‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 36 sur 52 · IV · texte numérisé non relu

IV

Exercice de la pureté d'intention.

Le troisième exercice est celui de la pureté d'intention qui est l'œil et le cheveu unique , dont le cœur du saint Epoux est blessé. Il consiste à chercher uniquement en toutes choses la gloire de Dieu. 4fest l'exercice le plus universel , le plus aisé et le plus nécessaire. C'est le plus universel , puisqu'il jém prend les deux autres, nous faisant agir en la présence de Dieu , et conformément h sa sainte vofc$|é, autrement notre intention ne serait pas pure. C'jat un lien de trois cordons , qui se rompt difficlrcment.

V ^L'intention est l'âme de nos actions , parce qu'el-

|jjeg sont d'autant plus excellentes, que l'intention

est plus pure ; c'est ce qui faisait dire à saint Fran-

Jjçois de Sales : «Les grandes oeuvres ne sont pas

Wk\ toujours en notre chemin ; mais nous pouvons à

Wjr toute heure en faire de petites excellemment,

«, » c'est-à-dire avec un grand amour. Voyez, je vous jVgnrie, ce Sain^ni donne un verre d'eau pour l'a- <^/»onrjdç*-£feu à un pauvre pressé par la soif; il » fait peu de chose , ce semble, mais l'intention , la » douceur, la dilection dont il anime son œuvre sont » si excellentes , qu'elles changent cette eau ordi- » naire en une eau qui produit un fruit de vie éter-

» nelle. »

1&6 VÉRITABLE ESPBIT

ARTICLE SECOND

Du recueillement intérieur.

Saint François de Sales recommandait beaucoup l'exercice du recueillement intérieur et celui jres aspirations ou oraisons jaculatoires. Il disait <jpe par là on peut réparer les défauts des autres $fercices, et que sans ces deux-là les autres sont privés de sel , c'est-à-dire d'assaisonnement JjL

Il enseignait que le recueillement intérieur esnl concentration de toutes les puissances de l'âme dqg le cœur, pour y traiter avec Dieu seul à seul etca^P à cœur.

Par cet exercice on se retire en Dieu , ou l'ol tire Dieu eu soi , selon ce qui est écrit : J'ai ma bouche et attiré C esprit de Dieu , c'est-à-dJMg j'ai ouvert la b&pche intérieure du cœur, à laqudfe

Soldats sejréunisiHit sous les étendards ; de méi

l'oreille de Dieu est fort attentive. De même l'on ramasse les^jns dans les celliers , et que le*

>3Rrt sous les étendards ; de mémffc les facultés de notre âme se recueillent en Dieu fldr* l'exercice du recueillement intérieur qui peut se pratiquer très-souvent dans la jcMurnée.

Il assurait que cet exercice fmy&U *ft t*&*\ tout lieu et à toute heure , sans que lerlrtupaj ni les occupations pussent en empêcher. C'est un sel qui assaisonne toute sorte de nourriture; car il ne consiste que dans un simple regard intérieur sur Dieu.

Noire saint comparait cet exercice au resserrement de l'hérisson et de la tortue , que ces animaux peuvent faire partout et en tout temps. On -ne saurait donc trop pratiquer ces fréquents regards sur Dieu en nous , et sur nous en Dieu , dont l'effet est d'empêcher que nous ne tombions , ou de faire que nous nous relevions promptement de nos chutes.

ARTICLE TROISIÈME

Des aspirations.

. ., Les aspirations sont de courtes élévations de l'esprit vers Dieu ; et comme des élans de notre âme qqàj ainsi que de petits dards , pénètrent le cœur de Dieu. C'est pourquoi l'Epoux sacré dit, dans le caritique des cantiques , que son cœur a été blessé ftaries regards et les cheveux de son épouse , c'està-dire par ses saintes et affectueuses pensées.

iPlus elles sont courtes , meilleures elles sont , et on peut les appeler des éclairs spirituels. Telle est ■fcelle de saint Brqno : 6 bonté, celle de saint François d'Assise : Mon Dieu et mon tout ! celle de saint Augustin : Oh aimer! oh mourir à soi-même!

oh arriver à* Bieu4

•Xe saint évoque de Genève désirait que ce* exercice nous fût Aussi fréquent et aussi familier que la respiration. Il assurait que tous les exercices spirituels sans recueillement intérieur, c'est-à-dire sans attention et pureté d'intention, étaient des holocaustes sans moelle, et que l'oraison mentale ou

la rocale sans les oraisons jaculatoires , était un ciel spns étoiles , un arbre sans feuilles , un temple sans ornements, une nourriture sansgoût, et qu'elle était semblable à un oiseau à qui on a lié les ailes.

