‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 62 sur 82 · TOME I, iS · texte numérisé non relu

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le serrait de près , que ceux du Syracusaiii se précipitent dans une ravine qui borde là. carrière en cet endroit , que tout retentit de cris perçans et multipliés , le Corinthien et le Thébain arrivent , saisissent le moment favorable , dépassent la borne , pressent de l'aiguillon leurs coursiers fougueux , et se présentent aux juges , qui décernent le premier prix au Corinthien , et le second au Thébain.

Pendant la durée des fêtes, et dans certains intervalles de la journée , nous quittions , et nous parcourions les environs d'Oljmpie. Nous revenions souvent dans Tenceinte sacrée. Là , partout s'offraient à nous des exemples frappans de faste et de vanité j car les jeux attirent tous ceux qui oilt acquis de la célébrité , ou qui veulent en acquérir par leurs talcns , leur savoir , bu leurs richesses. Ils viennent s'exposer aux regards de la multitude , toujours empressée auprès do ceux qui ont ou qui affectent de la supériorité.

Après labàtailk de Salamine , Thémis loclc parut au milieu du stade, qui reter lit aussitôt d^\pplaudisseuicns en son honneur. On ne s'occupa plus des jeux ; tous • les regards furent arrêtés sur lui pendant toute la journée. On montrait aux étran-

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eers , avec des cris de joie et d'admiration, cet homme qui avait sauvé la Grèce • et Thémistocle fut forcé d'avouer que ce jour avait été le plus beau de sa vie.

Nous apprîmes qu'à la dernière olympiade Platon obtint un triomphe à peu près semblable. Lorsqu'il parut à ces jeux, toute l'assemblée fixa les yeux sur lui , et témoigna par les expressions les plus flatteuses la joie qu'inspirait sa présence.

Nous fûmes témoins d'une scène plus touchante encore. Un vieillard cherchait à se placer : après avoir parcouru plusieurs gradins , toujours repoussé par des plaisanteries offensantes , il parvint à celui des Lacédémoniens. Tous les jeunes gens , et la plupart des hommes faits, se levèrent avec respect, et lui offrirent leurs places.. Des battemens de mains sans nombre éclatèrent à l'instant , et le vieillard atff^^i,(Jri ne put s'empêcher de dire : « Les Grecs connaissent les règles de la bienséance", les Lacédémoniens les pratiquent. »

Nous suivions avec assiduité les lectures qui se faisaient à Olympie. Les présidens des jeux y assistaient quelquefois, et le peuple s'y portait avec empressement. Un jour qu'il paraissait écouter avec une attention plus marquée, on entendit retentir

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de tous côtes lenomdePolydamas. Aussitôt les assistans coururent après Polydamas.

C'étaitun athlète deThessalie , d'une grandeur et d'une force prodigieuse. On racontait de lui , qu'étant sans armes sur le mon t Olympe il avait abattu un lion énorme sous ses coups ; qu'ayant saisi un taureau furieux , l'animal ne put s'échapper qu'eu laissant la corne de son pied entre ses mains; que ces chevaux les plus vigoureux ne pouvaient faire avancer \ui char qu'il retenait par derrière d'une seide main. 11 avait remporté plusieurs victoires dans les jeux publics ; mais comme il était venu trop tard à Olympie, il ne putètre admis au concours. Nous apprîmes dans la suite la fin tragique de cet homme extraordinaire. Il était entré avec quelques-uns de ses amis dans une caverne pour se garantir de la chaleur : la voûte de la caverne s'entr'ouvrit , ses amis s'enfuirent; il voulut soutenir la montagne, et en fut écrasé.

Il me reste à parler des exercices qui demandent plus de force que les précédens. tels que la lutte , le pugilat , le pancrace et le panlalhle. Je ne suivrai point l'ordre dans lequel ces combats furent donnés , et je commencerai par la lutte.

On se propose dans cet exercice de jeter

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5on adversaire par terre , et de le forcer à se déclarer vaincu. Trois couples de lutteurs se présentèrent pour combattre, et le septième fut réservé pour combattre contre les vainqueurs des autres. Ils se dépouillèrent de tout vêtement, et aprèss'être frottes d'huile ils se roulèrent dans le sable, afin que leurs adversaires eussent moins ■de prise en voulant les saisir.

