‹ Abrégé du véritable esprit de St. François de SalesChapitre 49 sur 52 · ST · texte numérisé non relu

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Marques de l'amour de Dieu.

Voici Tune des plus belles maximes de saint François de Sales :

2kk VÉRITABLE ESPRIT

» Le vrai signe que nous n'aimons que Dieu en » toutes choses , c'est quand nous l'aimons égale- » ment en toutes choses, puisqu'étant toujours égal » à lui-même , l'inégalité de notre amour envers » lui ne peut avoir pour origine que la considéra- » tion de quelque chose qui n'est pas lui. »

H serait bien à désirer que nouseussians toujours cette maxime devant les yeux, car elle est la véritable pierre de touche de l'amour de Dieu. JSi nous la pratiquons fidèlement, toutes les inégalités de cette vie ne pourront jamais, agiter notre barque, parce que avec celte boussole -, nous en tiendrons toujours le gouvernail ferme et droit»

Suite des marques de l'amour de Dieu.

Saint François de Sales , dans un de ses sermons, expose en ces termes les marques du saint amour :

« Les marques infaillibles pour reconnaître si » nous avens l'amour de Dieu, sont spécialement » trois.

» La première marque est de regarder si vous • vous plaisez fort en ~la présence de Dieu , car » vous savez que l'amour recherche toujours la » présence de la personne aimée. L'amour, dit saint » Denis , tend toujours à l'union. Il unit les cœurs » de ceux qui s'aiment, mais d'une union si forte » qu'elle est presque indissoluble quand l'amour » est pur.

» Donc, si vous aidiez bien Dieu, tous aurez un grand soin de rechercher sa présence , afin 0e vous mur toujours plus parfaitement à sa divine bonté , non poor la satisfaction qu'il y à de jouir de sa sainte présence, mais simplement pour satisfaire son amour qui le désire ainsi ; vous chercherez le Dieu des consolations , et non les consolations de Dieu.

» Or , vous savea que ceux qui s'aiment , cherchent toujours à parier en secret, lors même que ce qu'ils ont h dire n'est pas un. secret. Il en est de même de cet amour sacré ; car la fidèle épouse cherche tons les iboyens de rendre à son bienaimé quelque témoignage de son amour , quand ce ne aérait que 4e lui dire : Fous êtes tout mien, et Je suis tout vôtre; mais elle lui dit ces paroles en secret > dans le fond de son coeur * afin qu'il n'y ait que son bien-aimé qui les entende.

» La seconde marque pour connaître st.vwts aimez bien Die» , est de regarder si vo«s n'aimez pas beaucoup d'antres choses anreekti,. je veux parler d'un amour fort et puissant p car voua savez que, quand on aime beaucoup des choses, l'amour que noos avons pour Die* en est bien moins parfait, parce que notre capacité d'aimer est fort petite tant que nous sommes en cette vallée de misères , et par conséquent nous ne devons pas laisser notre araodr se répandre sur plusieurs objets , mais le tenir ramassé tant qu'il «nous sera possible pour l'employer h aimer cet

• objet infiniment aimable. Ii faut sans doute ai-

» mer quelque chose avec Dieu , mais d'un amour

» qui n'aille point de pair avec le sien , et qui , au

» contraire, lui soit sujet, en sorte que nous soyons

» toujours prêts à l'abandonner quand il sera op-

» posé à celui de Dieu.

* La troisième et principale marque pour con-

x naître si vous aimez bien Dieu , est de regarder

» si vous aimez bien le prochain ; car personne ne

» peut dire en vérité qu'il aime Dieu, s'il n'aime

» le prochain , ainsi que l'assure l'apôtre saint

» Jean.

» Mais comment et de quel amour devons^nous

» aimer le prochain? De l'amour même dont Dieu

» nous aime ; car il faut aller puiser cet amour dans

» le sein de sa divine majesté, afin qu'il soit tel

» qu'il doit être , c'est-à-dire qu'autant qu'il nous

» sera possible, nous devons aimer le prochain

» d'un amour pur , solide , ferme , constant et in-

» variable , qui ne s'attache point aux qualités ni

» aux conditions des personnes , mais à l'image de

» Dieu. Certes, si nous aimons ainsi le prochain,

» notre amour ne sera point sujet au changement ,

» ni aux aversions, comme l'est celui que nous

» avons les uns pour les autres , qui trop souvent

» se dissipe et se refroidit pour une mise froide ,

» ou pour quelque parole et action qui ûe sera pas

» assez correspondante à notre humeur ; ou pour

» quelque autre petite chose qui ne sera pas comme

» nous désirons.