Quand donc des occupations nécessaires ôtent^e temps de faire la prière mentale ou vocale ; il voulait que Ton réparât cette brèche par des recueillements plus fréquents et par un plus grand nombre d'oraisons jaculatoires. Il enseignait que par là on pouvait remédier à ces pertes et faire de grands progrès dans la perfection.

. Quand on lui parlait de bâtiments, de peinture, de musique , de chasse , d'oiseaux, de plantes, de jardinage, de fleurs» il ne blâmait pas ceu^goi s'occupaient de ces divers objets , mais il désirait qu'ils fissent servir toutes ces occupations à s'élefer, comme par autant de moyens et d'escaliers spirituels* à notre souverain maître qui est Dieu ; et il en enseignait le chemin par son exemple, tirant de toutes ces choses autaol^d'élévations d'esprit et de cœur.

Ainsi si on lui montrait de beaux vergers rem4 plis d'arbres bien alignés , il disait : « Nous sommes » la terre que Dieu cultive, où il sème le bon grain, » et qu'il arrose des eaux de sa grâce. » Si on lui disait que ces arbres avaient été entés avec soin \j W produisaient de très-beaux fruits. « Quand serona- » nous , disait-il , des arbres greffés et entés sur » Jésus-Christ? Quand porterons-nous, en vertu »- de cette sève chrétienne, des fruits bons et » beaux ? »

Lorsqu'on le menait dans un jardin et qu'on lui faisait admirer le parterre orné de fl^rset Jes arbres chargés de fruits. « Quand sera-ce , disait-il, » que le parterre de notre fine produira des fleurs » odoriférantes qui répandront une «odeur desiiavi- » té ? Quand sera-ce que nous porterons des fruits » d'honneur et d'honnêteté ? Ayons bio» soin de » neU^yer notre jardin de toutes les mauvaises » herbes , de le clore et le fermer soigneusement » à tout ce qui peut déplaire au jardinier cé- » leste. »

Quand on le conduisait sur le bord d'oae fontaine, il s'écriait: « Quand aurons-nous dans nos » cœurs les sources d'eau viverejaillisanteà la vie » éternelle ? Quitterons-nous toujours la source » d**au pure pour nous creuser des citernes qui ne

* peuvent pas conserver l'eau ? Oh ! quand puise- » rons^oous à souhait dans les sources du Sau- » veurif »

A l'aspect d'une belle vallée il disait : « Les val-

* lées «ont agréables et fertiles * et les eaux >y cou- » lent en abondance. C'est ainsi que les eaux de la » grâce céleste coulent dans les âmes au mbles > et » laissent arides les têtes des montagnes, c'est-à- » dire' les âmes orgueilleuses. »

S'il passait le long d'une rivière, il disait : «Quand » irons-nous à Dieu comme ces eaux qui coulent » incessamment à la mer?»

Si on lui faisait voir quelque église magnifique et

bien ornée , il disait : « Nous sommes les temples

» du Dieu vivant/ Il faut que no» âmes, soient or- » nées des vertus. »

Si on lui montrait des peintures rares et bien exécutées -, « Il n'y a rien, disait-il, qursoit aussi » beau que l'âme qui est faite à l'image et à la res- » semblance de Dieu. »

C'est ainsi qti'il voyait Dieu en toutes choses , et toutes choses en Dieu , ou pour parler plus juste , il ne regardait en tout qu'une seule chose qui est Dieu.

ARTICLE QUATRIÈME

Effusions d'un cœur pénétré d'amour.

Rien de plus touchant que les effusions de coeur de saint François de Sales. On lit dans une lettre qu'il écrivait à une personne en qui il avait beaucoup de confiance :

« Si vous saviez comment Dieu traite mon cœur, » vous en remercieriez sa bonté , et le supplieriez » qu'il m'accordât le don de conseil et de force , » pour bien exécuter les inspirations de sagesse et » d'intelligence que son esprit me communique. » » Il disait souvent : « Ah I que le Dieu d'Israël est » bon pour ceux qui ont lé cœur droit ; puisqu'il » est si bon pour ceux qui ont un cœur aussi misé- » rable que l'est le mien, qui est si peu attentif à ses » grâces et si courbé vers la terre I Oh 1 que son » esprit est plein de douceur pour les âmes qu'il » aime , et qui le cherchent de tout leur pouvoir ! » son nom est un baume répandu , et il ne faut pas

» s'étonner que les saints l'aient suivi avec tant de » dévotion ; c'est-à-dire , aient couru avec tant de » promptitude et d'allégresse à l'odeur de ses par- » fums. Oh! que Fonction de Dieu nous apprend » de grandes choses et avec des clartés si douces , » ■ que Ton a de la peine à discerner si la douceur » est plus agréable que la clarté , ou la clarté plus » aimable que la douceur!

