CHAPITRE HUITIÈME
DS SACBKMENT »B PBNITBMCB KM PABTICULIBB.
ARTICLE PREMIER
Franchise dans l'aveu de ses péchés.
Une des meilleures marques d'une pénitence sincère, est la franchise, la candeur et l'ingénuité.
* Supplément de V Introduction à la Vie dévote, part. 2. cb. 19.
dans la confession. Saint François de Sales en faisait un si grand cas , que quand il la rencontrait dans quelqu'un de ses pénitents, il en était ravi de joie.
Une de ses filles spirituelles loi écrivit une fois qu'elle avait eu de la jalousie et de la malignité. Il répondit en ces termes :
« Je vous dis en vérité que votre lettre a embau- » mé mon âme d'un si délicieux parfum , que de- » puis long-temps je n'avais rien lu qui m>ût donné
• une si parfaite satisfaction. Oui , je vous dis de » nouveau, ma chère fille» que cette lettre m'a » donné des élans d'amour envers Dieu qui est si
• bon , et envers vous qu'il veut rendre si bonne , » que certes je suis obligé d'en rendre des actions » de grâces à sa divine Providence.
» C'est ainsi 5 ma fille, qu'il faut tout de bon
• mettre la main dans les replis de notre cœur , » pour en arracher les productions corrompues » que notre amour-propre y fait naître par l'entre-
• mise de nos humeurs , de nos inclinations et de » nos aversions. G Dieu 1 quel contentement pour
• le cœur d'un père très-aimant , d'entendre celui » de sa fille très-aimée , protester qu'elle a été en-
• vieuse et maligne ! Votre main en écrivant cette » lettre , faisait un trait plus vaillant que ne fit ja- » mais celle d'Alexandre. »
188 VÉRITABLE ESPBIT
ARTICLE SECOND
Douceur de la confession.
L'ennemi de notre salut se sert d'un stratagème dangereux pour nous faire tomber dans le mal , et pour empêcher après cela que nous ne nous en relevions. Il ôte par ses illusions et par ses tromperies, la honte du péché , cachant sa laideur à celui qu'il sollicite de le commettre , et ensuite quand il l'y a fait tomber , il le remplit de honte et de confusion pour empêcher qu'il ne s'en accuse, et qu'il ne soit jeté dans la piscine de la pénitence par l'ange du Seigneur. Le Saint-Esprit au contraire nous ramène dans, la terre de droiture , et nous détourne de la mauvaise voie, en nous faisant connaître qu'il y a de l'infamie à commettre le péché et à y croupir ; mais que c'est une chose honorable de rompre ces malheureux liens, et d'offrir à Dieu des sacrifices de louange pour avoir reconquis la liberté , et pour être sorti de la terre de servitude et d'esclavage.
Certes c'est l'esprit de mensonge qui attache de la honte à la confession , et qui ôte la honte au péché ; mais l'esprit de vérité nous apprend que , comme la gloire de Dieu est offensée par nos péchés, elle est au contraire exaltée par notre confession et par notre pénitence.
Il est certain que la confession franche et accompagnée d'une véritable douleur , apaise Dieu et arrête le bras de sa vengeance ; toute la sainte Ecriture
nons en assure ; les exemples des Ninivites, de David et de tant d'antres, nous en sont des preuves illustres. Mais parce que ce remède semble amer à ceux à qui le péché a semblé doux, et qu'ils ne veulent pas manger de ce pain, à cause qu'ils ont les dents agacées par les grappes vertes de l'iniquité , il est bon pour les exciter à le prendre avec confiance , de leur représenter que Dieu est glorifié par cette déclaration, comme il est déshonoré par nos péchés.
ARTICLE TROISIÈME
Des péchés de pavid et de la miséricorde de Dieu.