Notre Seigneur nous supporte en nos défauts

» et en nos imperfections , sans aimer néanmoins,

» ni favoriser nos imperfections ; il faut donc que

» nous fassions de même à l'égard de notre pro-

» chain, l'aimant sans nous lasser jamais de le sup-

» porter en ses défauts , prenant bien garde toute-

» fois de ne favoriser ni aimer ses imperfections ,

» mais au contraire tâchant de l'en guérir autant

» qu'il nous sera possible , ainsi que fait la divine

» bonté envers les hommes. Dieu nous aime pour

» le ciel ; ainsi il aime plus nos âmes que nos corps ;

* de même nous devons aimer spécialement notre » prochain pour le ciel , lui procurant de tout no- » tre pouvoir , par nos prières 9 les grâces et béné- » dictions célestes, par le moyen desquelles il puisse » toujours croître en l'amour sacré ; l'encoura- » géant à l'exercice des véritables vertus, tant par » nos paroles que par nos exemples ; et ainsi nous » nous réjouirons beaucoup plus des dons et des » grâces que Dieu fera à son âme , de ses vertus » et des bénédictions célestes qu'il lui commun!- » quera , que des honneurs , des richesses et des

• autres biens périssables qui lui pourraient ar- » river. »

ARTICLE SIXIÈME

Désir du martyre.

Un jour que l'abbé de Chissé visitait les catacombes de Rome , pendant le séjour qu'il fit dans cette ville avec saint François de Sales , il l'y ren-

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contra tout baigné de larmes ; ce qui lui fit croire qu'il avait reçu quelque mauvaise nouvelle d*Ânneci ; maia notre saint lui dit : « Non , mon frère, » notf , je n'ai rien appris de fâcheux. Hélas I je » verse des larmes sur mon indignité , quand je » prie sur les tombeaux des Pontifes qui ont été as- » sez heureux pour répandre leur sang en témoi- » gnage de leur foi* Oh I que le martyre est à dé- » sirer 1 Mais il faut que je m'humilie ; je ne mérite 4 pas , pécheur que je sais , les grâces et les faveurs * que Dieu accorde k ses favoris. »

AftTICLE SEPTIÈME.

Désir d'aimer Dieu.

Le wolaimtr signifie en général vouloir un bien, soit absent , soit présent Le désir est l'amour du bie» absent, et la joie est l'amour du bien présent Désirer d'aimer Dieu est un grand avancement vers cet amour; et quand nous l'aimons, désirer de l'aimer encore davantage est un grand moyen de faire des progrès dans cette divine charité. Voici ce que dit sur cet objet le saint évoque de Genève, dans une lettre à sainte Chantai :

« Qu'est-ce que je demande pour vous dans mes » prières ? Rien que le pur et saint amour de notre » Sauveur. Oh ! qu'il nous faut désirer cet amour, » et qu'il nous faut aimer ce désir , puisque la rai- » son veut que nous désirions à jamais d'aimer ce » qui ne peut jamais être assez aimé , et que mus

» aimions à désirer ce qui ne peut jamais être assez » désiré! »

Le désir est un très-grand -moyen pour nous faire avancer dans le saint amour , parce que les hommes demandent avec ardeur ce qu'ils désirent beaucoup, et ils emploient tous les moyens qui sont en leur pouvoir pour y parvenir. Il faut donc avoir un désir continuel d'aimer toujours davantage , comme le grand apôtre qui tendait incessamment au but qui était devant lui, sans penser jamais l'avoir atteint. C'est ce que notre saint a très-bien exprimé dans Je Traité de l'amour de Dieu.

« L'avarice temporelle , dit-il, par laquelle on » désire avidement les trésors terrestres , est la » racine de tous les maux ; mais l'avarice spirituelle » par laquelle on souhaite incessamment l'or pur » de l'amour sacré est la racine de tous les biens. » Quiconque désire bien l'amour divin, le cherche » bien , celui qui le cherche bien, le trouve bien ; » celui qui le trouve bien , trouve la source de la » vie dans laquelle il puisera le salut du Seigneur. »

ARTICLE HUITIÈME

Agir en charité et par charité.