» Je tremble quelquefois que Dieu ne me donne » mon paradis dès ce monde. Je n'éprouve point » d'adversité , je n'ai jamais tu le visage de la pau- » vreté. Les souffrances que j'ai ressenties n'ont » été qucdes égratignures qui n'ont fait qu'effleurer » la peau ; les calomnies sont des croix si légères » que le vent les emporte. De plus , Dieu m'a com- » blé de biens temporels et spirituels ; et au milieu » de tout cela, je demeure ingrat et insensible ! » Ah ! je vous prie , aidez-moi à remercier Dieu. » Jusqu'ici il m'a nourri de lait. Quand me fera-t- » il la grâce d'entrer en part de sa croix , puisque, » pour régner avec lui , il faut souffrir avec lui ? » Ah l H faut ou l'aimer ou mourir , ou plutôt il » faut mourir pour l'aimer , c'est-à-dire mourir à » tout autre amour pour ne vivre que du sien ; en • un mot , il faut ne vivre que pour celui dont la » mort a eu pour motif de nous faire vivre éternel- » lçment entre les bras de sa bonté. »

Les auteurs de la vie du saint évéque racontent qu'il a souvent ressenti les transports de la grâce , quelquefois avec une impétuosité qui le ravissait

hors de lai ; plus souvent avec une douceur qui l'enivrait d'une sainte consolation, Ils *>at remarqué que, dans une circonstance, il s'écria : « Seigneur, » retenez les flots de vos grâces, retirez-les de moi, » je ne, puis les soutenir. *

11 disait aussi quelquefois : « Oh ! certes ouf , » ( cette expression lui était familière ) I Si vous » saviez avec quelle douceur et avec quelle suavité » Dieu traite mon cœur , et comment sa main pa- » ternelle le migoarde, vous admireriez sa bonté » infinie, et m'aideriez à le remercier. »

Voici comment il écrivait à sainte Chantai , le 30 février i 606.: « Mon Pieu est si plein de douceur » à mon égard , qu'il ne laisse, passer aucun jour » sans me caresser pour me gagner à lui. Miséra- * ble que je suis ! je ne corresponds point à la fidé- » lité de l'amour qu'il me témoigne. »

On voit ici l'humilité du saint, et son amour pour Dieu ; car il semble à un cœur amoureux qu'il ne fait jamais rien ponnelui qu'il aime. Aussi ce grand saint , après tant de combats et de travaux pour le service.de Dieu , disait à la fin de sa vie : « Hélas 1 » quand commencerons^nous à aiitier et à servir » Dieu ? »

Cependant il était pénétré de l'amour divin au plus haut degré ; c'est ce qui lui faisait dire : a Oh 1 » que c'est une bonne chose de ne vivre qu'en Dieu, » ne travailler qu'en Dieu , et ne se réjouir qu'en » Dieu ! »

Réfléchissons un peu sur ces paroles : Ne vivre

qu'en Dieu. C'est non-seulement vivre dans la charité habituelle , dans la grâce de Dieu qui nous rend ses enfants adoptifs, mais c'est agir par cette sainte charité, et par le motif du pur amour de Dieu. C'est ici l'un des grands secrets de la fie spirituelle. Vivre , à proprement parler , c'est agir; car la vie est le principe du mouvement ; et c'est vivre en Dieu et ne vivre qu'en lui 5 que de n'avoir d'être , de mouvement et de vie que par lui et pour lui.

Ne travailler qu'en Dieu, c'est ne penser, ne parler, n'agir que pour lui.

Ne se réjouir qu'en Dieu, c'est ne se réjouir que de ce qui plaît à Dieu , et qui réjouit les anges et les saints.

En un mot ne vivre qu'en Dieu , ne travailler qu'en Dieu , ne se réjouir qu'en Dieu, c'est ne voir, ne considérer et n'aimer que Dieu en toutes choses, ou pour mieux dire c'est n'aimer qu'une seule chose qui est Dieu.

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