‹ Abrégé des œuvres de ProudhonChapitre 86 sur 170 · RÉSUMÉ · texte numérisé non relu

RÉSUMÉ

Les Germains avant l'invasion n'ont connu que la possession, ainsi que les Barbares au moyen âge; c'est le principe de toute la race slave, appliqué en ce moment par l'empereur Alexandre à soixante millions de paysans. Cela vaut mieux que notre propriété anarchique avec ses abus. Mais la souveraineté de l'homme n'est pas entièrement satisfaite ; la liberté, la mobilité pas assez grande. La propriété allodiale partageable, engageable, aliénable est le domaine absolu du détenteur sur la chose, le droit d'user et d'abuser; c'est d'abord la loi quiritaire. Elle est romaine, elle n'est nettement articulée qu'en Italie. L'homme ici est le contremaître du globe. Là où le domaine appartient à la collectivité, commune, Etat, prince ou empereur, il n'y a que féodalité, vassalité, hiérarchie et subordination; pas de liberté par conséquent ni d'autonomie.

C'est pour rompre le faisceau de la souveraineté coUec-

tive si exorbitante, si redoutable, qu'on a érigé contre lui le domaine de la propriété, véritable insigne de la souveraineté des citoyens; l'Etat et la cité, la commune ne gardant que les parties indivisibles et communes sans distinction : cours d'eau, lacs, étangs, routes, places publiques, forêts, déserts, et tout ce qui ne peut pas être approprié.

L'alleu est la base de la république. Ses conséquences sont : 1° l'administration de la commune par les propriétaires, fermiers, ouvriers, réunis en conseil; partant, l'indépendance communale et la disposition de ses propriétés ;

2° L'administration de la province par les provinciaux, d'où la décentralisation et le germe de la fédération, tandis que le communisme slave se constitue en autocratie.

L'Angletere à aucun prix ne veut de la propriété allodiale. Elle jette à ses ouvriers le monde en pâture pour remplacer la propriété ; l'Angleterre n'a que le fief.

Au moyen âge, l'alleu retombe dans le fief. La propriété et la liberté, éclipsées pour plus de mille ans, reparaissent avec la Révolution française. La Révolution, en vendant les biens de l'Eglise et ceux des émigrés, au lieu de les partager au peuple, a créé une nouvelle classe de propriétaires; elle a cru les intéresser à la liberté; point du tout, elle les a intéressés à ce que les émigrés et les Bourbons ne revinssent pas, voilà tout. Pour cela, les bénéficiaires se sont donné un maître : Napoléon.

La propriété créée par la Révolution ne se comprend pas elle-même comme institution pour le gouvernement libre, faisant équilibre à l'Etat, garantie de la liberté, de la bonne administration ; elle se considère par effet de l'habitude, comme privilège, jouissance , aristocratie nouvelle, comme l'ancienne, alliée au pouvoir par le partage des emplois, par conséquent des impôts, et intéressée de la sorte à l'exploitation des masses. Elle n'a songé qu'à sa proie. La propriété se donna au pouvoir, elle n'avait rien de démocratique; le marché fut bientôt conclu. La bour-

geoisie, par ses députés, conservait l'impôt dont les neuf dixièmes lui revenaient par les emplois. Elle a érigé la corruption en système et déshonoré la propriété par l'agiotage. Elle a voulu joindre les bénéfices de la banque à ceux de la rente ; elle a préféré les traitements de l'Etat, les gains du trafic et de la bourse à la production terrienne, obtenue soit par le travail, soit par une bonne administration. Elle a laissé prendre la prépondérance à la manufacture et au commerce, elle est alliée aux grandes compagnies.

Nous repoussons le gouvernementalisme et le communisme sous toutes ses formes; nous voulons la définition des fonctions officielles et des fonctions individuelles, des services publics et des services libres.

La propriété transformée, humanisée, purifiée du droit d'aubaine ne sera plus sans doute l'antique domaine quiritaire, mais elle ne sera pas davantage la possession octroyée, précaire, provisoire, grevée de redevances, tributaire et subordonnée.

Le Christ a prêché le détachement, la modestie, la simplicité d'âme : arrière le vieux patricien impitoyable et avare ; arrière le baron insolent, le bourgeois cupide I Si jamais je me trouve propriétaire, je ferai en sorte que Dieu et les hommes, les pauvres surtout, mêle pardonnent. »

« P.J-. PROUDHON

Voilà terminée la revue très abrégée des Mémoires de Proudhon sur la propriété; je reconnais qu'elle ne donne qu'une bien faible idée du travail si concluant du grand philosophe sur cette vaste question de la propriété. Je le regrette, mais j'ai fait ce qui m'était possible dans ce cadre restreint ; donc j'ai fait mon devoir, et je désire que d'autres reprennent cette idée de la vulgarisation des œuvres de Proudhon, afin qu'il ne soit rien perdu de la logique de ce grand génie, ami du peuple.

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