‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 44 sur 170 · DE LA JUSTICE DANS LA REVOLUTION ET DANS L'ÉGLISE · texte numérisé non relu

DE LA JUSTICE DANS LA REVOLUTION ET DANS L'ÉGLISE

Ce bel et important ouvrage de Proudhon ne nous retiendra pas très longtemps, parce qu'il est tout philosophique et que la thèse qu'il soutient : à savoir que l'Eglise est presque toujours contre la justice sociale en ce qui regarde les personnes, les biens, la liberté et le despotisme, cette Ihèse, dis-je, est comprise par le peuple. Il sait, pour ravoir vue mille fois à l'œuvre, que TEglise est avec les tyrans après le coup d'Etat contre la liberté ; avec les riches contre les travailleurs; avec les jésuites contre les chrétiens. Il n'est donc pas absolument nécessaire, pour le but que nous poursuivons, de donner ici toutes les raisons que Proudhon a développées pour justifier sa thèse, qui dit que la justice sociale ne se trouve pas du côté de l'Eglise, mais du côté de la Révolution.

Le livre de la Justice a été écrit par Proudhon pour prouver que la Révolution ne demande les réformes sociales que pour établir la liberté et la justice.

L'Eglise veut le gouvernement providentiel de la divinité ; quant à l'égalité, en dehors du communisme des premiers chrétiens, l'Eglise a toujours sanctionné les abus de la propriété ; elle a tempéré ces abus par la charité. Ce fait ne suffit pas à la justice.

Proudhon montre que les conciles se sont toujours prononcés contre l'usure et le prêt à intérêt de l'argent, mais que l'Eglise n'a pas été logique en oubliant de comprendre dans la réprobation de cette productivité du capital le loyer des terres et maisons. Il montre les évêques constamment alliés aux despotes et aux riches, tandis que la Révolution réclame la liberté et le droit égal pour tous.

Voilà pourquoi nous ne devons pas admettre dans le gouvernement le cléricalisme, qui est l'ennemi de la liberté et de l'égalité, et nous devons revenir au programme républicain, à la séparation du spirituel et du temporel. Tout le monde y gagnera en dignité, comme dit Proudhon, rappelant les paroles de Sieyès en 1789 avant le serment du Jeu de Paume : « Il faut couper le câble. »

Cet ouvrage est adressé par Proudhon à Son Eminence Monseigneur le cardinal Matthieu, archevêque de Besançon, voici à quel propos :

Le pamphlétaire Jacquot (dit Eugène de Mirecourt) avait fait paraître une biographie de Proudhon, qui n'était qu'une caricature, une diffamation, et Proudhon avait reconnu dans cette brochure des détails sur sa famille, qui n'étaient connus que de l'archevêque de Besançon ; il dut en conclure que c'était le cardinal Matthieu qui les avait fournis au pamphlétaire, et c'est à ce propos qu'il lui adresse le traité de la Justice, où le cardinal Matthieu, archevêque de Besançon, sénateur, prince du Saint-Empire, se trouve le compère de M. Jacquot. Proudhon déclare au cardinal qu'il a vu la lettre écrite par lui à M. Eugène de Mirecourt.

« Sachez-le, Monseigneur, depuis 1789, nous reconnaissons que la justice est innée chez l'homme; elle est immanente en nous, et non transcendante, comme certains philosophes le disent. Tout ce qui se passe dans la conscience est d'elle et n'a pas besoin d'une révélation.

Qu'est-ce que la justice? Y en a-t-il une ? Pouvons-nous nous sacrifier, même sans espoir de retour, et rester

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