‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 40 sur 170 · LA RÉVOLUTION SOCIALE ET LE COUP D ETAT · texte numérisé non relu

LA RÉVOLUTION SOCIALE ET LE COUP D ETAT

Pour la question économique, il fallait s'occuper du peuple; on ne le fît pas le moins du monde. On renvoya la solution à l'Assemblée constituante : dès lors elle était aussi enterrée. L'Assemblée avait supprimé trois millions d'électeurs. Le président Louis-Napoléon se prononça pour l'abrogation de la loi du 31 mai, et pour le rétablissement du suffrage universel complet. Il devenait aux yeux du peuple le chef de la Révolution, il était d'accord avec les révolutionnaires; mais s'il ne réduit pas l'intérêt de l'argent des deux tiers, il sera perdu à son tour. Le peuple était dégoûté de la Constitution réactionnaire qui ne lui procurait aucun avantage ; il méprisait les avocats qui l'avaient faite. Le coup d'Elat devait réussir dans ces conditions, la bataille était gagnée avant d'être livrée. Louis Bonaparte, depuis trois mois, s'était prononcé pour la Révolution. La Révolution l'a pris au mot. Pourquoi cela ? Parce que les chefs populaires font décréter sous le nom de République un gouvernement plus savamment concentré que la royauté ou l'empire. Le peuple accepterait aussi bien une Constitution libérale que la Constitution .impériale. Le gouvernement provisoire en 1848 pouvait et devait l'essayer.

Le peuple disait : Bonaparte nous donnera le milliard que Barbes nous a promis. C'était par la réduction de l'usure et le droit au crédit que le gouvernement devait donner ce milliard au peuple. La Montagne, en conservant la centralisation, avait été la cause dû coup d'Etat. Elle défendit noblement la Constitution, mais le peuple ne comprit pas son dévouement. La cause était désespérée, et sept millions six cent mille voix approuvèrent le coup d'Etat. Napoléon apparaissait comme le représentant de la Révolution.

L'idée révolutionnaire étant mal définie dans l'esprit des masses, il faut tâcher de rallier l'élite des travailleurs pour concourir à l'éducation du peuple.

Proudhon démontre dans ce volume que le peuple des campagnes, aussi bien que celui des villes, est socialiste de

cœur, et que si on lui posait des questions qu'il puisse comprendre et résoudre, il montrerait qu'il veut la Liberté communale complète, et la possession de l'oulil et des champs, sans payer de redevance aux capitalistes.

« Je ne sais pas comment cela se fera, raais cela sera, parce que cela est écrit. » ;i -

(Idée générale de la révolution au XIX* siècle.)

P.-J. Proudhon.

« Je n'écris pas contre qui peut proscrire », disait Camille Desmoulins sur la fin de 1793, alors que Robespierre était tout-puissant, et que déjà la République n'existait plus.

Je renonce à exercer le veto contre le coup d'Etat du 2 Décembre et contre les 7,600,000 suffrages qui l'approuvent.

Napoléon a pour mission, pour devoir, d'accomplir la révolution au dix-neuvième siècle.

Ce que n'a pas su comprendre Louis-Philippe a perdu Louis-Philippe et amené la République.

Ce que n'ojit osé affirmer les républicains a perdu les républicains et décidé le succès de Napoléon.

Ce que ne saura procurer Louis-Napoléon le perdra à son tour, et il en sera de même de ses successeurs, autant qu'il s'en présentera.

C'est le problème du prolétariat qui est à résoudre, la substitution de l'économie à la politique, des intérêts à l'autorité, en un mot l'idée sociale, le socialisme. C'est pour cela que la mission de Louis-Napoléon n'est pas autre que celle de Louis-Philippe et des républicains, et ceux qui viendront après lui n'en auront pas d'autre à leur tour. Entendez-vous le silflet de la locomotive révolutionnaire? Si le pouvoir ne veut servir la Révolution^^ il sera balancé par elle, et s'il ne se gare, il sera jeté dans les wagons. Nous n'avons rien de mieux à faire, socialistes et radicaux, que d'étudier sans relâche l'immense

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problème, et d'exercer sur le pouvoir la pression légitime, incessante de la science et du droit.

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