SECTION SECONDE
Siècle de Thêmisiocle et d'Aristide, depuis l'an i90 jusqu*à l'an M't avant J. C.
DarilsI", roi de Perse, était revenu de la Tunes'^ expédition qu'il avait entreprise pour subjuguer les JCjthcs . lorsque les villc^ de l'Ionie , voulant recouvrer leur liberté , qu'elles avaient perdue par les conquêtes de Ly-
INtRODTICTION. 27
rus , chassèrent leurs gouverneurs, brûlèrent la vlUe de Sardes, capitale de l'ancien royaume de Lydie, et entraînèrent dans leur révolte les peuples de Carie et de l'île âe Chypre. Les Lacédéaioniens prirent le parti de ne point accéder à cette ligue ; les Athéniens , sans se déclarer ouvertement, prirent celui de la favoriser. Ils envoyèrent en lonic des troupes qui contribuèrent à la prise de Sardes. Los Érétriens de l'Eubée suivirent Icut exemple.
Le princip.il auteur de ce soulèvement , fut Histiée de Milet , qui , relire à la cour de Perse , ijnpatient de revoir sa patrie , se servit du prétexte des troubles qu'il avait excités sous main , pour obtenir la permission d'y revenir. Il ne porla pas loin la peine de sa trahison : il fut pris les armes à la main , et les généraux de Darius se hâtèrent de le faire mourir.
En apprenant l'incendie de Sardes , Darius jura de tirer vengeance delà révolte des Ioniens et de la conduite des Athéniens. Mais avanfr d'attaquer ceux-ci , il tourna ses armes contre les premiers. Celte guerre, qui dura qucl- ;ques années, se termina par la soumission enlière de l'Ionie, et par la conquête de plusieurs lies de la mer Egée «t de toutes les villes de l'Hellespont.
Darius , avant d'en venir à une rupture ouverte avec la Grèce , envoya partout des hérauts, pour demander en ?on nom la terre et l'eau. C'est la formule que les Perses emploient pour exiger l'hommage des nations. La plupart des lies et des peuples du continent le rendirent «ans hésiter. Les Athéniens et les Lacédémoniens noa eeulement le refusèrent , mais , par une violation manifeste du droit des gens, ils jetèrent dans une fosse profonde les ambassadeurs du roi. Les premiers poussèrent leur indignation encore plus loin : ils condamnèrent à
; mort l'interprète qui avait souillé la langue grecque en
' expliquant les ordres d*^un barbare.
28 IKTRODICTIOX.
A celte nouvelle , Darius donna le commandement de ses troupes à un Mède , nommé Datis , avec ordre de détruire Athènes etEréUie, et de lui en amener les habitans chargés de chaînes.
Une flotte de six cents vaisseaux transporta l'armée dans l'île d'Eubée. La ville d'Érétrie fut prise par trahison, après s'être vigoureusement défendue pendant six jours. Ses temples furent rasés et ses habitans mis aux fers. La flotte victorieuse ayant ensuite abordé sur les côtes de l'Attique, mita terre, auprès du bourg de Marathon, éloigné d'Athènes d'une journée de chemin , cent mille 'hommes d'infanterie et dix raille de cavalerie. A la nouvelle de ce débarquement , les Athéniens consternés implorèrent le secours des peuples voisins. Les Lacédémoniens seuls leur promirent des troupes, que divers obstacles empêchèrent de les rejoindre sur-le-champ. Abandonnés à leurs propres forces, ils résolurent de périr les armes à la main.
Heureusement , il parut alors trois hommes destinés à donner un nouvel essor aux sentimenS de la natioir. C'était Miltiade, Aristide et Thémistocle. Le premier avait fait long-temps la guerre en Thrace, et s'était acquis une réputation brillante. Il ne faut qu'un trait pour peindre Aristide : il fut le plus juste et le plus vertueux des Athéniens. Il en faudrait plusieurs pour exprimer les talens , les ressources et les vues de Thémistocle.