« Je ne fis jamais , dit saint François de Sales ,
* la conversion de David sans m'étonner de voir
» que ce Prophète, après avoir commis de si grands
» péchés , soit demeuré près d'une année avant de
» revenir à Dieu , dormant d'un sommeil léthargi-
» que, sans se réveiller, ni sortir du misérable
» état où il était. O Dieu ! son péché eût été en
» quelque façon plus excusable , s'il l'eût commis
» quand il était berger , et qu'il gardait les brebis ;
» mais que David ait péché , après avoir reçu tant
» et de si grandes grâces de sa divine majesté, après
» avoir eu tant de clartés , de lumières et de fa-
» veurs, lui qui avait fait tant et tant de merveilles
» et de prodiges , et qui avait toujours été nourri
» et élevé dans le sein de la douce clémence et
» miséricorde de Dieu ! qu'il en soit venu jusqu'à
» commettre de si grands forfaits ! et qu'il soit de-
190 VÉRITABLE ESPRIt
» meure ensuite si long-temps saus les reconnaf- » tre ! Oh ! certes c'est une chose digne du plus » grand étonnement. »
, » Il avait commis un adultère , mais ce premier » péché l'entraîna dans bien d'autres. O misère » extrême de l'esprit humain, qui ne veut point » qu'on voie ses fautes ! David pensant, cacher ce » premier crime ,. essaya de faire enivrer Urie ;
• mais n'ayant pas réussi par ce moyen, il résolut, » pour venir à bout de son entreprise, de comniet- » tre un troisième péché plus grand que les deux « autres , qui était de le faire tuer à la guerre ; et » pour cela il écrivit à son général d'armée d'en- » voyer Urie combattre les ennemis, et ensuite de
• l'abandonner, afin qu'il fût tué. Gela fut fait ainsi » que David l'avait ordonné, de manière qu'il com- » mit plusieurs péchés, les entassant les uns sur les » autres ; et après cela il demeura croupissant dans
• ses crimes près d'un an, saus réfléchir sur le » malheureux état où il était, ni se souvenir de » Dieu.
» Voilà donc David , par cet oubli de Dieu, sans
» aucune disposition à la grâce ; mais la divine bonté
» le voyant dans cet aveuglement , lui envoya pour
» le retirer de son péché le prophète Nathan, qui ,
» pour lui faire reconuattre sa faute, se servit d'une
» parabole , lui disant qu'un homme riche qui avait
» un grand nombre de brebis et de bœufs , avait
» pris à un pauvre homme une seule brebis qu'il
» nourrissait dans sa maison, et qu'il aimait beau-
» coup , et la lui avait ôtée pour en faire un festin
» à un de ses amis. Voyez , je vous prie , comme le
» Prophète lui parlait sagement de sa faute en troi-
» sième personne pour la lui faire connaître et
» avouer. Mais comme David était dans un si grand
» aveuglement, qu'il ne voyait point son péché»
» il ne s'aperçut pas que le prophète Nathan parlait
• de lui, il prononça que celui qui avait dérobé celte » brebis était digne de mort , et il le condamna à » rendre quatre fois autant que la brebis qu'il avait » prise.
• Considérez /je vous prie , que David était en-
» durci dans son péché , et n'eft avait aucune dou-
» leur. Mais pour les fautes des autres -, il les con-
» naissait fort bien *, et savait bien leur imposer un
» châtiment proportionné à leur grandeur. Or le
» prophète Nathan voyant* cela, lui dit franchement
» que c'était lui qui était le coupable ,• et le lui fit
» connaître si clairement, que David fut touché de
» contrition. Ah! dit-il , j'ai péché contre lé Set*
» gneur. Alors Nathan lui dit : parce que vous
» avez confessé votre péché , Dieu vous pardonne
» et vous ne mourrez pas.
» Or quel plus grand effet pourrait-on voir de la
» miséricorde de Dieu que celui-là ? Car dans le
» temps où il semble que David était au comble de
» sa malice, Dieu le ramena de ses égarements et
» lui pardonna ses iniquités ; mais quelle conduite
• tint ce roi pénitent après qu'il eut reconnu sa
• faute? Il ne faisait plus que gémir et pleurer sur
» son aveuglement; Ton n'entendait sortir de sa
» bouche que cette parole, peccavi; il criait con-
» tinuellement à Dieu miséricorde ; il répétait sans
• cesse l'admirable psaume de la pénitence ; Mi- » serere mei , Dcus. »
ARTICLE QUATRIÈME
Comment il faut faire pénitence.
Saint Françoisde Sales explique dans un de ses sermons quelques-unes des instructions de saint Jean-Baptiste sur la pénitence. Voici ses paroles :
« Faites pénitence , dit saint Jean , c'est-à-dire » abaissez les monts d'orgueil , comble* les vallées » de tiédeur et de pusillanimité , parce que le salut » est proche. Or ces vallées que le sajnt Précurseur » veut que Ton comble , ne sont autre chose que » la crainte qui , quand elle est trop grande , nous
• porte au découragement. Le souvenir des grandes » fautes commises , excite dans l'âme une certaine » horreur , un ^tonnemeut et une crainte qui abat
• le cœur ; et ce sont là des vallées qu'il faut rem- » plir de confiance et d'espérance en notre Seigneur. » Lu grand saint pariant un jour à une illustre pé- » ni tente qui avait commis d'énormes péchés, lui » disait: Craignez, mais espérez; craignez de » peur que vous ne tombiez dans f orgueil; mais » espérez de peur que vous ne tombiez dam le dé* » sespoir et le découragement ; car la crainte et » r espérance ne doivent point aller l'une sans Cau-
tre. Si la crainte D'est pas accompagnée d'espérance, elle n'est pas crainte, mais désespoir; et l'espérance sans la crainte est présomption. Il faut donc par la confiance mêlée avec la crainte, remplir lesv allées ei guérir le découragement qui vient de la connaissance de? péchés que nous avons commis.
