SU
Suite des considérations sur la crainte de la mort.
Voici encore comment saint François de Sales en parle dans un de ses sermons: « Faut-il craiu-
* are la mon on non T II y a en quelques philo-
* pbes anciens , qui ont dit qu'il ne fallait pas la » craindre , et que ceux qui la craignaient man- » quaient de courage. Mais les Pères de l'Eglise » n'ont pas approuvé ce langage ; car, quoique les » chrétiens ne doivent pas trop craindre la mort , » parce qu'ils doivent toujours être disposés & bien » mourir , néanmoins ils ne doivent pas pour cela
h k VERITABLE ESrRTT
» . être exempts de toute crainte ; car qui est-ce qui » peut savoir s'il est eo l'état où il doit être pour » bien mourir ; puisque , pour bien mourir , il faut » être eo grâce , c'est-à-dire Avoir la charité 9 , et » que personne ne peut savoir A sans une particu- » lière révélation de Dieu , s'il a Ja charité ?
* Or , pour vous faire comprendre comment il » faut craindre la mort , je me servirai d'une sijni- » litude. Si ceux qui veulent passer une rivière sur » quelque planche, se servent de certaines lunettes » qui sont à deux usages, agrandissant les choses » petites , et rappetissant les grandes , ils se met- » tent également en danger de se précipiter dans » l'eau et de se noyer , de quelque côté qu'ils les » tournent ; car s'ils regardent par la côté qui fait » les choses plus grandes qu'elles ne sont , la lu- » nette leur représentera la planche beaucoup plus » large qu'elle n'est , tellement que , pensant met- » tre le pied sur elle, ils rencontreront le vide qui » leur fera faire un faux pas , de sorte qu'ils se- » ront en danger de tomber dans l'eau et de se » noyer. Mais si au contraire ils se servent du » côté de la lunette qui fait les choses plus petites
qu'elles ne sont, ils trouveront la planche si » étroite, qu'ils n'oseront jamais entreprendre de
passer ; ou, s'ils y passent , ils seront saisis d'une
si grande frayeur, qu'elle suffira pour les faire
tomber dans l'eau. Ainsi l'une et l'autre de ces
extrémités est très-dangereuse»
» Il y a des personnes qui ont une crainte exces-
sive de la mort , et d'autres qui ne la craignent pas assez. Or les extrémités , dé quelque côté qu'on les prenne, sont toujours dangereuses et périlleuses , spécialement en ceci , parce que ceux qui se laissent aller à une grande crainte de la mort, sont en danger de tomber dans le désespoir; et ceux qui ne la craignent pas se laissent facilement entraîner au péché. C'est pourquoi , disent les anciens Pères , pour éviter les inconvénients qui se trouvent en ces deux extrémités , il faut craindre la mort sans excès, nous confiant humblement dans la bonté et dans les mérites de notre divin Sauveur.
• Néanmoins , direz-vous , il y a eu plusieurs saints qui n'ont point craint la mort, qui, au contraire , l'ont souhaitée et demandée à Dieu , et qui se sent réjouis quand ils l'ont vue approcher.. Je réponds qu'à la vérité il y a eu des saints quf ont désiré la mort , mais cela n'empêche pas qu'ils ne la redoutassent» Ne voyons-nous pas que souvent Von désire ce que l'on craint , et l'on demande ce qu'on n'aime point? Qui est îe malade qui ne craigne et ne redoute le rasoir, quand 9 faut que le chirurgien s'en serve pour lui couper quelque membre corrompu , dte peur qu'il n'infecte et ne gâte les autres? Mais , quoique le malade craigne le rasoir , il ne laisse pas de le désirer et même de le demander, crainte que , si on ne coupe pas le membre corrompu, la gangrène ne s'y mette. Ainsi, quoiqu'il y art eu des saint*
• qui ont désiré et demandé la mort , il ne faut » pourtant pas penser qu'ils n'en eussent point de » crainte ; car il n'y a personne» quelque saint qu'il » soit , qui n'ait sujet de la craindre , si ce n'est » ceux qui ont eu une assurance toute particulière » de leur salut par une révélation très-spéciale , et » cela est fort rare.
