CHAPITRE XXI
De la religion , des ministres sacre's , et des principaux crimes contre le culte des dieux.
Il ne s'agit ici que de la religion dominante. Le culte public est fondé sur cette
loi : (( Honorez en public et en paniculier les dieux et les héros du pays. Que chacun leur offre tous les ans, suivant ses facultés, et suivant les rits établis, les prémices des moissons. »
Dès les temps les plus reculés, les objets du culte s'étaient multipliés chez les Athéniens. Les douze principales divinités leur furent communiquées par les Egyptiens , et d'autres par les Libyens et par différons ^peuples.
Ce fut aussi une ancienne et belle institution que celle de consacrer, par des monumens et par des fêtes, le souvenir des rois et des particuliers qui avaient rendu de grands services à l'humanité . Telle est l'origine de la profonde vénération que l'oa conserve pour les héros. Les Athéniens •mettent de ce nombre Thésée , le premier auteur de leur liberté ; Erechtée,undeleurs anciens rois j ceux qui méritèrent dedonner leur nom au dix tribus, et beaucoup d'autres parmi lesquels il faut ranger Hercule.
Le culte de ces derniers diffère essentiellement de celui des dieux. Les Grecs se prosternent devant la divinité pour reconnaître leur dépendance , implorer sa protection, ou la remercier de ses bienfaits; ils consacrent des temples , des autels , des
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bois; célèbrent des fêtes et des jeunes, l'honneur des héros, pour éterniser leur gloire , et rappeler leurs exemples.
On enseigne des dogmes secrets dans les mystères d'Eleusis, de Bacchus et de quelques autres divinités; mais la religion dominante consiste toute dans l'extérieur.
Elle ne présente aucun corps de doctrine, aucune instruction publique ; point d'obligation stricte de participer à des jours marqués au culte établi. Il suffit, pour la croyance, de paraître persuadé que les dieux existent , et qu'ils récompensent la vertu, soit dans cette vie, soit dans l'autre; pour la pratique , de faire par intervalles quelques actes de religion, comme, par exemple , de paraître dans les temples aux fêtes solennelles , et de présenter ses hommages sur les autels publics. Le peuple fait uniquement consister la piété dans les sacrifices et dans les purifications.
Les particuliers adressent leurs prières aux dieux au commencement d'imé entreprise, le matin, le soir, .au lever et au coucher du soleil et de la lune. Quelquefois ils Se rendent au temple les yeux bais- Èés et l'air recueilli; ils baisent la terre; ils prient debout, à genoux, prosternés, teùant des ratneaux dans leurs mains, qu'ils
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éJèveiit vers le ciel , ou qu'ils eleudent vers la statue du dieu , après les avoir portés à leur bouche. Si l'hommage s'adresse au dieu des enfers , on a soin , pour attirer son attention , de frapper la terre avec les pieds , ou avec les mains.
Dans les solennités publiques , les Athéniens prononcent en commun des vœux pour la prospérité de l'état et pour celle de leur allié ; quelquefois pour la conservation des fruits de la terre, et pour le retour de la pluie ou du beau temps ; d'autres fois, pour être délivrés de la peste et de la famine.
Autrefois , on ne présentait aux dieux que les fruits de la terre j les sacrifices sanglans s'introduisirent avec peine.
L'homme avait horreur de porter le fer dans le sein d'un animal destiné au labourage , et devenu le compagnon de ses travaux. Une loi expresse le lui défendait sous peine de mort , et l'usage général l'engageait à s'abstenir de la chair des animaux. Quand les hommes se nourrissaient des fruits de la terre , ils avaient soin d'en réserver une portion pour les dieux. Ils observèrent la même coutume quand ils commencèrent à se nourrir de la chair des animaux ; et c'est peut-être de là que viea-
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neut les sacrifices sanglans , qui ne sont en effet que des repas destinés aux dieux, et auxquels on fait participer les assislans.
On partage la victime entre les dieux , les prêtres et ceux qui l'ont présentée. La portion des dieux est dévorée par la flamonej celle des prêtres fait partie de leur revenu; la troisième sert de prétexte à ceux qui la reçoivent de donner un repas à leurs amis. Comme le sp.crifice de bœuf est le plus estimé , on fait pour les pauvres de petits gâteaux auxquels on donne la figure de cet animal , et les prêtres veulent bien se contenter de cette offrande.
Chaque particulier peut offrir des sacrifices sur un autel placé à la porte de sa maison, ou dans une chapelle domestique. C'est là que J'ai vu souvent un père vertueux , entouré de ses enfans , confondre teur hommage avec le sien, et former des vœux dictés parla tendresse et dignes d'être exaucés. Cette espèce desacerdoce ne devant être exercé que dans une seule famille , il a fallu établir des ministres pour le culte public
Il n'est point de villes où Vf^n trouve autant de prêtres et de prêtresses qu'à Alhè- I nés , parce ^u'il n'en est point où l'on ait I élevé une si grande quantité de temples ,