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LE DROIT AU TRAVAIL

Il en est de même de tous les capitaux. Ainsi, le capital peut être échangé, il ne peut être une source de revenu. Il faut, comme l'Evangile le demande, que l'usure disparaisse; non plus seulement comme précepte, mais

que cette signification soit inscrite dans la nouvelle déclaration des droits et dans le contrat social.

Le paysan qui afferme des terres, l'industriel qui loue des capitaux, n'ont pas la liberté de leurs actes : leurs ennemis sont le propriétaire et le capitaliste.

Jusqu'aujourd'hui, l'économie politique officielle sort quelquefois du niais, mais c'est pour tomber aussitôt dans l'absurde; elle pèse comme un épais brouillard sur la France.

Le droit d'aubaine est tellement inhérent à la propriété, que, là où il n'existe pas, la propriété est nulle, doit disparaître dans peu de temps, pour appartenir aux travailleurs.

L'aubaine reçoit différents noms, selon les choses qui la produisent : elle s'appelle fermage pour les terres, loyer pour les maisons, intérêt pour Targent, bénéfice, gain, profit, etc. Celte permission d'occuper la chose, le propriétaire peut l'octroyer pour rien. D'ordinaire il la vend; cette vente est un stellionat et une concussion ; par ce fait, le propriétaire moissonne et ne laboure pas, récolte et ne cultive pas, consomme et ne produit pas. Tout est mystérieux et surnaturel dans la collation du droit d'aubaine ». (Voilà ce que Proudhon appelait le vol; le pouvoir de produire sans travailler.) « Il faut tuer ce sphinx », dit-il. (Voilà pourquoi il avait d'abord conclu, en théorie, à la possession, pour remplacer la propriété.)

« Avant 1789, les seigneurs, qui possédaient la terre, jouissaient de la dime, main-morte, corvées. Ils n'étaient rien de plus que des propriétaires. Conserver la propriété avec la rente, c'est condamner la Révolution.

Actuellement, on jeûne pour payer l'intérêt qui prend tous les bénéfices.

Un exemple, pour montrer la puissance de l'intérêt : 100 francs à intérêts composés, remboursables à la 24^ génération, au bout de 600 ans, à 5 pour 100, s'élèveraient à la somme de 107 trillions, 854 milliards, 10 millions, 777 mille, 600 francs ; c'est-à-dire plus de vingt

fois ce que vaut le globe terrestre : terres, meubles et

immeubles.

On jeûae pour payer les intérêts et les fermages; s'il

arrive une mauvaise année, on meurt à la peine, et si les

terres produisaient plus, les propriétaires augmenteraient

leurs baux.

Le propriétaire reste étranger à la production; mais,

comme le vautour, il guette, prêt à fondre sur elle et à la

dévorer.

La propriété, après avoir dépouillé le travailleur par

l'intérêt et le fermage, le tue par l'exténuation. Il faut

que le paysan travaille double pour payer un fermage

que, devant Dieu, il ne doit pas.

Pour assouvir la propriété, il faut que le travailleur

produise au delà de ses besoins et au delà de ses forces.

Alors aussi, arrivent les machines, qui tuent les travailleurs par milliers.

Pour que le producteur vive, il faut que son salaire puisse racheter son produit. En France, par exemple, 30 millions de travailleurs produisent 10 à 12 milliards; mais, à cause du droit d'aubaine, primes, intérêts, potsde-vin, fermage, loyer, les produits sont estimés par les propriétaires à 15 ou 20 milliards; l'ouvrier ne peut donc racheter.

Si ce calcul est faux, je prends l'engagement de me rétracter; qu'on me le prouve. Mais, comme tous les salaires ne se trouvent pas dans les mêmes mains, la répercussion se fait de haut en bas, et la dernière classe est littéralement mise à nu et mangée par les autres. Le peuple des travailleurs ne peut racheter les étoffes qu'il produit, ni le blé qu'il sème, ni le vin qu'il fait croître; il ne peut habiter la maison qu'il bâtit. Tout chef de manufacture qui fait travailler 1,000 ouvriers, et qui gagne un sou par jour sur chaque homme, est un homme qui prépare la détresse de 1,000 ouvriers. Et quand l'atelier chôme, l'intérêt du capital court. Autrefois, la noblesse et le clergé possédaient les 3/4 de la

France; aujourd'hui, c'est la finance : où est la différence?

D'un autre côté, le budget augmente tous les ans, cela ne peut être autrement; cela est inévitable pour payer les nouveaux emprunts et les nouvelles sinécures.

En introduisant dans la République le principe de la propriété à intérêt, à loyer, à fermage, on a décrété l'impossible. A quel taux le peuple aura-t-il le droit de refuser riutérêt et le budget? Quand n'est-il plus permis de voler? Si le Gode a pour principe une hypothèse absurde, la société actuelle est une utopie. Avec la propriété à intérêt, c'est le droit de la force : le manufacturier est le maître de l'ouvrier, le propriétaire est le maître du locataire.

Nous avons prouvé le droit du pauvre, l'usurpation du riche. Je demande justice. Mais il ne suffit pas de demander la justice : il faut l'organiser, il faut surtout rétablir sans déchirements.

Ce n'est pas au prolétaire à concilier les contradictions du code. Le mal connu doit être condamné et détruit. On ne temporise pas avec la restitution. — Justice — justice — reconnaissance du droit — réhabilitation du prolétaire l après cela, juges et consuls, vous aviserez à la police et vous pourvoirez au gouvernement de la République.

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