» L'on voit souvent des personnes qui demandent » la mort à notre Seigneur pour être délivrées des » misères de cette vie. Mais savez-vous bien , leur peut-on dire , si étant délivrées des misères de cette vie , vous arriverez au repos de l'autre ? En avez-vous autant d'assurance que le grand saint Paul ? Et ce désir que vous avez de mourir , procède -t- il de l'amour que vous portez à notre Seigneur ? Ne vient-il pas dé ce que vous manquez de patience à supporter les afflictions qu'il vous envoie ? si cela est , ce n'est pas une bonne disposition pour aller jouir de la félicité et du repos éternel. Toutefois, quand même vous seriez, assurés d'aller au paradis, il ne faudrait néanmoins demander la mort , ni la désirer , que sons la condition que ce fût la volonté de Dieu. Au reste, le mieux est de ne la point demander • comme aussi de ne la point refuser quand elle arrivera ; car c'est dans la pratique de ne rien demander et de ne rien refuser , que consiste l'abrégé de la perfection chrétienne.
» Les paroles que Dieu dit à nos premiers parents au paradis terrestre , nous montrent bien que la
» mort est naturellement redoutée de l'homme ;
» car, quand il commanda à Adam de ne point man-
» ger du fruit de l'arbre de la science du bien et du
» mal , il lui <iit : Je suis le Seigneur ton Dieu » je
» te fais un commandement gui e$t de ne point
» manger du fruit de i' arbre de la science du bien
» et du mal s et je te déclare que si tu en manges ,
» tu mourras. Il a montré par ces paroles que la
» mort était le châtiment le plus rude et le plus
» contraire de tous à la nature de l'homme.
a Et que la prudence humaine des mondains ne
» dise pas qu'il faut ebasser le souvenir de la mort
» pour vivre joyeusement, et que ce souvenir est
» plein de frayeur et n'apporte que de la tristesse ;
a» car eette crainte n'est point mauvaise, mais bonne
et utile , et nous devons nous en servir quelque-
» fois pour épouvanter notre âme, afin de la retirer
» du péché , et de lui firirç opérer le bien , pourvu
» néanmoins que, comme nous avons dit , nous
» ne craignions pas la mort d'une crainte excès-
* sive,
» Marchons donc avec confiance sous l'étendard
* de la providence de Dieu , sans noqs laisser aller » àr des craintes qui puissent nous troubler ; car si » nous pensions à la mort avec inquiétude , cette » pensée nous serait plu» dommageable que profi- » table. Pensons-y avec pai? et tranquillité d'esprit, » nous reposant sur la providence divine , sans » nous mettre en peine de savoir quand nous mour- » /pus y ou en quel lieu > si ce sera d'accident ou
&S VÉRITABLE £6PâIT
» non* subitement ou d'une maladie longue , eisi
» nous serons assistés ou non. Confions-nous en la
» bonté de Dieu ; ne voyons-nous pas qu'il a soin
» des oiseaux du ciel , et que pas une de leurs plu-
» mes ne tombe sans sa volonté ? Il sait le nom-
» bre des cheveux de notre tête, et aucun ne tombe
» sans. sa permission. Je veux, devons-nous dire ,
» être tout à Dieu, non-seulement par devoir,
• mais encore par affection, et pourvu quejîac-
» complisse sa très-sainte volonté , qu'ai-je autre
» chose à faire que de m'abandonner aux effets
» d'une si bonne providence, plein de confiance
» qu'elle aura soin de moi en la vie et à la mort?
» Il faut donc craindre la mort, mais. sans anxiété ,
» ni inquiétude ; il faut avoir une crainte tranquille
» et pleine de confiance en Dieu , qui nous aide à
» nous préparer et nous disposer à bien mourir.
» Saint Augustin dit que, pour bien mourir , il
» faut bien vivre * et que telle qu'aura été notre vie,
» .telle sera notre mort Ces paroles sont communes
» et triviales , mais elles contiennent une grande
» instruction. Vivez bien et vous ne craindrez point
» la mort, ou, si vous la craignez, ce sera d'une
» crainte douce et tranquille , appuyée sur les mé-
» rites de la passion de notre Seigneur , sans ta-
» quelle certes la mort serait effroyable et redouta-
» ble à tous les hommes.
» Il faut donc craindre la mort d'une crainte
» tranquille et pleine d'espérance, puisque Dieu
» nous a laissé tant de moyens pour bien mourir,
DE S, VftlNÇOIS DE SALES. 69
» «t particulièrement celai de la contrition, qui est
» si général et si efficace pour effacer toute sorte
» de péchés, et encore celai des sacrements par
» lesquels notfs sommes remis en grâce et lavés de
» la coulpe du péché; car les sacrements sont
» comme des canaux par lesquels les mérites de la
» passion de notre Sauveur découlent en nos âmes. » Puis donc que notre Seigneur nous a donné
» tant de moyens de nous sauver , et qu'il désire
» plus notre salut que sous-mêmes, que nous
» reste-t-il à faire sinon de nous abandonner à la
» conduite de sa divine providence, ne deman-
» dam rien et ne refusant rien ? Oh 1 qu'heureux
» sont ceux qui vivent en cette sainte indifférence ,
» et qui, attendant ce que Dieu ordonnera* d'eux ,
• se préparent à bien mourir par une bonne vie ! »
ARTICLE SECOND
Préparation à la mort.