AussitôtunThébain et un Argien s'avancent dans le stade , ils s'approchent , se mesurent des yeux , et s'empoignent par les bras. Tantôt , appuyant leur front l'un -contre l'autre , ils se poussent avec une ■action égale , paraissent immobiles et s'épuisent en efforts superflus ; tantôt ils s'é- 'branlent par des secousses violentes, s'entrelacent comme des serpens , s'allongent , se raccourcissent , se plient en avant , en arrière , sur les côtés ; une sueur abondante coule de leurs membres affaiblis , ils respirent un moment , se prennent par le milieu du corps , et , après avoir employé de nouveau la ruse et la force , le Thébain enlève son adversaire , mais il plie sous le poids : ils tombent, se roulent dans la poiisjsière, et reprennent tour à tour le dessus.: A la fin, le Thébain, par l'entrelacement' de ses jambes et de ses bras , suspend tous

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les mouvemens de son adversaire , qu'il tient sous lui , le serre à la gorge , et le force à lever la main pour marque de sa défaite. Ce n'est pas assez néanmoins pour obtenir la couronne j il faut que le vainqueur terrasse au moins deux fois son rival , et communément ilscnvienncnltrois fois aux mains. L'Argien eut l'avantage dans la seconde action , et le Tliébain reprit le sien dans la troisième.

Après que les deux autres couples de lutteurs eurent achevé leurs combats, les vaincus se retirèrent , accablés de honte et de douleur. Il restait trois vainqueurs , un Agrigentin , un Ephésien , et le^Thébain dont j'ai parlé. 11 restait aussi un Rhodien, que le sort avait réservé. 11 avait l'avantage d'eulrer tout frais dans la lice , mais il ne pouvait remporter le prix sans livrer plus d'un combat. 11 triompha de l'Agrigeniin, fui terrassé par l'Ephésien, qui succombaà son tour sous le Thébain. Ce dernier obtint la palme.

Il n'est pas permis , dans la lutte , de porter des coups à son adversaire; dans le pugilat, il n'est permis que de le frapper. Huit athlètes se présentèrent pour ce dernier exercice , et furent , ainsi que les lutteurs, appareillés par le sort. Ils avaient la tête

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couverte d'une calotte d'airain , et leurs poings étaient assujétis par des espèces de gantelets , formés de lanières de cuir qui se croisaient en tous sens. Les attaques furent aussi variées que les accidens qui les suivirent. Quelquefois, on voyait deuxatli- |lètes faire divers mouvemens pour n'avoir pas le soleil devant les yeux , passer des heures entières à observer , à épier chacun l'instant où son adversaire laisserait une partie de son corps sans défense, à tenir leurs bras élevés et tendus , de manière à mettre leur tête à couvert, à les agiter rapidement pour empêcher l'ennemi d'approcher. Quelquefois ils s'attaquaient avec fuireur , et faisaient pleuvoir l'un sur l'autre une grêle de coups. Nous en vîmes qui , se précipitant le bras levé sur leur ennemi , prompt à les éviter , tombaient pesamment sur la terre , et se brisaient tout le corps ; 'd'autres qui , épuisés et couverts de blessures mortelles, se soulevaient tout-à-coup, j€t prenaient de nouvelles forces dans leur désespoir ; d'autres enfin, qu'on retirait du' champ de bataille , n'ayant sur le visage aucun trait qu'on pût reconnaître , et ne donnant d'autre signe de vie que le sang qu'ils vomissaient à gros bouillons.

Dans les autres exercices , il est aisé de

juger du succès. Dans le pugilat, il faut que l'un des deux combattans avoue sa défaite. Tant qu'il lui reste un degré de force , il ne désespère pas de la victoire , parce qu'elle peut dépendre de ses efforts et de sa fermeté. On nous raconta qu'unathlète, ayant eu les dents brisées par un coup terrible, prit le parti de les avaler, et que son rival , voyant son attaque sans effet , se crut perdu sans ressource , et s'avoua vaincu.

Au pugilat succéda le combat du pancrace , exercice composé du premier et de celui de la lutte. Les atlilètes , devant se saisir au corps , n'ont pas les mains armées de gantelets. L'action fut bientôt terminée. 11 était venu la veille unSicyonien, nommé Sostrate , célèbre par quantité de couronnes , et par les qualités qui les lui avaient procurées. La plupart de ses rivaux furent écartés par sa présence , les autres par ses premiers essais.

