ÉQUILIBRE DE LA PROPRIÉTÉ — SYSTÈME DES GARANTIES
On se demande si, en définitive, la léthargie communiste ou le purgatoire féodal ne valent pas mieux que l'enfer de la propriété.
De 1839 à 1858, j'ai prouvé que la propriété ne peut trouver sa raison justificative dans aucun principe juridique et économique. J'ajoute maintenant — en 1862 — que si Ton étudie dans ses conséquences politiques, économiques et morales, la puissance essentiellement abusive de la propriété, on démêle, dans ce faisceau d'abus,
une fonctionnalité énergique, civilisatrice, aussi favorable au droit qu'à la liberté.
La Révolution française vulgarise la propriété, niais soixante-dix ans après, elle est déshonorée par l'égoïsme et le plus scandaleux agiotage, minée par la bancocratie. Les Français de 1789, 1830, 1848, n'étaient-ils donc pas mûrs pour la propriété ? Pouvons-nous purger l'abus propriétaire et rendre l'institution sans reproche?
Là est toute la question. L'antiquité et le moyen âge ont échoué. Il appartient à notre époque de la résoudre.
La propriété est absolue, elle contrôle l'Etat. Là où manque la propriété, où elle est remplacée par la possession ou l'usufruit slave et le fief, il y a despotisme dans le gouvernement. Si la propriété, à cause de ses abus, disparaît, c'est que la France aura perdu, avec le sentiment de la propriété, le sens du droit. Mais la propriété est indestructible. Une propriété de douze mille francs suffit à la subsistance d'une famille : l'avenir des travailleurs et de la patrie est là. Avec l'organisation du crédit et de l'échange, l'économie, l'impôt réduit au vingtième du revenu, l'instruction et les services à bon marché, le nivellement se fera aussi bien, et mieux qu'avec le partage et l'impôt progressif.