‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 71 sur 82 · CHAPITRE XLiri · texte numérisé non relu

CHAPITRE XLiri

Vie deLy^nrgue.

J'ai déjà dit que les descendaDs d'^Hercule , bannis autrefois du Péloponèse , y rentrèrent quatre-vingts ans après la prise de Troie. Téménus , Cresplionte et Aristodème , tous trois fils d'Aristomaque , amenèrent une armée de Doriens qui les rendit maîtres de cette partie de la Grèce. L'Argolide échut en partage à Téménus, et la Messénie à Cresphonte : Aristodèine létant mort dans ces circonstances , Euristhène et Proclès , ses fils , possédèrent la Xiaconie. De ces deux princes viennent les fdeux maisons qui depuis environ neuf .siècles régnent conjointement à Lacédémone.

Cet état naissant fut souvent ébranlé pat tles factions intestines ou par des entreprises éclatantes. Il était menacé d'une ruine prochaine , lorsque l'un des rois , nommé Poljdecte , mourut sans enfant. Lycurgue, son frère , lui succéda : on ignorait alors la grossesse de la reine. Dès qu'il en fut. instruit , il déclara que , si cette princesse donnait un héritier au trône ^ il serait le

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pfemier à le reconnaître; eu conscrmence il n'administra le royaume qu'en qualité de tuteur du -jeune prince. . -

,trependant la reine lui fit insinuer que , s'il consentait à l'épouser, elle n'hésiterait pas à faire périr soli enfant. Pour détourner l'exécution de cet horrible projet , il la flatta de vaines espérances. Etant accouchée d'un fds , il le prit entre ses bras , et Lycurgue le montrant aux magistrats de Sparte : « Voilà, leur dilr il , le roi qui vous est né. «

,La plupart des citoyens liji témoignaient autant d'amour que de respect ; mais ses vertus alarmaient les principaux de l'état :

,iis étaient secondés par la reine , qui, cherchant à venger son aiFront,,soulevait contre lui ses parens et ses amis. Pour détruire les bruits qui s'élevaient contre lui, il f lit

«<:)b]igé de s'éloigner de sa patrie. ^

"En Crète, les lois du sage Minos fiXcèrent long-temps son attention.'Pourmleux ju- ^g!?r des efïets quo produit la difî'érence des -gouvernemens et des mœurs , il visita les cotes d'Asie. Ce fut là que les poésies d'Ho- ^tttére tombèrent entre ses mains. Etonné des belles maximes de iB«Oraie et de poliliqueqù'embèllissaieûUes tictionsde ce grand poète, il résolut d'en'- enrichiri la Grèce.

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Après avoir parcouru les régions éloignées , étudiant partout le génie et l'ou- ; vrage des législateurs , il se rendit aux vœux des Lacédémoniens qui le ra-^pelaient , et revint dans sa patrie. Il s'aperçut bientôt qu'il ne s'agissait pas de réparer l'édifice des lois, mais de le détruire et d'en élever un autre sur de nouvelles proportions. Il prévit tous les obstacles et n'en fut pas effrayé. Avant de commencer ses opérations , il les soumit à l'examen de ses amis et des citoyens les plus distingués. 11 en choisit trente qui devaient l'accompagner tout armés aux assemblées générales.

Ce cortège ne suffisait pas toujours pour empêcher le tumulte : dans une émeute excitée à l'occasion d'une loi nouvelle , il résolut de se réfugier dans un temple voisin. Atteint dans ce moment d'un coup violent qui , dit-on , le priva d'un œil , il se con- . tenta de montrer à ceux qui le poursuivaient son visage couvert de sang. A cette vue , la plupart , saisis de honte , i'accom-' pagnent chez lui en détestant le crime , et lui livrent le coupable. C'était un jeHne homme impétueux et bouillant. Lycurgue, { sans l'accabler de reproches , sans proférer une seule plainte , le rçlicnl dans sa mai-

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son , fait relirer ses amis et ses domestiques, et lui ordonne de panser sa blessure. . Le jeune homme obéit en silence j et , témoin à chaque instant de la patience et des grandes qualités de Lycurgue , il change sa haine en amour , et d'après un si beau modèle réprime la violence de son caractère.

La nouvelle constitution fut enfin approuvée par tous les ordres de l'état. Cependant , malgré son excellence , Lycurgue n'était pas encore rassuré sur sa durée. « Il me reste, dit-il au peuple assemblé, à « vous exposer l'article le plus important ' w de notre législation : mais je veux aupa- « ravant consulter l'oracle de Delphes . Pro- ^'« mettez que jusqu'à mon retour vous ne ^■■'« toucherea point aux lois établies. » Les ''"'rois, les sénateurs, tous les citoyens le promirent avec serment. Cet engagement devait être irrévocable , car le dessein du législateur était de ne plus revoir sa patrie.

Il se rendit aussitôt à Delphes , et demanda si les nouvelles lois suffisaient pour assurer le bonheur des Spartiates. La Pythie ayant répondu que Sparte serait la plus florissante des villes , tant qu'elle se ferait un devoir de les observer, Lycurgue envoya cet oracle à Lacédémone, etse con- TOME r. 17

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danma lui-même à l'exil. ïl mourut ici n de la nation dont il avait fait le baniie^. Quelque temps après sa mort, elle lui consacra un temple où tous les ans il reç<3it l'hommage d'un sacrifice. Ses parents et ses amis formèrent une société qui s'est perpétuée jusqu'à nous, et qui se réunit de temps en temps pour rappeler le souvenir >àe^s vertus.

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