» Abaissez, dit encore saint Jean, les montagnes et les collines. Quelles sont ces montagnes , sinon la présomption , l'orgueil et l'estime qu'on a de soi-même? Ces défauts sont un très-grand empêchement à l'entrée de notre Seigneur dans nos cœurs ; car il pénètre au fond de notre âme pour y découvrir l'orgueil qui y est caché , et il a coutume d'humilier ei rabaisser les superbes. Prenez donc garde que vous ne soyez, semblable à ce misérable Pharisien dont parle l'Evangile , qui était une montagne d'orgueil, présumant être plus saint que les autres, se vantant et se glorifiant de quelques vertus apparentes qui étaient en lui , et disatft par une vaine présomption : Seigneur, je vous rends grâces de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes ; je paie les dîmes, je jeûne plusieurs fois la semaine , et autres choses semhJables qu'il alléguait pour se vanter. Mais Dieu voyant son orgueil le rejeta.
» Au contraire le Publicain qui , aux yeux du monde , était une montagne de péchés , eut le bonheur de voir cette, montagne abaissée et a-
planie devant Dieu , lorsqu'il vint au temple ,
» parce que n'osant lever les yeux pour regarder le » ciel , à cause des grands péchés qu'il avait corn- » mis, il se tenait à la porte, avec un cœur contrit » et humilié et frappant sa poitrine ; cette humble » prière toucha le cœur de Dieu , et il retourna en » sa maison justifié.
» Aplanissez les chemins raboteux, dit encore » saint Jean , redressez ceux qui sont courbes, » afin qu'ils soient droits et unis. Ce qui est comme » s'il disait : redressez tant d'intentions défeclueu- » ses et obliques , et n'en ayez plus d'autres que » celle de plaire à Dieu , en faisant pénitence ; ce » doit être le but auquel nous devons tous tendre» » Comme le pilote quand il conduit son navire, a » toujours l'œil sur la boussole pour voir s'il va » droit où il prétend ; de même nous devons tou- » jours avoir l'œil ouvert pour embrasser les actes » de pénitence , afin de parvenir au ciel qui est le » lieu où nous aspirons.
» Il se trouve plusieurs personnes dans le monde » qui ne veulent faire pénitence qu'à «l'extrémité de »> leur vie. Dieu est si bon et si miséricordieux , y disent-elles, il nous pardonnera à la fin de nos <> jours. Donnons-nous maintenant du bon temps , » et à l'heure de la mort nous dirons un bon Pec- » ravi.
» Mais qu'est-ce que cela , sinon une grande pré- » soinption ? ils prennent occasion de la bonté de » Dieu, pour croupir dans leurs péchés. Eh ! ne » savent-ils pas qu'encore que Dieu soit infiniment
miséricordieux , il esl aussi infiniment juste , et que quand sa miséricorde est irritée , elle provoque sa justice.
» Redressez les chemins , c'est-à-dire devenez d'une humeur égale par la mortification de vos passions, de vos inclinations et de vos aversions. Cette égalité d'humeur est une des vertus les plus nécessaires aux personnes qui pratiquent la dévotion , et l'on a toujours à y travailler. Oh ! que c'est une chose merveilleusement agréable que de considérer la vie de notre divin Seigneur et Maître ; car l'on y voit reluire une parfaite égalité parmi l'inégalité des divers accidents qui lui arrivèrent dans tout le cours de sa vie mortelle. Certes personne n'a jamais eu cette égalité en une si haute perfection que lui.
• Oh! que c'est une chose désirable que cette égalité d'esprit et d'humeur ! Et que nous devons travailler fidèlement à l'acquérir ; car nous sommes plus variables et plus inconstants qu'il ne se peut exprimer. L'on trouve des personnes qui , quand elles sont de bonne humeur , seront d'une conversation aimable et douce; mais tournez la main , vous les verrez chagrines et inquiètes. On en trouve d'autres à qui il faut parler à cette heure-ci d'une façon , et peu après d'une autre. Tel aura un jour le cœur tranquille, qui, pour peu que vous attendiez, sera dans l'impatience.
* En un mot qu'est-ce que l'on voit parmi les » hommes, sinon de continuelle* bizarreries et iné-
* galités d'esprit, qui sont des chemins inégaux .et » raboteux que nous devons redresser pour prépa- » rer les voies à notre Seigneur. »