CHAPITRE SEPTIÈME
vDRS SA.CREMEMTS DE PENITENCE ET tf* EUCHARISTIE Bit ttKSERAL.
ARTICLE PREMIER
Diverses comparaisons relatives à ces deux sacrements.
Saint François de Sales disait que l'Eglise était tin vrai paradis sur la terre , et qu'elle était appelée en plusieurs endroits de l'Ecriture le royaume des cieux. II comparaît les deux sacrements de pénitence et d'eucharistie aux deux arbres que Dieu avait plantés dans le paradis terrestre. Le sacrement de pénitence était, selon lui , l'arbre delà science du bien et du mal , parce que c'est un tribunal où celui qui préside doit discerner entre ce qui est péché et ce qui ne l'est pas , et où le pénitent doit apprendre de sa bouche à éviter le mal et à faire le bien. Il y a cependant cette différence que l'arbre de la science du bien et du mal fut défendu à nos premiers parents ; au lieu que le sacrement de pé-
* Supplément à YIntrod. à la Vie dévote, part. 2, cbap. 19 et suiv.
nitenceest commandée tous les pécheurs par cet arrêt formidable : Si vous ne faites pénitence , vous périrez tous.
L'autre arbre du paradis terrestre $ qui est l'arbre de vie, est une figure très-expresse du sacrement de l'Eucharistie , ainsi que l'explique notre Saint dans l'Introduction à la vie dévote , chap. 20.
Il avait coutume de dire, en parlant de ces deux sacrements , que c'était comme les deux pôles de la vie dévote 5 parce que, par l'un, qui est celui de la pénitence , nous renonçons au mal et à nous-
mêmes , nous surmontons les vices , et nous nous dépouillons du vieil homme fet que par l'autre, qui est l'Eucharistie , nous nous revêtons du nouvel homme , c'est-à-dire de Jésus-Christ , pour marcher dans une justice et une sainteté véritables, et aller de vertu en vertu dans les sentiers de la montagne de perfection.
Il comparait encore le sacrement de pénitence à un amandier, non-seulement par allusion au mot amendement , mais principalement à cause d'une ingénieuse ressemblance qu'il y trouvait.
« L'amandier, disait- il, a ses fleurs de cinq » feuilles qui ont quelque rapport, du moins quant » au nombre, aux cinq doigts de la main ; ses feuil- • les sont faites en forme de langue , et sou fruit » a la forme d'un cœur. De même la pénitence » à trois parties qui composent son intégrité ; » l'une qui regarde, le cœur , c'est la contrition ; » l'autre qui concerne la langue , c'est la confes-
» sion ; la troisième qui s'exerce parla main , c'est- » à-dire par les œuvres , c'est la satisfaction.
» De plus 9 ajoutait-il , comme il y a dés aman- » des de deux sortes , les uoes douces , les autres » amères , et que mêlées ensemble , elles font un » aliment agréable; de même dans la pénitence il » se fait un certain mélange de douceur et de dou- » leur, de consolation et d'amertume , d'amour » et de regret qui ressemble au jus de la grenade , » lequel a une certaine douceur aigre , et nne cer- » taine aigreur douce beaucoup plus agréable que » si l'aigreur et la douceur étaient séparées. •
ARTICLE SECOND
De la préparation aux sacrements de Pénitence et d'Eucharistie.
« Il est très-nécessaire , dit saint François de
* Sales , que nous sachions pourquoi , recevant » si souvent les sacrements de pénitence et d'eu-
• charistie, nous ne recevons pas aussi les grâces » abondantes qu'ils ont coutume d'apporter aux » âmes qui sont bien préparées. Je le dirai en an » mot : C'est faute (tune bonne préparation.
Voyons donc comment il nous faut préparer pour bien recevoir ces deux sacrements.
» La première partie de cette préparation consiste en trois choses , la pureté d'intention» l'attention et l'humilité. Quant à la pureté d'intention, c'est une qualité nécessaire, non-seulement en la réception des sacrements, mais encore
» en tout ce que nous faisons. Or, l'intention est
» pure lorsque nous recevons les sacrements , ou
» faisons quelque autre chose , quelle qu'elle soit ,
» pour nous unir à Dieu et pour lui être, agréa-
» ble , sans aucun mélange de notre propre in-
» térêt
» La seconde préparation c'est l'attention. Ger-
» tes nous devrions aller à la réception des sacre-
» ments avec beaucoup d'attention , tant sur la
» grandeur, de cette action , que sur ce que cha-
» que sacrement demande de nous. À la confession
* nous devons porter un cœur amoureusement dou-
» loureux , et à la sainte communion il faut porter
» un cœur ardemment amoureux. Je ne dis pas
» qu'il ne faille point avoir de distraction ; car cela
» n'est pas en notre pouvoir , mais je veux dire
» qu'il faut avoir un soin tout particulier à ne s'y
» point arrêter volontairement
» La troisième préparation , c'est l'humilité qui
» est une vertu fort nécessaire pour recevoir abon-
» damment les grâces qui découlent par les canaux
» des sacrements , parce que les eaux ont coutume
» de couler plus vite et plus fortement quand les
» canaux sont placés en des lieux où il y a beaucoup
» de pente et où l'eau descend* très-bas.