Voici en quels termes saint François de Sales recommande la préparation à lai mort :
« Lés saints se sont préparés à la mort par une » bonne vie; et même ily en a qui Ont pris pour
• pratique particulière de choisir quelque temps » de Tannée pour s'appliquer spécialement à la » considération de la mort , les uns tous les mois, » d'autres toutes les semaines, et quelques-uns » même tous les jours , prenant, une certaine » heure du matin ofrdnrtir pour y penser, et par
£0 TÉRITABLE EflTBlt
» ce fréquent souvfeoïr de br morviU se prépa- » raient k bien mourir
•» Cette pensée de in mort est très-utile, et nous »; démons lavoir toutes les foi* que nous nous ■» mettons au Ut , aOus représentant que Ton Mus » placera un jour dans le tombeau ,• et considérant » que le sommeil est l'image de la mort. Ah!
» dév rioosHwus dire en conséquence de cette con- » sidération : il est certain que je mourrai et que » je serai un, jour étendu dans le tombeau où je
* serai couvert de terre et réduit en cendres ; et » moi qui me couche ce soir dans ce lit » je ne sais
* fus si demain je me lèverai , et si cette Mit ne » sera point la dernière de ma vie»
. » Oh ( qu'il nous serait utile et profitable de » prendre tous les jours quelque heure pour nous » occuper à de telles pensées , afin de nous prépa- » rer à bien mourir > puisqu'il n'y a rien qui nous 9 importe tant que de bien franchir ce passage , » et que notre bonheur ou notre malheur éternel » en dépend 1 Certes te meilleur moyen que nous » puissions prendre pour assurer notre saint est de » nous tenir toujours dans la même disposition où v nous voudrions être à l'heure de notre mort , tl- » dt&nt Remployer chaque moment , • comme si > tous aKons sortir de cette vie.
. » Oh! qu'heureux serions~oe«s , si, désoccupés
* 4e toute autre affaire , non* pensions sérieuse- » ment à préparer M coaqpte* de notre cooscieo- » ce , afin d'être frfem iis p isi s àits rendre k Dieu
dans le jour que m providence naos a assigné ! Carte mort a des pieds de colon , c'est-à-dire qu'elle fient si doucement , q»*o* ne s'en «perçoit points et ain^i elle nons surprend. C'est pourquoi Notre~Seigneur, en plusieurs endroits de fEvangile, noua avertit de veiller et dé nons tenir sor nos: gardes , afin que , quand elle viendra , elle nous. «trouve préparés. Pensons don* sonvent à la mort, niais que ce ne soit pas avec une crainte démesurée $ envisageons-la avec un ceeur paisible et tranquille , et tenons-nous toujours dans le même état où nous voulons être trouvés à l'heure de notre mort, car c'est le vrai moyen de nojBs préparer; à> bien mourir; soyons assurés que si nous te faisons soigneusement , nons parviendrons à l'éternité bienheureuse^ et qu'en quittant ces jours mortels eti périssables , nons arriverons aui éternels , pour y louer et bénir sans cesse la divine majesté* Ainen. »
ARTICLE TROISIÈME
De U UteillMte dtspo«Uion pour total mourir.
L'évêquede Bolley demanda un jgttr a, wint François de Sales qnelteétai tînmes ore di*po*itioA pour bien mourir* U M répondit que c'était famopr de Dieu. I/éeéquedn: BeMey répliqua qu'iJ savait dé}* cela ; ma» qtffc désirait savoir quelles étaient» dans une âme qu règne l'amour de Itan, le» vertn* q*'U était in phm convenable d'exercer dans ces derniers
moments. Le saint évoque de Genêt e lui répandit : « Le lit d'une bonne mort doit avoir pour matelas » l'amour de Dieu ; mais il est bon d'avoir la tête » appuyée sur deui oreillers, qui sont l'humilité » et la confiance en la miséricorde divine. »
Le premier de ces oreiHers , qui est l'humilité , nous fait connaître notre misère , et nous inspire une frayeur salutaire ; mais cette humilité est en même temps courageuse et généreuse, en sorte qu'en nous abattant, elle nous relève par la foi au Tout-puissant, et fait que nous nous appuyons sur lui seul.
