CHAPITRE XIX
Des délits et des peines.
Tous les Athéniens peuvent subir les mêmes peines. Tous peuvent être privés de la vie , de la liberté , de leur patrie , de leu:s biens et de leurs privilèges.
On punit de mort le sacrilège ,1a profanation des mystères, les entreprises contre l'état , et surtout contre la démocratie 5 les déserteurs ; ceux (jui livrent à l'ennemi une place , un galère , un détachement de troupes , etc.
DU JEUNE ANÂCHA.Î\SIS. iSj
lue vol commis de jour, quand il s'agit de plus de cinquante drachmes ( environ cinquante francs), mérite la même peine , ainsi que le vol , quelque léger qu'il soit , s'il a été commis de nuit, ou dans les bains et les gymnases.
C'est avec la corde , le fer et le poison , qu'on ôte pour l'ordinaire la vie aux coupables. Quelquefois on les fait expirer sous le bâton j d'autres fois , on les jette dans la mer , ou dans un gouffre hérissé de pointes tranchantes, pour hâter leur trépas.
On retient en prison le citoyen accusé de certains crimes , jusqu'à ce qu'il soit jugé j celui qui est condamné à mort , jusqu'à ce qu'il soit exécuté ; celui qui doit , jusqu'à ce qu'il ait payé. Certaines fautes sont expiées par plusieurs années ou par quelques jours de prison; d'autres doivent l'être par une prison perpétuelle.
L'exil est un supplice d'autant plus rigoureux pour un Athénien , qu'il ne relouve nulle part les agrémens de sa patrie , et que les ressources de l'amitié ne peuvent adoucir son infortune. Un citoyen qui lui donnerait asile serait soumis à la même peine. Cette proscription a lieu, 1° lorscju'un homme est absous d'un meurtre involontaire ; il doit s'absenter d'Athènes
l5o ABREGE DU VOYAGE
pendant une année entière , et n'y revenir qu'après avoir donné satisfaction aux pavens du mort , et s'être purifié par certaines cérémonies religieuses ; a» lorsqu'il est accusé devant l'aréopage d'un meurtre prémédité j s'il désespère de sa cause , après un premier plaidoyer, il peut, avant que ses juges donnent leurs suffrages, se coudamner à l'exil , et se retirer tranquillement. On confisque ses Liens , et sa personne est en sûreté , pourvu qu'il ne se montre, ni sur les terres de la république , nî dans les solennités de la Grèce ; dans ce cas , il est permis à tout Athénien de le traduire en justice ou de lui donner la mort.
La dégradation prive un homme de tous les droits ou d'une partie des droits de citoyen. C'est une peine très-grave. Alors un particulier est comme un citoyen détrôné qu'on laisse dans la société pour y servir d'exemple. Ni celui qui s'est glissé dans la cavalerie sans avoir subi un examen , ni celui qui est débiteur du trésor public , n'encourent la flétrissure attachée à cette peine; mais l'infamie est pour celui qui a maltraité les auteurs de ses jours , et pour celui qui a lâchement abandonné son poste ou sQii bouclier.
DU JEUNE ANACHARSlS. 1 Sc)