‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 56 sur 170 · DU GOUVERNEMENT SELON LA JUSTICE · texte numérisé non relu

DU GOUVERNEMENT SELON LA JUSTICE

Ce qui fait la vie d'un Etat, ce qui détermine sa stabilité ou sa caducité, c'est son idée. Si cette idée exprime un rapport de justice, l'Etat sera au dedans, à l'abri de toute dissolution. Si au contraire l'idée qui régit l'Etat est fausse et inique, il périra. Du moment que le gouvernement se règle d'après la loi d'égalité, du moment qu'il n'existe que pour la justice, il est assuré de vivre. Nous savons quelle a été jusqu'alors la forme des Etats d'après l'idée de l'exploitation de l'homme par l'homme : centralisation despotique, hiérarchie féodale, démocratie militaire, oligarchie mercantile, enfîa monarchie constitutionnelle.

Quelle est la forme du gouvernement républicain organisé par et pour l'égalité? Voilà la question à laquelle il faut répondre. La République est un gouvernement dans lequel le droit et la liberté jouent le premier rôle, par opposition aux autres gouvernements où l'autorité et la raison d'Etat passent avant tout. — Plus l'action du droit

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et de la liberté se généralise, plus la République se perfectionne.

Elle serait parfaite, elle aurait réalisé son idéal, si le droit et la liberté régnaient seuls.

De cette définition on peut conclure que la République n'existe encore nulle part, et qu'elle n'a jamais existé.

Pour établir le gouvernement républicain dans sa vérité, cinq conditions sont requises :

i° Définition du droit économique.

2° Balance des forces économiques — formation de groupes agricoles, industriels, — organisation des services d'utilité publique (crédit, escompte, circulation, transports, docks, assurances, etc.), d'après le principe de mutualité et de gratuité ou prix de revient.

3° Garanties politiques ; liberté de la presse et de la tribune; initiative parlementaire; publicité du contrôle; extension du jury; liberté de réunion et d'association; inviolabilité de la personne, du domicile, du secret des lettres; séparation complète de la justice et du gouvernement.

4° Décentralisation administrative, reconstitution de la vie communale et provinciale.

5° Cessation de l'état de guerre, démolition des forteresses et abolition des armées permanentes.

La Révolution place dans le travail, et rien que dans le travail, la justification de la propriété. Elle nie que la propriété fondée sur le bon plaisir de l'homme soit légitime ; c'est pourquoi elle a aboli la propriété ecclésiastique, non fondée sur le travail. La Révolution ne pouvait, d'une façon plus énergique, affirmer son réalisme.

La Révolution supprime la dette publique, elle abolit la liste civile, elle supprime le sénat et le conseil d'Etat. La justice sera gratuite et le jury organisé partout. La police sera à la charge des localités. Le budget des cultes sera supprimé. Les finances seront réunies à la banque centrale, etc.

Le lendemain de la Révolution, le peuple prendra

conseil des circonstances et il appliquera intégralement les principes de la Révolution.

C'est la justice qui lui servira de programme.

L'idée étant acquise, Texécution est facile.

La Constitution préparée à Paris, comme pour toutes les Constitutions que la bourgeoisie nous a fait voter, celle du peuple, préparée à l'avance, lui sera soumise le jour même.

Quant à la dictature, nous n'en voulons pas d'autre que celle des vingt arrondissements de Paris, appuyée sur le peuple des quatre-vingt-six départements, et, en trois fois vingt-quatre heures, la liberté et la justice seront établies.

Le suffrage universel, comme il est réglé aujourd'hui pour la nomination des députés et des sénateurs qui s'intitulent nos maîtres, et qui une fois nommés sont les ennemis du peuple, n'est autre chose que l'étranglement de la conscience publique, le suicide de la souveraineté du peuple, l'apostasie de la Révolution. (1 est incapable de produire une idée. Pour rendre le suffrage universel intelligent, moral, démocratique, il faut, après avoir organisé la balance des services et assuré, par la libre discussion, l'indépendance du suffrage, faire voter les citoyens par catégories de fonctions conformément au principe de la force collective qui fait la base de la société et de l'Etat, Ce qui revient à ceci (comme nous l'avons déjà fait remarquer et qu'il est utile de préciser pour les 40,000 communes de France) : réunir les électeurs le 1" dimanche de chaque mois à leur section de vote, pour préparer le cahier de la commune et nommer des délégués à Tarrondissement. Ces délégués, réunis à ceux des autres communes de l'arrondissement, rédigeront le cahier de l'arrondissement, et nommeront parmi eux le député qui devra le présenter et le soutenir au Conseil fédéral.

Le plus grand acte de la Révolution de 1789 a été le décret de la Convention — 10 novembre 93 — instituant le culte de la Raison. De là est émané le sénatus-consuUe du 17 février 1810 qui, en réunissant l'Etat du Pape à

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'Empire, déchirait pour toute l'Europe le pacte de Ghiaremagne.

Le plus grand acte de la Révolution dans l'avenir, ce îsra la démonétisation de l'argent, dernière idole de i'Absolu.

Quand pourrons-nous arriver à l'égalité et à la justice? Quand les idées seront levées, les partis se lèveront d'eux-mêmes. L'Idée fait son chemin, le droit vengeur ne paraît pas près de s'éteindre au cœur des hommes.

l'éducation

La Révolution dit : Je n'admets ni ne rejette l'immortalité de l'âme, s'il est ou s'il n'est pas un Dieu. Elle n'affirme ni ne nie. Elle ne sait point. S'il est une survivance pour les âmes et les corps, elle n'en sait pas davantage. La mort n'est cependant pas le néant, car, je le répète, rien ne se fait de rien. Si le dogme de la survivance dépendait de cet axiome, de l'application de ce principe, il n'y aurait rien de mieux assuré.

Produire une idée, un livre, faire son chef-d'œuvre, servir son pays, produire une bonne action, réparer une injustice : tout cela c'est engendrer, c'est se reproduire dans la vie sociale, comme devenir père est se reproduire dans la vie organique; c'est se rendre participant de la Divinité. C'est là aussi l'immortalité. Heureux ceux qui meurent dans l'accolade du peuple ! Qui ne voudrait ainsi mourir? La vie humaine atteint sa plénitude: 1° par la famille ; 2° par la génération industrielle; 3" par la communion sociale de justice, par la participation à la vie collective et au progrès de l'humanité.

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