‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 47 sur 52 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

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AîmCLE PREMIER.

De quelques vertes «ulqnelles il but donner ki préférence.

Dieu avait doué saint François de Sales d'une grande lumière pour le discernement des vertus. Il était de ces spirituels qui savent bien juger de tout. C'était un guide très-propre à conduire dans les sentiers de la justice et de la paix ceux qui ont le coup droit

Il avait un esprit très-judicieux, il mettait aussitôt le doigt sur les ulcères les plus cachés , et il voyait des défauts dans des actions que de moins clairvoyants eussent prises pour très-pures. Voici quelques exemples de la justesse de son discernement par rapport aux vertus :

1° Il préférait celles dont l'usage était fréquent , commun et ordinaire , et il les aimait mieux que celles dont les occasions se rencontrent rarement , quand môme celles-ci paraîtraient plus admirables

' Supplément à Ylntrod. à la Vie dévote, part. 8 , ch. 1 et 2.

et plus éclatâmes. Par exemple , les occasions de pratiquer la constance , le courage , la magnanimité, le zèle actif , ne se présentent pas fréquemment ; mais celles de la douceur , de l'humilité , de la condescendance | de l'affabilité , de la civilité , de la miséricorde , de la patience , de la cordialité , de la simplicité , du support du prochain , s'offrent h nous presque à chaque pas. Cependant il y a des personnes qui négligent de les pratiquer , tandis qu'elles désirent beaucoup de pratiquer les autres.

N'est-ce pas aller en des régions fort éloignées chercher des remèdes qui n'auraient pas plus d'efficace pour la guérison de nos maux , que ceux que l'on trouve dans notre pays? Les vêtements de soie sont plus beaux, mais ils ne couvrent pas mieux que ceux de laine , et ils nous préservent moins du froid. Notre saint désirait donc que l'on s'appliquât principalement aux vertus dont l'usage était le pluà fréquent , comme étant un moyen fort propre à Mire de grands progrès dans la perfection , et à amasser des trésors pour le ciel , pourvu que l'on fût attentif et fidèle à les bien pratiquer.

2° Il ne voulait pas que l'on jugeât de la grandeur on de la petitesse surnaturelle d'une vertu par l'action extérieure, mais par la ferveur avec laquelle on la pratique ; car un acte de vertu petit en apparence peut être pratiqué avec un grand amour de Dieu , tandis qu'un autre acte de vertu de beaucoup d'éclat , peut n'avoir pour principe qu'un faible amour de Dieu ; or le degré plus ou moins grand

de l'amour divin , donne plus ou moins de valeur à nos actions. Rien n'est petit de ce qui se fait avec un grand amour de Dieu ; et rien de ce qui se fait sans cet amour n'est grand aux yeux de Dieu.

3° II préférait les vertus les plus universelles , c'est-à-dire dont laqualité se répandait sur plus d'actions , à celles qui étaient plus bornées. Par exemple , après la charité qui comprend en elle toutes les autres , et qui les anime et les gouverne , il estimait beaucoup la prière qui est le flambeau de la vie intérieure , la dévotion qui consacre toutes nos actions avec promptitude et allégresse au service de Dieu , l'humilité qui nous fait avoir de bas sentiments de nous-mêmes et de tout ce que nous faisons, la-douceur qui nous fait céder à tout le monde, la patience qui nous Tait tout souffrir. Il préférait ces vertus à la magnanimité, à la libéralité et à l'austérité qui s'étendent h moins d'objets.

4° Les vertus éclatantes , et comme il les appelait quelquefois empanachées , lui étaient un peu suspectes ; il disait que par leur grand lustre elles donnent une forte prise à la vaine gloire , qui est le vrai poison des vertus. Ce n'est pas qu'il les méprisât ; car il reconnaissait que ce sont des vertus excellentes ; mais il se défiait de la faiblesse humaine , qu'une lumière trop brillante éblouit. Il craignait donc que la vanité ne se glissât à l'occasion de ces vertus qui nous attirent l'estime et la réputation.

5° II blâmait ceux qui prenaient pour règle de

l'excellence des vertus , les jugements du vulgaire. Si dans tous les arts il ne faut prendre pour guides que ceux qui y sont bien versés , c'est évidemment manquer de prudence que de juger des vertus par l'estime qu'en fiait le inonde qui les connaît si peu. Les amis de Job regardaient ses afflictions comme des punitions de Dieu ; et elles étaient au contraire des témoignages de l'amour divin et des épreuves de sa vertu. C'est ainsi que le monde voit souvent les choses avec d,es yeux tout humains.