Enflammées par l'exemple et les discours de ces trois illustres citoyens, les dix tribus fournirent chacune mille hommes de pied avec un capitaine à leur tête. Il fallut enrôler des esclaves pour compléter ce nombre. Dès que ces troupes furent rassemblées , elles sortirent de la ville , et '<iesccndirent dans la plaine de Marathon , où les habitans de Platée , en Ucotie, leur envoyèrent un renfort de mille fantassins.
ISTRODCCTION. 29
A peine cette petite armée fut-elle arrivée en présence de l'ennemi , que la bataille fut résolue. Pour en assurer le succès , Aristide et les autres généraux cédèrent à Miltiade le commandement qu'ils avaient chacun à leur tour ^ mais, pour les mettre eux-mêmes à l'abri des événemens, il attendit le jour qui le mettait de droit à la tête de l'armée. Dès que le jour parut , il rangea ses troupes au pied d'une montagne , dans un lieu parsemé d'arbres , qui devait arrêter la cavalerie persane. Un intervalle de huit stades , ou un tiers de lieue , séparait les Grecs de l'armée des Perses.
Au premier signal, les Athéniens franchissent cet espace à la course. Les Perses', étonnés d'un genre d'attaque si nouveau , restent d'abord immobiles ; mais bientôt ils opposent à la fureur impétueuse de leurs ennemis une fureur plus tranquille et non moins redoutable. Après quelques heures d'un combat opiniâtre , les deux ailes de l'armée grecque commencent à fixer la victoire par la déroute de celles des Perses qui leur sont opposées. l£lle fut enfin décidée , lorsque ensuite elles se portèrent contre le centre de l'ennemi, qui pressait vivement le corps de bataille commandé par Aristide et Thémistocle.
Les Perses , repoussés de tous côtés , s'enfuient vers leur flotte. Le vainqueur les poursuit le fer et la flamme à la main ; il prend , brûle ou coule à fond plusieurs de leurs vaisseaux ; les autres se sauvent à force de rames.
Miltiade fut blessé dans le combat; Hippias y périt, et deux généraux athéniens. L'action était à peine décidée qu'un soldat, excédé de fatigue, forme le projet de porter la première nouvelle d'un si grand succès aux magistTats d Athènes • chargé de ses armes, il court , vole , arrive, annonce la victoire , et tombe mort à leurs pieds.
Cette grande bataille se donna la troisième année de la soixante-douzième olympiade , le 29 septembre de l'an
SO INÎr.ÔDTJCTION.
<'<90 avant J. C. Le lendemain, arrivèrent deux mille Spartiates qui avaient fait en trois jours et trois nuits douze cents stades de chemin (ou quarante-six lieues et demie}. Ils ne se retirèrent qu'après avoir donné de justes éloge» aux vainqueurs.
Les Athéniens n'oublièrent rien pour éterniser la mémoire des cent quatre-vingt-douze héros qu'ils avaient perdus dans la bataille. Oa leur fit des funérailles honorables j leurs noms furent gravés sur des demi-colonnes élevées dans la plaine de Marathon. Un habile artiste peignit les détails de l'action dans un des portiques les plus fréquentés de la ville ; il y représenta Miltiadc à la tête des généraux , et au moment où il haranguait les troupes.
Les Athéniens avaient élevé Miltiade si haut qu'ils, commencèrent à le craindre. Ceux qui portaient envie à sa gloire représentaient que , pendant qu'il commandait en Thràce , il avait exercé tous les droits de la souveraineté , et qu'il était temps de veiller sur ses vertu*" comme sur sa gloire. Le mauvais succès d'une expédition qu'il entreprit contre l'ilc de Paros fournit un nouveauprétexte à la haine de ses ennemis. Ou l'accusa de s'être laissé corrompre par l'argent des Perses , et , malgré lessollicitations des plus honnêtes citoyens , il fut condamnéà être jeté dans la fosse où l'on fait périr les malfaiteurs» Sur l'opposition du magistrat à l'exécution de ce décret, sa peine fut commuée en une amende de cinquante talcns, <Lorame il n'était pas en état de la payer , il fut jeté dans une prison où il expira des blessures qu'il avait reçues à la bataille de Marathon.