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jours neuves et profondes, et qui, par ses lois , a donné un nouveau caractère à sa nation.
« Un corps sain , une âme libre , voilà tout ce que la nature destine à l'homme pour le rendre heureux : voilà les avantages qui, suivant Lycurgue, doivent servir de fondement à notre bonheur. Vous concevez déjà pourquoi il nous est défendu de marier nos filles dans un âge prématuré j pourquoi elles ne sont point élevées à l'ombre de leurs toits rustiques, mais sous les regards brùlans du soleil, dans la poussière du gymnase, dans les exercices de la lutte, delà course, du javelot et du disque. Comme elles doivent donner des citoyens robustes à l'état , il faut qu'elles se forment une constitution assez forte pour la communiquer à leurs enfans
« Depuis notre plus tendre enfance, une suite non interrompue de travaux et de combats donne à nos corps l'agilité , la souplesse et la force. Un régime sévère prévient ou dissipe les maladies dont ils sont susceptibles.
« Ici les besoins factices sont ignorés , et les lois ont eu soin de pourvoir aux besoins réels. La faim , la soif, les souffrances, la mort, nous regardons tous ces ob-
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jets de terreur avec une indifférence que la philosophie cherche vainement à imiter.
« En ngus restituant les biens de la nature , Lycurgue a voulu nous les assurer, en donnant pour contre-poids à nos passions l'amour dé la patrie, avec son éner-, gie, sa plénitude, ses transports, son dé-; lire mcme. Cet amour est si ardent , si impétueux, qu'en lui seul il réunit tous' les intérêts et tous les mouvemens de notre cœur, et qu'il ne reste plus dans l'état qu'un esprit , qu'une volonté.
« Dans le reste de la Grèce, les enfans d'un homme libre sont confiés aux soins d'un homme qui ne l'est pas ou qui ne mérite pas de l'être j mais des esclaves et des mercenaires ne sont pas faits pour élever des Spartiates : c'est la patrie elle-même, qui remplit celte fonction importante. \ Elle nous laisse pendant nos premières années entre les mains de nos parens; mais, dès que nous sommes capables d'intelligence, elle fait valoir hautement les droits qu'elle a sur nous ; ses regards nous cher- i chcnt et nous suivent partout. C'est de sa | main que nous recevons la nourriture et ^ les vêtemens ; c'est de sa part que les magistrats, les vieillards, tous les citoyens, assistent à nos jeux , s'inquiètent de nos
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fautes, tâchent de démêler dans nos paroles ou dans nos actions quelque germe de vertu; nous apprennent enfin, par leur tendre sollicitude , que l'état n'a rien de si précieux que nous. ^
« Un des principaux magistrats nous tient continuellement assemblés sous ses yeux. S'il est forcé de s'absenter pour uu moment , tout citoyen peut prendre sa place , et se mettre à notre tête.
a Les devoiris croissent avec les annéesr^ la nature des instructions se mesure ans progrès de la raison , et les passions naissantes sont, ou comprimées par la multiplicité des exercices, ou habilement dirigées vers des objets utiles à l'état. Dans le temps inême oii elles commencent à déployer leur fureur, nous ne paraissons en public qu'en silence, la pudeur sur le front, les yeux baissés , et les mains cachées sous le manteau , comme des initiés qu'on destine an ministère delà vertu.
« L'amour de la patrie doit introduire l'esprit d'union parmi les citoyens ; le désir de lui plaire, l'émulation. Ici l'union ne sera pas troublée par les orages qui la détruisent ailleurs ; Lycurgue nous a garantis de presque toutes les sources de la jalousie,^ parce qu'il a rendu presque tout commui^ et égal entre nous.
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« Nous sommes tous les jours appelés à des repas publics où régnent la décence et la frugalité. 11 m'est permis , quand les cÎT' constances l'exigent, de me servir des esclaves, des voitures, des chevaux et de tout ce qui appartient à un autre citoyen.'
R Les réglemens de Lycurgue nous préparent à une sorte d'indifférence pour des Liens dont l'acquisition coûte pFus de chagrins que la possession ne procure de plaisirs. Nos motinaies ne sont que de cuivre; leur volume et leur pesanteur trahiraient l'avare qui voudrait l'es cacher aux yeux de •ses esclaves. Si un particulier recelait dans sa maison de l'or ou de l'argent, il n'échapperait, ni aux recherches des officiers publics , ni à la sévérité des lois. Nous ne connaissons ni les arts m le commerce, ni les autres moyens de multiplier les besoins et les malheurs d'un peuple. Que ferionsnous des richesses? Nous avons des caba- .nes , des vêlemens et du pain j nous avons du fer et des bras pour le service de nos -amis et de la patrie ; nous avons des âmes libres , vigoureuses , incapables de supporter la tyrannie des hommes et celle de nos passions. Voilà nos trésors.
gloire comme une faiblesse, et celui delà
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célébrité comme un crime. Nous n'avons aucun historien , aucun orateur, aucun panégyriste , aucun de ces monumens qui n'attestent que la vanité d'une nation. Les ■ peuples que nous avons vaincus , apprendront nos victoires à la postérité; nous apprendrons à nos enfans à être aussi :. braves, aussi vertueux que leurs pères. -; L'exemple de Léonidas, sans cesse présent *à leur mémoire, les tourmentera jour et .nuit. Vous n'avez qu'à les interroger, la 'plupart vous réciteront par cœur les noms des trois cents Spartiates qui périrent avec lui aux Thermopyles.
« Depuis le lever du soleil jusqu'à son coucher, depuis nos premières années jus-
; qu'aux dernières , nous sommes toujours sous les armes, toujours dans l'attente de l'ennemi, observant même une discipline plus exacte , que si nous étions en sa pré-
.' sencc. Tournez vos regards de tou* côtés, vous vous croirez moins dans une ville que dans un camp. Vous ne verrez que desi marches,, des évolutions , des attaques et des batailles.
« C'est à cet esprit militaire que tiennent plusieurs de nos lois. Jeunes encore, nous allons à la chasse tous les matins j dans la suite ^ toutes les fois que nos de-
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voîrs nous laissent des intervalles de loisir. Lycurgue nous a commandé cet exercice comme l'image du péril et de la victoire.
« Pendant que les jeunes gens s'y livrent avec ardeur , il leur est permis de se répandre dans la campagne , et d'enlever tout ce qui est à leur bienséance. Ils ont la même permission dans la ville. Ils re^çoivent des éloges , s'ils ne sont pas convaincus de larcin ; ils sont blâmés et punis, 5^ils le sont. Cette loi a soulevé les censeurs contre Lycurgue. Il semble en efFet qu'elle devrait inspirer aux jeunes gens le goût <iu désordre et du brigandage ; mais elle ne produit en eux que plus d'adresse et d'activité; dans les autres citoyens plus' de vigilance; dans tous plus d'habitude à '5)révoir les desseins de Vemiemi , à lui lendre des pièges , à se garantir des siens.
« N'oubliez pas , me dit Damonax en finissant , que notre entretien n'a roulé que sur l'esprit des lois de Lycurgue et sur les mœurs des anciens Spartiates. *
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