‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 83 sur 170 · MOBILISATION · texte numérisé non relu

MOBILISATION

La propriété est abusive au point de vue économique, parce qu'elle est un objet d'accaparement, qu'elle peut priver bien des familles de bien légitime, et aussi parce qu'elle se morcelle, ce qui cause à l'agriculture un pré-

judice grave. Un autre abus plus grand que le précédent: la propriété a trouvé moyen de séparer dans l'exploitation agricole le produit net du produit brut. Cette séparation a amené le divorce de l'homme et de la terre, et fait de celle-ci un objet d'agiolage. C'est sans doute une bonne chose que la rente pour celui qui la consomme et qui ne prend aucune part au labeur agricole; mais le pays s'en trouve fort mal. La Révolution avait supprimé les privilèges féodaux; mais qu'est-ce donc que le fermage?

Le système des propriétés pour la rente a découronné les montagnes; il a rendu l'agriculture odieuse au paysan, fermier ou petit propriétaire endetté; plus odieuse encore la patrie: il pousse à la dépopulation. On ne tient plus au sol comme autrefois parce qu'on l'habite, parce qu'on le cultive, qu'on vit de sa substance, qu'on l'a reçu de sa peine, qu'on le transmettra de génération en génération dans sa race. On tient au sol comme on tient à un outil, à cause du revenu. Quant à cet amour du sol que donne seule la vie rustique, il est éteint. L'homme n'aime plus la terre: propriétaire, il la vend, il la loue, il en trafique ; cultivateur, il la tourmente, il l'épuisé, il ne s'y unit jamais. L'Italie fut belle, riche, populeuse et salubre tant qu'elle fut cultivée par ses propriétaires ; elle devint déserte, pestilentielle, quand le maître alla consommer à Rome ses immenses revenus. Et les mœurs tombèrent avec la culture; mais la loi est ainsi faite, elle le permet. Voilà un des plus grands abus de la propriété. Eh bien, prenons-la avec ses abus, et laissons-la divisée, morcelée, la division poussée aussi loin que le voudra le propriétaire; mais il faut que la propriété circule avec l'homme comme une marchandise, comme une monnaie. Aussitôt tout changera par la vertu magique de ce seul mot : la propriété. C'est ainsi que notre espèce s'est élevée de l'indivision terrienne à la haute civilisation de la propriété. On ne peut rebrousser chemin. Qu'on se figure ce qui arriverait si tout à coup la propriété abolie,

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la terre partagée à nouveau, défense était faite à tous possesseurs fonciers de vendre, échanger, aliéner leur lot ; si le sol était de nouveau et pour tout de bon immobilisé. N*est-il pas vrai que celui qui n'aurait plus la propriété, mais l'usufruit seulement, bien que travaillant pour lui seul et ne payant plus de rente, se croirait comme autrefois attaché à la glèbe? L'existence de la propriété n'a pas été faite par une assemblée délibérante, elle est le produit de la spontanéité sociale et qui s'aftirme dans les individus et dans les masses.

La propriété et le propriétaire doivent être absolument libres; c'est pourquoi le citoyen, en tant qu'il travaille, produit, possède, n'est pas un fonctionnaire de l'Etat; il ne dépend de personne, fait ce qu'il veut, dispose de tout selon qu'il lui plaira. Et c'est dans le pays où règne cette autonomie individuelle, cet absolutisme propriétaire, qu'il y a le plus de richesses et de vertu. Il peut emprunter même, mais l'Etat interviendra pour empêcher l'usure et faire concurrence en procurant l'argent à meilleur marché, et avant tout, une liquidation générale des dettes produites par l'usure, devra être faite au moyen de l'in- | térêt qui viendra en déduction du capital.

Le moins de lois possible : tel est le principe qui régit la propriété.

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