Ainsi ce premier oreiller nous conduit à l'autre, qui est celui de la confiance en Dieu. Or quelle est cette confiance , Binon une espérance fortifiée par la considération delà bonté infinie de notre Père céleste, qui désire plus notre bien , que nous ne le désirons nous-mêmes. O mon Dieu , foi espéré en vous , je ne serai jamais confondu.
ARTICLE QUATRIÈME
Récit d'une heureuse mort.
Une dame d'une grande naissance avait , par sa légèreté jointe à sa jeunesse et à sa beauté , donné lieu à une foule de jugements désavantageux, peutêtre vrais , peut-être faux. Quelques personnes dévotes essayèrent de la retirer des vanités du siècle, dans lesquelles elle était plongée ; elles profitèrent de ce que saint François de Sales était venu prêcher
Ofe 8. ftANÇOtS DE SALES. 55
dan» la ville où celte dame démentait ; elles l'engagèrent à assister à se* sermons ; elle le til, çtfetti touchée des vérités prëehéea pv l'homme de Dm $ qu'elle demanda à loi parier. La conversation du Saint , toute pleine d'un miel céleste , la charma. Vivement émue , elle lui fit sa confession générale, tl lui conseilla de renoncer sans éclat à ses anciennes habitudes et d'ôter sans bruit tout sujet de critique sur sa conduite. Elle suivit aes conseils 5 et elle marchait dans les routes que son pieu* directeur lui avait tracées « lorsque le Seigneur lui envoya une violente maladie qui la défigura tellement , que Pop pouvait dire d'elle : Bst-c* là cette UUe Noèmi? Dams quel iUU $e troiwe~t>-elte riduUe ?
En eiat elle était si changée , qu'elle n'était plus reconnaiesaMe* Elle demanda son jnfcroir pour juger par elle-même de #état oà la maladie l'avait réduite, et elle fatal frappée de se voir toute déligarée, qu'elle protesta que jamais te monde ne lui serait plus rien. Ses parante et ses amis écrivirent k notre Saint , qai était retourné à Annecy ; ils lui recoinmandatent ta pénitente, et l'ajrerttrent qu'elle était dangereusement malade.
Il fat sensHdement touché de cette nouvelle ; car il était d'un emur fort tendre et fort porté à Je coœpaisioo. Il demanda * Bien pour cette personne, de trois choses l'une, on qn'edle peidtt {*ur jamai* par cette maladie toute aa beauté , on qu'elle restât toajoars infirme , ou que Dieu rappelât dans ce temps où elle était bien disposée»
Cette daine mourut effectivement, mais avec une résignation qui n'étonna pas moins qu'elle édifia tons les assistants. Quand la nouvelle de cette pieuse mort fat arrivée à la connaissance du saint évoque, il s'écria : « Oh ! quelle miséricorde de Dieu sur » cette âme !»
ARTICLE CINQUIÈME
De la mort dans le Seigneur.
On demandait un jour à saint François de Sala» l'explication de cette parole de l'Apocalypse : Heureux ceux qui meurent dans le Seigneur. .
L'homme de Dieu répondit que mourir dans le Seigneur c'était mourir en la grâce de Dieu , parce que Dieu et sa grâce sont deux, choses aussi unies que le soleil et un de ses rayons.
On continua de lui démander si mourir dans le Seigneur était; mourir dans la grâce habituelle seulement, on dans l'exercice de la charité, c'est-àdire dans la coopération à de la grâce actuelle.
Il répondit que , pour être sauvé , il suffisait de mourir dans la grâce habituelle , puisque ceux qui mouraient en état de grâce , quoiqu'ils n'eussent fait aucun acte de vertu , tels que sont les enfants qui meurent après le baptême, reçoivent le paradis par droit d'héritage, parce que la charité habituelle les rend enfants de Dieu par adoption. Hais ceux qui meurent après avoir fait des actes de vertu, possèdent le ciel à double titre, à titre d'héritage et à
titre de récompense. Ce dernier titre fait que leur gloire surpasse celle des autres , parce qu'outre la gloire possédée par héritage , ils en auront une autre dont le degré sera proportionné au mérite de leurs oeuvres. C'est pourquoi il est écrit : Leurs œuvres les suivent , parce que la couronne de justice est promise par le juste juge à ceux qui auront légitimement combattu jusqu'à la fin de leur course.
On lui fit une nouvelle question , savoir quelles étaient les vertus dont il était important de produire des actes à l'heure de la mort. Il répondit que c'étaient les vertus de foi et d'espérance vives , c'est-àdire animées par la charité , et celles de contrition, de résignation et de conformité à la volonté de Dieu.
