‹ Abrégé du Voyage du jeune Anacharsis en Grèce (volume 2)Chapitre 75 sur 82 · ABRÉGÉ DU VOYA.GE · texte numérisé non relu

ABRÉGÉ DU VOYA.GE

La singularité des réglemens de Lycurgue l'invite à les méditer , et bientôt il est ffappé de cette profondeur de vues , et de cette élévation de sentimens qui éclatent dans l'ouvrage de ce législateur.

J'indiquerai dans la suite la plupart de ces réglemens ; je vais parler ici du partage des terres. La proposition que Lycurgue |en. fit souleva les esprits j mais, après le,s plus vives contestations , le district de Sparte fut divisé en neuf mille portions de iterre, le reste de la Laconie en trente mille. Chaque portion, assignée à un chef de famille, devait produire, outre une certaine quantité de vin et d'huile, soixantedix mesures d'orge pour le chef et douze ■pour son épouse.

Après cette opération, Lycurgue crut devoir s'absenter pour laisser aux esprits le ilemps de se reposer. A son retour il trouiva les campagnes de Laconie couvertes de itas de gerbes, toutes de même grosseur, jet placées à des distances à peu près égales j il crut voir un grand domaine dont les productions venaient d'être partagées entre des frères; on crut voir un père qui, dans la distribution de ses dons , ne montre pas plus de tendresse pour Tun de ses enfans que pour les autres.

DU JEDiXË ArTACHA^RSIS SgSc

Mais comment subsistera cette égalité de: fortune:? Il était donné à Lycurgue de tea» tecJes choses les plus extraordinaires, et dfr) concilierks plus opposées. En effet, parune^ deses lois , il règle le nombre des hérédités' sur: celui des citoyens; et, par unôiautrel loi, en accordant des exceptions à ceas.:qiiii ont trois enfans, et de plus grandes à. censqui en ont quatre, il risque de détruire la" jiToportion qu'il veut établir,. et de réta^i blir la distinction des riches et des pauvres ■ qii?il se propose de détruire.

Les biens-fonds , aussi libres que les hommes , ne devaient point être grevés d'^imposition. L'état n'avait point de trésor : en certaines occasions , les citoyens coniribuaient selon leurs facultés, en d'autres , ils recouraient à des moyens qui prouvaient leur excessive pauvreté. Les députés, de Samos vinrent une fois demander à emprunter une somme d'argent; l'assemblée générale n'ayant point d'autre ressource, indiqua un jeûne universel^ tant pour les hommes libres que pour les esclaves et pour les animaux domestiques. L'épargne qui en résulta fut remise aux députés.

Tout pliait devant le génie de Lycurgue; le goût de la propriété commençait à dis-

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paraître j des passions violentes ne trou- Llaient plus Tordre public : mais ce calme eût été un malheur de plus , si le législateur n'en eût assuré la durée. Attentif au pouvoir irrésistible des impressions que l'homme reçoit dans son enfance , et qui influent sur le reste de sa vie , Lycurgue s'était dès long - temps affermi dans le choix d'un système^que l'expérience avait justifié en Crète. Elever tous les enfans en commun, dans une même discipline, d'après des principes invariables , sous les yeux des magistrats , et de tout le public , afin qu'ils apprissent leurs devoirs en les pratiquant , qu'ils les chérissent après les avoir pratiqués : tel est le principal moyen qu'il crut devoir mettre en usage , pour affermir sa législation sur la propriété, ainsi que ses autres réglemens.

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