‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 85 sur 170 · CRITIQUE EN 1840— THÉORIE EN · texte numérisé non relu

CRITIQUE EN 1840— THÉORIE EN

La propriété, si on la saisit à l'origine, est un principe vicieux en soi et antisocial, mais destiné à devenir, par sa généralisation même et par le concours d'autres institu-

lions, le pivot et le grand ressort de tout le système social.

La possession ne peut être le contrepoids de l'Etat, tandis que la propriété est libérale, fédéralive, décentralisatrice, républicaine, égalitaire , progressiste, justicière.

Voilà sur quoi le lecteur doit se prononcer. Est-il vrai que l'Etat, après s'être constitué sur le principe de la séparation des pouvoirs, requiert un contrepoids qui l'empêche d'osciller et de devenir hostile à la liberté ; que ce contrepoids ne peut se rencontrer ni dans l'exploitation en commun du sol, ni dans la possession conditionnelle restreinte, puisque ce serait placer le contrepoids dans la puissance même qu'il s'agit de balancer, ce qui est absurde? — Est-il vrai, en conséquence, que parla fonction essentiellement politique qui lui est dévolue, la propriété, précisément parce que son absolutisme doit s'opposer à celui de l'Etat, se pose dans le système social comme libérale, fédérative, décentralisatrice, républicaine, égalitaire, progressiste, justicière? Est-il vrai que ces attributs, dont aucun ne se trouve dans le principe de propriété, lui viennent au fur et à mesure de sa généralisation ; c'est-àdire à mesure qu'un plus grand nombre de citoyens arrivent à la propriété; et que pour assurer celte généralisation, pour en assurer ensuite le nivellement, il suffit d'organiser, autour de la propriété et pour son service, un certain nombre d'institutions, de services négligés jusqu'à ce jour, abandonnés au monopole et à l'anarchie? La destination politique et sociale de la propriété reconnue, je pose cette nouvelle question : Est-il vrai que celte propriété, maintenant sans reproche, est pourtant la même, quant à sa nature, que celle dont la critique a été faite dans : la Propriété, c'est le Vol, et qui a si vivement surpris Topinion ; — que rien n'a été modifié, ajouté, retranché, adouci dans la notion première; que si la propriété s'est humanisée, si de scélérate elle est devenue sainte, ce n'est pas que nous en ayons changé l'essence, que nous

avons au contraire religieusement conservée, c'est tout simplement que nous en avons agrandi le but et généralisé l'essor? C'est en prodiguant à la propriété la lumière, la vérité qui est la rosée, que nous tirerons de ses germes de péché des fruits de vertu. Nous avons dû condamner la possession conditionnelle, restreinte, viagère, comme une forme de civilisation inférieure propre seulement à consolider sur des apparences d'équité le despotisme et la servitude.

Après cela, je demande pourquoi opposition m'est constamment faite? Pourquoi? C'est que je prêche le droit, rien que le droit, et que quatre-vingt dix-neuf hommes sur cent veulent plus ou moins que le droit.

Sur cent individus, il y a quatre-vingt-dix douteux, sept passables qui ne font jamais tort de leur propre mouvement à personne, mais qui ne sacrifieront pas une obole pour la vérité ; et trois hommes de vraie vertu et probité.

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