TOME I
i'JO ABROGÉ DU VOfAGE
OÙ l'oïi célèbre vùa si grand riombre de fêtes. Dans les difFéreris bourgs de l'Attique et du reste de la Gréée un seul prêtre snffit pour desservir un temple ; dans les villes considérables . les soins du ministère sont partagés entre plusieurs personnes , qui forment comme une communauté et portent différens noms. A leur tète est le ministre du dieu , qualifié quelquefois du titre de grand-prêtre.
Les prêtres officient avec de l'iclies vête- ': mens , sur lesquels sont tracés en lettres d'or les noms des particuliers qui en ont fait présent au temple. Cette magnificence est encore relevée par la beauté de la figure , la noblesse du maintien , le son de la voix , et surtout parles attributs de la divinité dont ils sont les ministres. C'est ainsi que la prêtresse de Cérès parait couronnée de pavots et d'épis , et celle de Minerve , avec l'égide , la cuirasse , et un casque surmonté d'aigrettes.
Ôti ne péUt remplir aucun sacerdoce sans tin examen qui roule sur la personne et suc les mœurs. 11 faut que le nouveau ministre n'ait aucune difibrtnilé da^s la figure , et que sa conduite ait été coftstartiment irréprochable : à l'égard île la science , il suffit qu'il connaisse le rituel du temple auquel
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il est attaché, qu'il s'acquitte des cérémo- ' nies avec décence , et qu'il sache discerner les diverses espèces d'hommages et de priéres que l'on doit adresser aux dieux.
Les prêtres ne forment point un corps particulier et indépendant ; nulle relatioa d'intérêt entre les ministresdes difTérens temples : les causes mêmes qui les regardent personnellement sont portées aux tribu- ^naux ordinaires
Les neuf archontes , ou magistrats suprêines , veillent au maintien du culte public, et sont toujours à la tête des cérémonies religieuses. Le second , qui porte le titre de roi , est chargé de poursuivre les délits contre la religion , de présider aux sacrifices publics, et de juger les contestations qui s'élèvent dans les familles sacerîlotales au sujet de quelque prêtrise vaca'fité.
A la suite des prêtres on doit placer les devins , dont l'état honore la profession , ti qu'il entretient dans le Prytanée. Ils ont la prétention de lire l'avenir dans le vol des oiseaux et dans les entrailles des victimes. Ils suivent les armées, et c'est de leurs décisions , achetées quelquefois à uni prix excessif, que dépendent souvent les révolutions des gouvememens et les opéra-' lions d'une campagne. On en trouve dans)
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'toute la Grèce; mais ceux de l'Elide sont ! ]les plus renommés. Là , depuis plusieurs l "siècles , deux ou trois familles se transmettent de père en fils l'art de prédire les évéijneraens et de suspendre les maux des mortels.
Depuis un siècle environ , l'incrédulité a fait chez les Athéniens de rapides progrès. .Dès que les Grecs eurent recules lumières 'de la philosophie , quelques-uns d'entre eux , étonnés des irrégularités et des scan- ■dales de la nature, ne le furent pas moins jde n'en pas trouver la solution dans le sys- -tème informe de religion qu'ils avaient suivi ^jusqu'alors. Les doutes succédèrent à l'iignorance, et produisirent des opinions li- ^cencieuses , que les jeunes gens embras- •«èrenti avec avidité ; mais leurs auteurs devinrent l'objet de la haine publique , et .je peux citer plusieurs jugemens que les tribunaux d'Athènes ont prononcés contre 'le crime d'impiété depuis environ un siècle.
: Le poète Eschyle fut dénoncé pou ravoir .^.çévélé , dans une de ses tragédies , la honte des mystères. Son frère Aménias lâcha d'é- , .mouvoir les juges en montrant les blessu- ' ' Tes qu'il avait reçues à la bataille de Sala- ,mine.Cemoyenn'aurait peut-ètrepas suffi , si Eschyle n'eût prouvé clairement qu'il u'éuit pas iuilic.
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Le philosophe Diagoras , accusé d'avoir r-evélé les mystères, et nié l'existence des dieux, prit la fuite. On promit des récompenses à ceux qui le livreraient mort ou yif, et le décret qui le couvrait d'infamie fut gravé sur une colonne de bronze.
Protagoras , un des plus illustres sophistes de son temps , ayant commencé un de ses ouvrages par ces mots : Je ne sais s'il y a des dieux ou s'il n'y en a point , fut poursuivi criminellement, et prit la fuite. On rechercha ses écrits dans les maisons des particuliers, et on les brûla daps la place publique.
Prodicus de Céos fut condamné à boire la ciguë , pour avoir avancé que les hommes avaient mis au rang des dieux les êtres ^ont ils tiraient de l'utilité, tels que le soleil , la lune , les fontaines , etc.
La faction opposée à Périclès , n'osant' l'attaquer ouvertement , résolut de le prendre par une voie détournée. Il était l'ami d'Anaxagore , qui reconnaissait une intelligence suprême. En ver tu d'un décret porté contre ceux qui niaient l'existence des dieux, Anaxagore fut traîné en prison. Il obtint <juelques suffrages de plus que son accusateur , et ne dut ce bonheur qu'aux prières et aux larmes de Périclès , qui le fit sortir
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d'Athènes. Sausle crédit de son protecteur, le plus religieux des philosophes aurait été condamné comme athée.
IN'ous avons déjà vu qu'Alcibiade fut accusé d'avoir mutilé les statues de Minerve, pendant une nuit , avant de s'embarquer pour l'expédition de Sicile ; qu'il fut cité à comparaître , comme il allait s'emparer de Messine j et que , sur son refus , il fut condamné à perdre la vie
Quelque temps après , arriva le jugement de Socrate , dont la religion ne fut que le prétexte. J'en parlerai plus loin.
Les Athéniens ne sont pas plus indulgens pour le sacrilège. Lesloisaltachentla peine de mort à ce crime , et privent le coupable des honneurs de la sépulture. Croirait-on qu'on a vu des citoyens condamnés à périr , les uns , pour avoir arraché un arbrisseau dans un bols sacré , les autres pour avoir tué je ne sais quel oiseau consacré à Esculape! Voici un trait plus effrayant encore. Une feuille d'or était tombée de la couronne de Diane; un enfant la ramassa. Il ctait si jeune qu'il fallut mettre son discernement à répreuve. On lui présenta de nouveau la feuille d'or , avec des dés , des hocliets et une gros.se pièce d'argent; il se jeta sur cette pièce, et les juges déclarèrent qu'il
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avait assez de raison pour être coupable, et être puni de mort.