» Biais outre ces trois préparations , il en est
» une principale , qui est l'abandon total de nous-
» mêmes à la volonté de Dieu , soumettant sans
» aucune réserve notre volonté et toutes nos afleo
» lions à sa domination. Je dis sans réserve , parce
» que notre misère est si grande, que nous nous
» réservons presque toujours quelque chose. Les
» personnes les plus spirituelles se réservent pour
» l'ordinaire le désir d'avoir le genre de vertus
» qui leur agrée le plus ; et quand elles vont à
» la communion : ô Seigneur , disent-elles , je
» m 9 abandonne entièrement entre vos mains , vous
» suppliant cependant qu'il vous plaise me don-
• ner la prudence pour bien diriger mes actions ;
» mais de simplicité, elles n'en demandent point O
» mon Dieu l Je suis absolument soumise à votre
» divine volonté , et je vous prie de me donner un
» grand courage pour faire des œuvres excelten-
» tes pour votre service; mais de douceur pour vi-
» vre paisiblement avec le prochain , il ne s'en
» parle point. Donnez-moi , dira un autre , cette
» humilité qui est si propre à donner bon exem-
» pie ; mais d'humilité de cœur qui nous fasse ai-
» mer notre propre abjection , elles n'en ont point
» besoin , ce leur semble. O mon Dieu / dira-t-on
» encore , puisque je suis tout vôtre , que f aie tou-
» jours des consolations à l'oraison ! Et on ne de-
» mande pas des tribulations ou des mortifications.
» Or il ne faut point oublier que le moyen de
» faire la sainte union avec Dieu n'est pas de nous
» réserver quelqu'une de nos volontés, quelque
» belle apparence qu'elle ait; car notre Seigneur
» voulant se donner tout à nous, veut que récipro-
» quement nous nous donnions entièrement à lui ,
» afin que l'union de notre âme avec sa divine ma-
» jesté soit plus parfaite , et que nous puissions
» dire véritablement comme saint Paul : Je ne vis
» plus, mais c'est Jésus-Christ qui vit en moi.
i» C'est pourquoi la seconde partie de la prépara-
» tion consiste à vider notre cœur de toutes les
» choses terrestres, afin que notre Seigneur le rem*
» plisse entièrement de lui-même. Certes la cause
» pour laquelle nous ne recevons pas la grâce de la
» sanctification (puisqu'une seule communion bien
» faite est suffisante pour nous rendre saints et
» parfaits) ne provient que de ce que nous ne lais-
» sons pas régner notre Seigneur en nous, comme
» sa bonté le désire. Il vient à nous, ce bien-aimé
» de nos âmes, et il trouve nos cœurs tout pleins
» de désirs , d'affections et de petites volontés ; ce
» n'est pas ce. qu'il cherche , car il le veut trouver
» vide pour s'en rendre le maître et nous gouverner
» à son gré. Et il montre combien il désire cela,
» en disant à l'Epouse des cantiques de le mettre
» comme un cachet sur son cœur , afin que rien
» n'y puisse entrer que par sa permission et selon
» son bon plaisir. Or je sais bien que le milieu de
» vos cœurs est vide ( autrement ce serait une
» trop grande infidélité ) ; je veux dire que vous
» avez non-seulement rejeté et détesté le péché
» mortel , mais encore toute sorte d'affections
» mauvaises. Néanmoins, hélas ! tous les coins et
• recoins sont plans de mille choses indignes de
» paraître en la présence de ce Roi souverain , et
» qui lui lient les mains pour ainsi dire , et l'em-
pèchent de vous accorder les biens et les grâces dont sa bonté avait désiré vous combler , et qu'il vous aurait certainement donnés s'il vous eût trouvés préparés.
» Faisons donc de notre côté ce qui est en notre pouvoir pour nous bien préparer à recevoir ce pain sopersubstantiel , nous abandonnant totalement à la divine Providence, non-seulement pour ce qui regarde les biens temporels , mais principalement pour les spirituels , faisant comparaître en la présence de la divine bonté toutes nos affections , désirs et inclinations , pour les lui soumettre entièrement; et soyons sûrs que notre Seigneur accomplira de son côté la promesse qu'il nous a faite de nous transformer en lui , et qu'il élèvera notre bassesse jusqu'à l'union avec sa grandeur. »