Le pancrace fut suivi du pantalhle. Ce jeu comprend non seulement la course à pied , la lutte , le pugilat et le pancrace , mais encore le saut , le jet du disque , et celui du javelot. Les athlètes qui en disputent le prix doivent , pour l'obtenir, triompher au moins dans les troispremiers combats auxquels ils s'engagent.

Le dernier jour des fêtes fut destiné à couronner les vainqueurs. Cette cérémonie se fit dans le Lois sacré , et fut précédée de sacrifices pompeux. Quand ils furent achevés , les vainqueurs , à la suite des présidens «des jeux , se rendirent au théâtre , parés de riches habits , et tenant une palme à la main. Ils marchaient dans l'ivresse de la joie , au son des flûtes , entourés d'un peuple immense , dont les applaudissemens faisaient retentir les airs. Parvenus authéâtre, les présidens des jeux firent commencer l'hymne , composé autrefois par le poète Archiloque, et destiné à relever la gloire des vainqueurs et l'éclat des cérémonies.

Après que les spectateurs eurent joint , à chaque reprise , leurs voix à celles des musiciens , le héraut se leva, et annonça que Porus , de Cyrène , avait remporté le prix du stade. Cet athlète se présenta devant le chef des présidens , qui lui mit sur la tête une couronne d'olivier sauvage , cueillie , comme toutes celles qu'on distribue à Oljmpie , sur un arbre qui est derrière le temple de Jupiter, et qui est devenu , par sa destination , l'objet de la vénération publique. Aussitôt toutes ces expressions de joie et d'admiration, dont on l'avait honoré dans le moment de sa victoire , se

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renouvelèrent avec tant de force et de profusion que Porus me parut au comble de la gloire. On nous dit , à celte occasion , que le sage Chilon expira de joie en em< Lrassant son fds , qui venait de remportei la victoire , et que l'assemblée des jeux olympiques se fit un devoir d'assister à ses funérailles. Dans le siècle dernier, ajoutat-on , nos pères furent témoins d'une scène encore plus intéressante.

Diagoras , de Rhodes , qui avait rehaussé Téclat de sa naissance par une victoire remportée dans nos jeux , amena dans ces lieux deux de ces enfans qui concoururent et méritèrent la couronne. A peine l'eurent-ils reçue qu'ils la posèrent sur la tête de leur père , et , le prenant sur leurs épaules , le promenèrent en triomphe au milieu des spectateurs, qui le félicitaient en jetant des fleurs sur lui , et dont quelques-uns lui .disaient : « Mourez , Diagoras ; car vous n'avez plus rien à désirer. Le vieillard , ne pouvant suffire à son bonheur, expira au milieu de l'assemblée attendrie de ce spectacle , et baigné des pleurs de ses fils , qui le pressaient entre leurs bras.

Le jour même du couronnement , les -V ainqueurs offrirent des sacrifices en actions de grâces. Ils furent inscrits dans les registres publics desEléens, et magnifique-

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ment traités dans une des salles du pryianée. Les jours suivans , ils donnèrent euxmêmes des repas , dont la musique et la danse augmentèrent les agrémens. La poésie fut ensuite chargée d'immortaliser leurs noms , et la sculpture de les représenter sur le marbre ou sur l'airain , quelques-uns dans la même attitude où ils avaient remporté la victoire.

Suivant l'ancien usage, ces hommes, déjà comblés d'honneurs sur le champ de bataille, rentrentdans leur patrie avec tout l'appareil du triomphe , précédés et suivis d'un cortège nombreux , vêtus d'une robe teinte en pourpre , quelquefois sur un char à deux ou quatre chevaux , et par une brèche pratiquée dans les murs de la ville.

En certains endroits , le trésor public leur fournit une existence honnête j en d'autres , ils sont exempts de toute charge j a Lacédémone ils ont l'honneur, dans un jour de bataille , de combattreauprès du roi. Presque partout ils ont la préséance à la représentation des jeuxj et le titre de "vainqueur olympique , ajouté à leur nom , leur concilie une estime et des égards qui font le bonheur de leur vie.

^ Qnciqiiês-uns fontrejaillir les distinc-. lions qu'ils reçoivent sur les chevaux qui

les leur ont procurées , ils leur ménagent une vieillesse heureuse ; ils leur accordent une sépulture honorable , et quelquefois même ils élèvent des pyramides sur leurs tombeaux.

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