Il ajouta un mot qui doit toujours rester profondément gravé dans notre esprit, savoir, que, quoique Dieu soit tout-puissant^ néanmoins il n'est pas dans sa puissance de perdre éternellement une âme dont la volonté , à la sortie de son corps , se trouve soumise et unie à la sienne ; car Dieu ne peut pas manquer à ses promesses ; or il a promis la gloire éternelle à ceux qui sont fcoumis à ses volontés ; donc il tiendra certainement sa parole. D'ailleurs il lui est impossible d'envoyer en enfer une âme entièrement soumise à sa volonté , puisque les peines de l'enfer ne sont destinées que pour les âmes rebelles à sa lumière et à son amour.
Il disait aussi quelquefois que Dieu ne sauvera jamais une âme dont la volonté serait, à l'heure de
T>6 TE1ITASLE ESMUÎ
la mort , rebelle à la sienne , perce que l'arbre démettra» ai il tombera , Tirne sera pour toujours en l'état oè elfe ae trouvera à la dernière période de sa fia; et de même qu'un éhi ne pourra jousaift, dans le ciel, détacher aa volonté de celle do Dieu, de mène aussi un réprouvé ne pourra jamais» daai l'enfer, vouloir ce qae Dieu vent
MtTICUÏ SIXIÈME.
Exemple fou tafat dtfilr de la mort*
Saint François de Sales, disant la visite de soi diocèse, vint dans on vWago du Faucigny, oè os loi dit qu'on des bons paysans et des pins riches qui fussent en ce lien , était fort malade , et qu'il désirait recevoir sa bénédiction. Le saint évêque alla aussitôt le voir , et trouva qu'il était à la dernière extrémité, mats qu'il avait conservé un jugement fort sain. Cet homme futravi de le voir, et lui dit :
« Monseigneur , je bénis Dieu de ce qu'il me procure le bonheur deveeevoir vptre bénédiction clans cette maladie. Vooles-rous avoir lâchante de me confesser f» Le saint fit retirer tout le monde, et entendit la confession du mourant , après laquelle celui-ci lui dit : « Monseigneur, est-ce que je mourrai?»
Notre saint crut qu'il était effrayé par la penser d'une mort prochaine, et, pour le rassurer un peu, il lui répondit qu'il en avait vu revenir de plus bas ,
DE S. FRANÇOIS DE SALES. bl
et qu'il fallait mettre toute sa confiance en Dieu qui était le maître de notre vie et de notre mort, et qui avait fiié le nombre de nos jours.
« Mais, Monseigneur 9 reprit le bon paysan , croyez-vous que je mourrai ? »
« Mon fik, lui dit le saint, un médecin répon- » drait à cela mieux que moi ; ce que je puis vous » dire» c'est que je vois votre âme en bon état, et » que peut-être dans un autre temps vous ne seriez » pas si bien disposé. Ce que vous pouvez faire 4e » mieux, est de ne pas vous inquiéter, et de vous » abandonner totalement à la providence et à la » miséricorde divine» afin que Dieu fasse de vous » selon son bon plaisir. »
« O Monseigneur , reprit le malade , ce n'est point par le désir de vivre que je vous demande cela* mais par la crainte de ne pas mourir, car je souhaite beaucoup ne pas guérir de cette maladie. »
Le saint pensa alors que cet homme avait peutêtre éprouvé de grands chagrins qui l'avaient jeté dans une profonde mélancolie ; et il lui demanda s'il avait des peines et de violentes afflictions. « — Non? reprit-il, je suis parvenu à ma soixante-neuvième année , ayant toujours joui d'une bonne santé jusqu'à cette maladie. J'ai assez de biens pour vivre à mon aise en travaillant. J'ai une femme et des enfants qui ne m'ont jamais donné que du contentement* »
« Mais, lui dit alors le Saint, d'où vous vient • donc ce dégoût de la vie? * C'est , Monseigneur,
58 VÉ1ITAJLE ESTAIT
lui répliqe*~t-tl , qu'en comparaison; de» joies du paradis , ce monde n'est qu'on cachot et une vraie prison. • Alors ce bon paysan loi dit des choses si touchantes et si admirables sur la grandeur du* félicités éternelles, et sur le néant des biens de h terre, que le saint évéque ne pouvait se lasser de l'écouter et versait des larmes de joie en voyant les effets de la grâce de Dieu dans ce cœur simple. Il ne laissa pas cependant de lui faire faire plusieurs actes de résignation et d'indifférence à la vie ou à la mort
Quelques heures après il lui donna lui-même Pextréme-onction, et le même jour le malade expira paisiblement , conservant après sa mort un visage non-seulement serein, mais même plus beau qu'il ne l'avait eu durant sa vie*