6° Il blâmait aussi beaucoup ceux qui ne voulaient pratiquer que les vertus qui étaient de leur goût , sans se soucier de celles qui regardaient plus particulièrement leur epaploi et leur devoir; ce sont des gens qui veulent servir Dieu à leur .mode , et mon selon sa volonté. Cet abus est si fréquent et si contagieux , qu'on voit même beaucoup de personnes dévotes qui ne savent pas s'en garantir.

Notre saint faisait tous ses efforts pour leur faire comprendre qu'il faut marcher selon l'esprit de la foi et du renoncement à soi-même , et non selon les inclinations naturelles , parce que ces sortes d'inclinations sont semblables à une mer pleine d'écueils , où l'on fait souvent un triste naufrage. .

ARTICLE SECOND

Des petites vertu* qui croissent au pied de ta crois.

Quoique saint François de Sales possédât des vertus très-éminentes , il avait néanmoins une espèce

de prédilection pour les vertus petites et peu estimées par les mondains. Ce n'est pas qu'il y ait des vertus, principalement lorsqu'elles sont animées par la charité , qui méritent le nom de petites ; mais il appelait petites celles qui paraissent telles au* yeux des hommes , et qui s'ont moins estimées par eux. Il disait que nous devons chérir affectueusement les petites vertus qui croissent au pied de la croix , puisqu'elles sont arrosées du sang de Jésus-Christ. Et qu'elles sont ces vertus? lui demanda-t-on un jour. « Ce sont , répondit-il, l'humilité, la patience, » la douceur, la condescendance ,» le support du » prochain , la bonté , l'affabilité , la cordialité , la » compassion , le pardon des offenses , la si m pi i- » cité , la candeur et autres semblables. Elles sont » comme les violettes qui se plaisent à la fraîcheur » de l'ombre , et qui sans avoir un grand éclat , » ne laissent pas de répandre une agréable odeur. • Y a-t-il donc d'autres vertus au sommet de la croix ? lui dit-on encore. « Oui , répondit-il , ce » sont celles qui ont un grand lustre et qui donnent » beaucoup d'édification quand elles sont accompa- ' » gnées d'une notable charité. Telles sont la pru- » dence, la justice, le zèle, la libéralité, l'au- » moue, le courage , la chasteté , la mortificatioh » extérieure , l'obéissance , la haute contëmpla- » tion , la constance , le mépris des richesses et des * honneurs. Plusieurs voudraient pratiquer ces » vertus, parce qu'elles sont estimées plus excelten-

» tes , et souvent parce qu'elles nous attirent plus

de réputation ; au lieu que nous, ne devrions aimer leur excellence que parce que Dieu les aime, et qu'elles nous donnent le moyen de lui témoigner excellemment notre amour.

» La plupart veulent avoir des vertus éclatantes et qui soient attachées au sommet de la croix , afin qu'on les voie de loin et qu'on les admire. Trop peu s'empressent de cueillir celles qui» comme le serpolet et le thym , croissent au pied et à l'ombre de cet arbre de vie. Cependant te sont souvent les plus odoriférantes et les plus arrosées du sang du Sauveur, qui a donné pour principale leçon à ses disciples : Apprenez de moi que je suis doux et humble de cœur. • C'est une des choses sur lesquelles le monde a coutume de se tromper ; on ne fait presque aucun cas de la condescendance pour le prochain , de la patience à supporter ses imperfections et sa mauvaise humeur , de la constance à souffrir ses rebuts et ses injustices, de l'humilité à supporter les petits mépris, du calme parmi les traverses, les importunités et les reproches mal fondés , de la douceur à recevoir les refus. Tout cela paraît bien peu de chose aux yeux d'un certain monde qui n'estime que des vertus hautes et relevées ; mais Jésus-Christ eu juge bien différemment ; il estime les actions selon le degré d'amour avec lequel on les fait ; et il préfère beaucoup un petit acte de vertu fait avec un grand amour à un acte de grande vertu fait avec peu d'amour,

D'ailleurs les occasions de pratiquer les grandes vertus sont rares. Peu de personnes sont appelées à souffrir le martyre, ou à donner d'antre&grands exemples de courage % au lieu que les occasions de pratiquer les petites vertus se présentent , pour ainsi parler , à chaque moment C'est ainsi qu'on trouve rarement l'occasion de gagner d'un seul coup une grosse somme ; mais on peut rencontrer facilement celle de faire de petits profits qui nous enrichiront peu à peu. Oh 1 combien de richesses 1 spirituelles nous pourrions acquérir si nous employions au service du saint amour de Dieu le» petites occasions qui se rencontrent à chaque heure de notre vie !

ARTICLE TROISIÈME

Bonne odeur de la vertu.