Agir en charité et par charité , c'est être en état de grâce et agir par le motif de l'amour divin. Or on peut agir par ce motif en deux manières ; 1° en se proposant le seul motif de . l'amour de Dieu ; ce qui est la manière d'agir la plus conforme à celle

des bienheureux habitants du ciek 2° En arrosant et détrempant du saint amour les motifs propres des autres vertus , ainsi que saint François, de Sales explique très-clairement par l'exempte mirant : Si je veux m'exposer vaillamment aux hasards de la guerre , ma volonté peut être mue par la considération de divers motifs ; car le motif naturel de cette action est celui du courage et de la vaillance , dont le propre est de ïaire*entreprendre par raison les choses périlleuses $ mais , outre ce motif, je puis en avoir plusieurs autres , comme celui d'obéirau prince que je sers, celui de l'amour pour le bien public , celui de la magnanimité qui me fait trouver du plaisir en la grandeur de cet acte de courage. Venant doue ô Faction y je m'expose au péril pour tous «es motifs. Mais, si je veux les élever tous au degré de l'amour divin et les purifier parfaitement , je dirai intérieurement de tout mon eceur : O Bieu éternel, qui êtes le tris-ch&r objet de toutes mes affections, si la vaillance > f obéissante au prince , t amour de la patrie -, et la magnanimité ne vous étaient pas agréables , je ne suivrais jamais leurs mouvements que je sens maintenant ; mais parce que ces. vertus vous plaisent, f embrasse cette occasion de les pratiquer , et je ne veux seconder leur instinct et leur inclination ; que parce que vous les aimez et que vous le voulez* » Vous voyez bien, mon cher Tbéotime , qu'en ce retour d'esprit nous parfumons tous les autres

• motifs de l'odeur et sainte suavité de l'amour, » puisque nous ne les suivons pas en qualité de » motifs simplement vertueux, mais en qualité de » motifs voulus, agréés, aimés et chéris de Dieu. »

Le motif est done la pierre de touche qui éprouve l'œuvre de chacun. Si, par exemple, en donnant l'aumône en état de grâce , vous la donnez par le motif de l'amour divin , et dans l'intention de plaire h Dieu , votre œuvre lui sera très-agréable et vous sera très-méritoire.

Il est bien admirable que la plus petite action , ne fût-ce que manger et se promener , si on la sanctifie par le désir de plaire à Dieu, kti est tellement agréable , qae dans le Cantique des cantiques il se déclare blessé au eeeur par un seul des cheveux de sa sainte épouse, c'est-à-dire parla chose même la plus petite.

Ce qui n'est pas moins admirable , c'est qu'une seule action de vertu , faite avec une grande ferveur de charité , a quelquefois élevé une personne à un très-haut degré de perfection. C'est pourquoi il ne faut négliger aucune occasion , grande ou petite, d'exercer la vertu , et l'on doit se souvenir toujours que les actions les plus agréables à Dieu sont celles où il y a davantage de son amour. C'est ce que notre saint prouve dans son quinzième entretien, par l'exemple de sainte Gertrude, qui faisait simplement et sans réplique tout ce qae voulait sa supérieure,

ARTICLE NEUVIÈME

Globe et colonnes de feu.

Dieu ayant destiné les Apôtres pour porter dans tout l'univers le feu saeré du divin amour, et pour en embraser les cœurs, envoya le Saint-Esprit qui descendit sur eux en forme de langues de feu le jour de la Pentecôte, afin qu'ils annonçassent avec une sainte ardeur l'Evangile du divin amour. Quelque chose de semblable est arrivé au saint évoque de Genève,en preuve qu'il était tout consacré à l'amour de Dieu. Un globe de feu céleste tomba une fois sur ' son oratoire pendant qu'il priait , et l'environna tout entier d'étincelles brillantes qui l'éclairaient sans le brûler 5 et qui le rendirent ardent et lumineux comme le buisson de Moïse.

Nous lisons dans la vie de sainte Catherine de Sienne, qu'une faveur du même genre lui fut accordée. Oh I qui nous donnera quelque étincelle de ce feu divin pour enflammer nos cœurs de saints désirs ?

Une autre fois pendant que le saint évêque 6e , promenait dans sa chambre, pensant à quelque sermon qu'il avait à faire , il sentit son cœur s'enflammer dans sa méditation , et il vit d'une vue non intellectuelle ou imaginaire, mais sensible, deux colonnes de feu sortir de son lit et se mettre à ses deui côtés, se promenant avec lui dans sa chambre ; et son entendement ne fut pas moins éclairé que ses

yeux; car cette apparition si extraordinaire fut accompagnée d'une admirable connaissance de la beauté et de la clarté des mystères de notre sainte foi.

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