‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 49 sur 82 · CHAPITRE XXVIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVIII

Suite des mœurs des Athéniens.

J'ai dit plus haut qu'à certaines heures de la journée les Athéniens s'assemblaient dans la place publique , ou dans les boutiques dont elle est entourée. Je m'y rendais souvent , soit pour apprendre quelque nouvelle, soit pour étudier le caractère de ce peuple.

Je me mis donc un jour à parcourir les diflerens cercles que je voyais autour de la place. Ils étaient composés de gens de tout âge et de tout état. Des tentes les garantissaient des ardeurs du soleil. Pendant que je me tournais pour considérer une partie de dés , un homme vint à moi d'un air empressé : « Savez-vous la nouvelle , me dit-il? — Non , répondis-je. — Quoi , vous l'ignorez? Je suis ravi de vous l'apprendre. Je la tiens de Nicéra tes, qui arrive

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de Macédoine. Le roi Philippe a été Latlu par les Illyriens : il est prisonnier j il est mort. — Comment ! est-ce possible ? — Rien n'est si certain. Je viens de rencontrer deux de nos archontes ; j'ai vu la joie peinte sur leur visage. Cependant n'en dites rien, et surtout ne me citez pas. » Il me quitte aussitôt pour communiquer ce secret à tout le monde.

Après qu'il fut parti , je me jetai au milieu d'un groupe formé autour d'un devin, qui se plaignait de l'incrédulité des Athéniens. Il s'écriait : « Lorsque, dans l'assemblée générale , je parle des choses divines , et que je vous dévoile l'avenir , vous vous moquez de moi, comme d'un fou. Cependant l'événement a toujours justifié mes prédictions. Mais vous portez envie à ceux qui ont des lumières supérieures aux vôtres. »

Il allait continuer , lorsque nous vîmes paraître Diogène. 11 arrivait de Lacédémone : « D'où arrivez-vous , lui demanda quelqu'un? — De l'appartement des hommes à celui des femmes, répondit-il. — Y avaitil beaucoup de monde aux jeux olympiques , lui dit un autre? — 'Beaucoup de spectateurs et peu d'hommes. » Ces ré- 'ponses furent applaudies, et à l'instant

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Diogène se vit entouré d'une foule d'Athéniens, qui cherchaient à tirer de lui quelque repartie : « Pourquoi , lui disait celuici, mangez-vous dans le marché? — C'est que j'ai faim dans le marché. » Un autre lui fit cette question : « Comment puis-je me venger de mon ennemi? — En devenant plus vertueux. — Diogène , lui dit un troisième , on vous donne bien des ridicules.— Mais je ne les reçois pas. » Un étranger, né à Mynde, voulut savoir comment il avait trouvé cette ville : « J'ai conseillé aux habitans , répondit-il , d'eu fermer les porles de peur qu'elle ne s'en-^ fuie. >■> C'est qu'en effet cette ville, qui est très petite , a de très grandes portes. Le parasite Criton , éiant monté sur une chaise , lui demanda pourquoi on l'appe-lait chien.— « Parce que je caresse ceux qui me donnent de quoi vivre j que j'aboie contre ceux dont j'essuie des refus , et que je mords les méchans. — Eh ! quel est,, reprit le parasite , l'animal le plus dangereux?— Parmi les animaux sauvages , le calomniateur ; parmi les domestiques , le flatteur. »

A ces mots, lesassistans firent des éclats de rire 3 le parasite disparut , et les attaques continuèrent avec plus de chaleur^

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