On ne saurait exprimer combien saint François de Sales faisait de cas de la bonne odeur de la piété, et combien il estimait cetfx qui la répandaient dans le monde par leur exemple , et sans avoir en vue leur propre gloire , mais celle du Père céleste. Car si Jésus-Christ a menacé d'un malheur éternel ceux qui causent du scandale dans le monde , quelles bénédictions, au contraire , ne répandra-t-il pas sur ceux qui y apportent de l'édification par leur vie exemplaire ? Saint Paul disait de ces personnes qu'elles étaient la bonne odeur de Jésus-Christ. L'épouse sacrée, eir faisant l'éloge du divin époux , dit qu'il attire les âmes à sa suite par l'odeur de ses paijfums.

Quelqu'un qui n'approuvait pas l'Institut de la Visitation, l'accusait d'être quelque chose de nouveau dans FEglise, et concluait sa critique en disant : k quoi servira-t-il ? Le saint évêque de Genève répondit fort gracieusement : « Il servira à faire le » métier de la reine de Saba. » Et quel est ce métier ? demanda le censeur. « C'est , reprit le saint , > de rendre hommage à celui qui est plus que Sa- » fomon ; et de remplir de parfums et de bonne

• odeur toute la Jérusalem militante. »

ARTICLE QUATRIÈME Trois moffis ponr aoas animer dans lé chemin dé la perfection.

« Si les difficultés de la vertu vous étonnent, » dit saint François de Sales dans un de ses ser-

» inons y je vous présente trois considérations qui » vous feront connaître que l'entreprise est plus fa- » cile que vous ne pensez , et qui vous, donneront » de la consolation.

» La première est que celui qui vous appelle à » la conquête de son très-pur amour, est assez puis-

• sant pour vous aider à parvenir au but Coofiei- » vous donc en lui , et dites- lui hardiment : Corn- » mandez , Seigneur , à nos âmes tout ce qu'il vous » plaira , et donnez-nous la force de le faire et » (f accomplir entièrement votre sainte volonté; •■ faites par votre grâce que nous allions à vous. » Fous avez commencé en nous C œuvre de notre » perfection , et nous espérons que votre bonté

C achèvera en nous , si nous coopérons fidèlement à votre grâce.

• La seconde considération qui relèvera la grandeur 4e votre courage , c'est de savoir en quoi die consiste. Nous avons besoin d'an grand courage et d'une grande magnanimité , pour parvenir an bot 9 il est vrai ; mais en quoi pensez-vous que consiste cette grandeur 4e courage et cette magnanimité? C'est en la petitesse de courage , et vous l'aurez d'autant plus grand , que vous l'aurez pins petit , c'est-à-dire que vous serez plus petits en l'estime de vous-même. Souvenezvous de cette parole adressée aux apôtres par notre Seigneur : Si vous ne devenez , leur disait-il , semblables à de petits enfants , humbles comme eux , vous n'entrerez point dans le royaume des deux. Certes, si nous voulons parvenir à la perfection , il nous faut être semblables en coutage aux petite enfants , c'est-à-dire humbles , doux , souples et faciles à tourner à toute main comme eux.

» Remarquez que notre Seigneur a fait merveilleusement paraître la grandeur de son courage dans sa mort et sa passion , ne faisant autre chose que de laisser frire de lui tout ce qu'on voulait , manifestant la grandeur de son courage dans la docilité à se laisser manier au gré et à la volonté de chacun. C'est aussi en quoi le nôtre doit paraître ; il veut que nous l'imitions dans cette docilité à laisser faire en nous et de nous , tout ce

» qu'on voudra , non-seulement par la divine ma-

» jesté, mais aussi par nos supérieurs , notis ren-

» dant maniables , souples et humbles comme de

» petits enfants; car notre grandeur consiste en

» notre petitesse , et notre exaltation en notre ab-

• jection.

» La troisième considération qui vous doit être

» de grande consolation , est l'honneur que vous

» avez d'être sous la protection de la très-sainte

• Vierge, qui , comme une mère perle, a toujours

• vécu au milieu dé la mer de ce monde , sans re-

• cevoir aucune goutte d'eau salée , je veux dire

• sans être jamais abreuvée des vains plaisirs ter-

• * restres ; elle a toujours vécu dans une iwhnirable » pureté en la pratique dé toute sorte dé 'vertus ,

• mais spécialement d'une profonde humilité ; et » par ces vertus elle d'est rendue si agréable à Dieu, » qu'il l'a choisie pour être sa mère.

• Confiez-vous doûc en la protection de cette » mère de Dieu , et ne doutez point qu'elle ne vous

• assiste très-particulièrement et ne vous prenne » en sa sainte main, si vous vous adressez à elle » avec humilité et simplicité de cœur , puisque ce

• sont ces vertus jointes au soin de suivre fidèle-

• *»ent les attraits et les inspirations célestes. qui » ont le plus brillé en elle durant le cours de sa vie » mortelle. »

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