonne foi est à la merci d'une dépèche télégraphique? Depuis que le suffrage universel est établi, la société tourne sur place. Serons-nous donc plus avancés, plus riches et plus libres quand nous aurons fait un million de pirouettes? — Est-il possible de trouver une issue à ce labyrinthe? J'ose l'affirmer. Pour le démontrer, pour expliquer le mécanisme social, les exemples suffiront. Ici, comme dans la science positive, la pratique c'est la théorie.

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